© Martin Frouz and Ji?í Svoboda
Dans un premier temps, les scientifiques ont appliqué les meilleures techniques de décontamination et d'enrichissement disponibles sur des échantillons d'ADN prélevés dans des os fossilisés d'Homo sapiens découverts à travers toute l'Europe. Au total, l'équipe est ainsi parvenue à séquencer le génome complet de 51 humains ayant vécu entre -45 000 et -7000 ans avant le présent. Grâce à ce jeu de données sans précédent, les chercheurs ont pu réaliser la première étude phylogénétique de la population humaine d'Europe à l'échelle de cette période. Ils ont ainsi démontré que jusque vers -14.000 ans, tous les Européens étaient issus de la même population fondatrice elle-même divisée en deux branchesdistinctes. « La première de ces branches qui semble d'abord disparaître rapidement pour être remplacée par la seconde réapparaît à la fin de la dernière glaciation dans le sud-ouest du continent européen, où elle a pu trouver refuge, puis recolonise l'Europe à la faveur du recul de la calotte glaciaire », détaille Isabelle Crevecoeur, paléoanthropologue au laboratoire PACEA de Bordeaux et cosignataire de l'article.
L'étude montre également que c'est vers la fin de cette même ère glaciaire, autour de -14 000 ans, qu'un renouvellement majeur de la population européenne intervient. A compter de cette époque, les caractéristiques génétiques de l'ADN des Européens se rapprochent en effet de celles des populations actuelles du Proche-Orient. Les échanges de populations entre l'Europe et cette région auraient ainsi débuté bien plus tôt que prévu. « Jusqu'à présent, nous supposions que les premiers contacts avec les peuples de l'actuel Proche-Orient coïncidaient avec l'arrivée de l'agriculture en Europe, il y a environ 8500 ans, souligne Isabelle Crevecoeur. Or nos résultats attestent sans ambiguïté que des liens entre les Européens et les peuples à l'origine des civilisations mésopotamiennes ont existé bien plus tôt dans l'histoire de l'humanité. »
L'analyse détaillée du génome des premiers Européens a également permis aux chercheurs d'y mesurer l'évolution de la proportion d'ADN néanderthalien. Alors que celle-ci avoisine 6% chez nos plus lointains ancêtres, elle ne représente plus que 2% chez les hommes contemporains de la fin de la dernière glaciation. Etant donné que les populations européennes d'Homo sapiens ont vécu en vase clos durant toute cette période, une telle diminution ne peut donc résulter que d'un processus de sélection négative de l'ADN d'origine néanderthalienne. Comme si l'Homme moderne avait en quelque sorte voulu se débarrasser d'un héritage devenu trop encombrant au fil du temps.
Référence:
"The genetic history of Ice Age Europe", par Q. Fu, C. Posth, M. Hajdinjak, M. Petr, S. Mallick, D. Fernandes, A. Furtwängler, W. Haak, M. Meyer, A. Mittnik, B. Nickel, A. Peltzer, N. Rohland, V. Slon, S. Talamo, I. Lazaridis, M. Lipson, I. Mathieson, S. Schiffels, P. Skoglund, A. P. Derevianko, N. Drozdov, V. Slavinsky, A. Tsybankov, R. G. Cremonesi et al. , publié dans Nature le 2 mai 2016.
DOI:10.1038/nature17993
Contact chercheur:
Isabelle Crevecœur, De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie (PACEA) - CNRS / Université de Bordeaux / Ministère de la culture et de la Communication
Source: CNRS-INEE