La nature prend et redonne
Une étude sur la forêt du mont Saint-Hilaire, l'une des dernières forêts anciennes dans l'est de l'Amérique du Nord, montre que la végétation s'est homogénéisée au cours des 60 dernières années.


Lorsque Paul Maycock a arpenté le parc naturel du Mont-Saint-Hilaire à la fin des années 50, il y a recensé pas moins de 485 espèces de plantes allant de la bruyère (Les bruyères représentent plus de 800 espèces de plantes dicotylédones dans la famille des Éricacées qui inclut aussi les myrtilles, les rhododendrons...) à l'isoète. Crédit: Herbier (En botanique et en mycologie, un herbier est une collection de plantes séchées et pressées entre des feuilles de papier qui sert de support...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) McGill

Lorsque Paul Maycock, un jeune professeur de botanique (La botanique est la science consacrée à l'étude des végétaux (du grec βοτάνιϰή; féminin du mot...) de l'Université McGill, a arpenté le parc naturel du Mont-Saint-Hilaire, près de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la...), à la fin des années 50, il y a recensé pas moins de 485 espèces de plantes allant de la bruyère à l'isoète.

Il ignorait cependant qu'à peine un demi-siècle plus tard 70 des espèces végétales couvrant le sol vierge de cette forêt (Une forêt ou un massif forestier est une étendue boisée, relativement dense, constituée d'un ou plusieurs peuplements d'arbres et...) de 1000 hectares appartenant à l'Université McGill - une réserve de biosphère (La notion de biosphère désigne à la fois un espace et un processus auto-entretenu (jusqu'à ce jour et depuis plus de 3 milliards d'années) sur la planète Terre, et qu'on ne connait que sur cette...) de l'Unesco - auraient disparu.

Selon une étude de l'Université de Montréal, elles ont été remplacées par des espèces moins typiques: l'euphorbe, le trèfle (Les trèfles sont des plantes herbacées de la famille des Fabacées (Légumineuses), appartenant au genre Trifolium.), les herbes sauvages, la moutarde et autres, apportées là par le vent (Le vent est le mouvement d’une atmosphère, masse de gaz située à la surface d'une planète. Les vents les plus violents connus ont lieu sur Neptune et sur Saturne. Il...), les promeneurs ou encore les sabots des cerfs.

Cette étude a été menée entre 2012 et 2015 par Tammy Elliott, alors candidate au doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le...) en biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire naturelle des êtres...) des plantes à l'Université McGill et aujourd'hui chercheuse postdoctorale à l'UdeM, et Jonathan Davies, professeur agrégé à l'Université de la Colombie-Britannique.

Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans Biodiversity and Conservation le mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) dernier.

Des espèces végétales plus homogènes

Les nombreuses plantes qui ont disparu depuis les années 60 "étaient souvent des espèces présentant un intérêt particulier en matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux. La matière occupe de l'espace et...) de conservation, plus distinctes dans leur évolution que les espèces qui leur ont succédé et plus souvent associées au sous-étage forestier et aux habitats humides", écrivent les auteurs.

"Nos résultats indiquent qu'un processus d'homogénéisation biologique remodèle la flore (La flore est l'ensemble des espèces végétales présentes dans un espace géographique ou un écosystème déterminé (par opposition...) du parc et qu'il existe un danger d'extinction des espèces (En biologie et écologie, l'extinction est la disparition totale d'une espèce ou groupe de taxons, réduisant ainsi la biodiversité.) indigènes possédant un intérêt sur le plan la conservation."

Située à 40 kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international. Il est défini comme la distance parcourue par la lumière dans le vide en...) à l'est de Montréal et entourée de quartiers résidentiels et de fermes, la forêt du mont Saint-Hilaire est la seule forêt ancienne de la vallée (Une vallée est une dépression géographique généralement de forme allongée et façonnée dans le relief par un cours d'eau (vallée fluviale) ou un glacier (vallée glaciaire). Un espace en forme de...) du Saint-Laurent et l'une des dernières dans l'est de l'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à...) du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.). Elle a été cédée à l'Université McGill en 1958 par Andrew Hamilton Gault, un ancien brigadier général de l'armée canadienne d'origine irlandaise dont la famille a fait fortune dans l'industrie textile.

