
Couple de "Schistosoma mansoni". La femelle, filiforme, vit enchâssée dans le canal gynecophore du mâle, sa "gouttière" ventrale. Contrairement à la plupart des vers, les schistosomes ne sont pas hermaphrodites. Ils sont monogames, mais le déséquilibre de leur sexe ratio a pour conséquence l'infidélité de certains individus. Ces désunions ont pour but l'amélioration du brassage génétique. La compréhension des mécanismes qui régissent ces désunions permettrait de déterminer les processus d'évolution et de sélection des schistosomes et de mieux lutter contre la bilharziose - © Annie FOURNIER/CNRS Photothèque
Depuis, les chercheurs ont mené l'enquête avec l'aide de médecins et de vétérinaires dans le cadre d'une approche « Une seule santé ». Les médecins ont suivi une trentaine de patients, les questionnant notamment sur le lieu exact de leur baignade, tandis que les chercheurs de l'équipe tentaient de retrouver les mollusques qui avaient hébergé les parasites incriminés. Parallèlement, les oeufs récoltés chez les patients atteints de bilharziose urinaire ont été séquencés et comparés à une banque de donnée anglaise répertoriant des parasites récoltés dans toute l'aire de répartition du parasite. Ainsi, non seulement l'espèce de mollusque contaminée a été identifiée - il s'agit de l'escargot Bulinus truncatus - mais les chercheurs ont également mis en évidence l'origine du parasite et son caractère hydride. « L'analyse phylogéographique nous a permis de remonter au pays et même à la région d'origine du parasite, le nord du Sénégal, précise Jérôme Boissier. Par ailleurs, nous avons mis en évidence que le parasite retrouvé en Corse était issu d'un croisement entre un parasite de l'homme (Schistosoma haematobium) et un parasite qui infecte d'ordinaire les ruminants (Schistosoma bovis). C'est d'ailleurs dans ce contexte que les vétérinaires nous ont apporté leur aide », souligne le chercheur.
Le caractère hybride du parasite, lui conférant des capacités adaptatives accrues par rapport aux formes pures, explique sans doute en partie les raisons de son émergence sous un climat tempéré. L'autre raison étant, à n'en pas douter, l'augmentation des flux de personnes à travers le monde qui favorise, par la même, la circulation des pathogènes.
Source: CNRS-INEE