Durant l'été 1959 et la saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois (voir le tableau Solstice et Équinoxe ci-dessous), la...) de croissance 1960, lorsque Paul Maycock a réalisé son recensement (Le recensement est une opération statistique de dénombrement d'une population.), le mont Saint-Hilaire comptait une grande variété de plantes vasculaires: fougères, conifères et plantes à fleurs notamment. Certaines étaient communes à l'époque et le sont encore plus aujourd'hui, comme les herbes et les asters. Mais la forêt abritait aussi des espèces plus rares: orchidées, linnées boréales, cornouillers du Canada et diverses catégories de fougères et de roses ainsi que d'autres familles botaniques.

Depuis qu'ils ont été recueillis, les spécimens de Paul Maycock sont conservés à l'Herbier de l'Université McGill et à l'Herbier Marie-Victorin, à Montréal. Tammy Elliott et Jonathan Davies ont voulu les comparer avec leurs propres spécimens; pour ce faire, ils ont prélevé de minuscules fragments moléculaires (appelés "codes-barres génétiques") de chacun des spécimens originaux afin de réaliser des analyses plus précises et de brosser un tableau (Tableau peut avoir plusieurs sens suivant le contexte employé :) exact des changements survenus dans la végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle aussi de "couverture...) du parc au cours des 50 dernières années.

"Nous les avons rassemblés pour créer un “arbre généalogique” montrant l'évolution des relations de toutes les espèces du parc entre notre étude et l'étude de Paul Maycock", raconte Tammy Elliott, originaire de la Saskatchewan, qui partage maintenant son temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) entre l'Université de Montréal, où elle travaille avec le professeur agrégé Simon Joly, et l'Université du Cap, en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une population de...) du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.). "Ces travaux nous ont permis de voir comment les plantes avaient changé au fil du temps."

L'étude avait pour but d'examiner l'évolution de la diversité végétale ainsi que les différents facteurs à l'origine de cette évolution: "Il y a plus d'humains aux alentours du parc en raison du développement agricole et des ensembles résidentiels et plus de cerfs de Virginie dans la zone de partage entre le secteur résidentiel et la forêt, car ces animaux peuvent trouver de la nourriture aux deux endroits, faisant disparaître le sous-étage forestier", mentionne Tammy Elliott, qui a reçu pour ses recherches une aide financière du Fonds de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la...) du Québec - Nature et technologies.

"Il en résulte une augmentation indiscutable des espèces végétales, mais de quels types ? Les nouvelles ne sont pas indigènes et sont étroitement apparentées, alors que les anciennes, que Paul Maycock a vues mais que nous ne trouvons plus à présent, étaient plus diversifiées en termes d'évolution. Les espèces indigènes disparaissent au profit de ce que j'appellerais des “mauvaises herbes” courantes partout en Amérique du Nord."

Comment protéger les espèces indigènes

Cette étude montre au grand public - et aux responsables des politiques environnementales - qu'il est possible de réduire l'homogénéisation biologique de plusieurs façons:

Les visiteurs du parc doivent rester dans les sentiers et respecter ses règlements. En sortant des sentiers, ils risquent de piétiner des espèces végétales fragiles et d'introduire des semences étrangères. Les chiens ne sont pas admis dans le parc pour les mêmes raisons.
Les visiteurs peuvent être plus attentifs à ce qu'ils apportent dans le parc, notamment en ce qui concerne la nourriture (Tammy Elliott a découvert des plants de tomates et de blé (« Blé » est un terme générique qui désigne plusieurs céréales appartenant au genre Triticum. Ce sont des plantes annuelles de la famille des graminées ou Poacées, cultivées...) qui ont probablement germé à partir de restes de sandwichs abandonnés).
Les résidants des quartiers qui ceinturent le mont Saint-Hilaire peuvent être plus attentifs aux plantes qu'ils font pousser dans leur jardin et favoriser les plantes indigènes (Tammy Elliott a trouvé des hydrangées et des hémérocalles jaunes aux abords du parc).
Les autorités locales et provinciales peuvent continuer de favoriser les "corridors forestiers" dans les zones où la promotion immobilière est prohibée et protéger ainsi le mont Saint-Hilaire et ses plantes indigènes des influences extérieures.

"Le mont Saint-Hilaire est un endroit spécial, conclut Tammy Elliott. Il est important de veiller à ce qu'il soit géré sainement et de prévenir d'autres pertes."


Le mont Saint-Hilaire vu du ciel. Crédit: Google Earth (Google Earth est un logiciel, propriété de la société Google, permettant une visualisation de la Terre avec un assemblage de photographies aériennes ou satellitaires. Anciennement produit par Keyhole inc....)
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