[News] Archéologie: Opération Wampum

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[News] Archéologie: Opération Wampum

Message par Adrien » 11/12/2017 - 0:00:02


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Photo: Projet INTROSPECT
Le wampum abénakis avant son passage à l'intérieur du tomodensitomètre. Les inscriptions latines signifient «la mère-vierge des Abénakis».
Des archéologues ont recours à des technologies de pointe pour déterminer les matériaux utilisés et les techniques de fabrication de deux ceintures cérémonielles amérindiennes datant du 17e siècle

«Ça m'a beaucoup émue et rendue très fière. J'en ai versé quelques larmes. J'ai eu l'impression pendant un court instant de faire un bond en arrière de quelque 300 ans et d'être si près de mes ancêtres et de notre histoire.»

Florence Benedict est une élue du Conseil des Abénakis d'Odanak, près de Sorel. En novembre, elle accompagnait une petite équipe de chercheurs du Département des sciences historiques de l'Université Laval lors d'un voyage scientifique en France. Son émotion, elle l'a ressentie devant une ceinture de perles, ou wampum, confectionnée par ses ancêtres à la fin du 17e siècle en Nouvelle-France. Cet objet cérémoniel exceptionnel avait été offert au chapitre de la cathédrale de Chartres, où il est conservé depuis ce temps.

Le but du voyage consistait à analyser et à numériser, avec des partenaires français, deux wampums, le second étant de confection huronne-wendat et remontant, lui aussi, à la fin du 17e siècle. Les deux objets historiques avaient été fabriqués à la demande de missionnaires français afin de montrer la dévotion des peuples amérindiens christianisés à la Vierge Marie. Les deux wampums sont constitués de perles de coquillages blanches et mauves, ainsi que de perles de verre blanches et noires. Elles sont enfilées dans des cordages et bordées par des piquants de porc-épic teints. L'un et l'autre montrent des inscriptions en langue latine. Par exemple, «matri virgini abnaquaeidd» pour «la mère-vierge des Abénakis». Les wampums servaient notamment aux traités diplomatiques entre les nations autochtones nord-américaines.

L'analyse et la numérisation des wampums ont été effectuées à Rennes, avec le concours du Musée des beaux-arts de l'endroit. Les équipements sophistiqués comprenaient un tomodensitomètre, ou scanner, et des technologies de capture 3D, soit un microscope 3D et des appareils d'acquisition par photogrammétrie et lasergrammétrie. Basée sur les rayons X, la tomodensitométrie enregistre les densités des matériaux qui composent les objets archéologiques. Cette technologie d'imagerie permet aussi la reconstruction, en 3D, de ces objets. Les images obtenues ont la possibilité de se combiner avec des technologies de visualisation 3D, comme la réalité virtuelle et l'impression 3D.

Cette «opération Wampum» s'est déroulée dans le cadre du projet de recherche franco-québécois INTROSPECT. Ce projet est né de l'initiative de deux professeurs, Réginald Auger, archéologue à l'Université Laval, et Valérie Gouranton, informaticienne à l'Université de Rennes. Au Québec, les partenaires sont l'Université Laval et l'Institut national de la recherche scientifique (INRS). Le soutien financier est assuré par le Fonds de recherche du Québec - société et culture et l'Agence nationale de la recherche, en France. D'une durée de trois ans, INTROSPECT permettra la réalisation d'une dizaine de projets. Les wampums sont l'un d'eux.

«Notre projet, explique le professeur Auger, est d'abord et avant tout une expérimentation qui porte sur la question «Comment la réalité virtuelle peut-elle servir au développement des connaissances en archéologie ?». Au-delà de l'image en 3D que nous voyons de plus en plus souvent, nous voulons développer un environnement immersif par ce projet. Quant à l'application de la scanographie en archéologie au Québec, elle s'est beaucoup développée avec les travaux de Geneviève Treyvaud. Je ne crois pas qu'il y ait d'autres programmes de recherche au Canada qui combinent archéologie et informatique dans le développement de la réalité virtuelle et de l'immersion.»

Geneviève Treyvaud est professeure associée au Département des sciences historiques et chercheuse au Laboratoire de tomodensitométrie de l'INRS-ETE. Elle était du voyage en France. Selon elle, la tomodensitométrie est un super outil pour les archéologues. «Beaucoup d'analyses d'échantillons sont destructives, souligne-t-elle, en particulier dans les cas d'analyses chimiques. Souvent les musées refusent de telles analyses de peur d'altérer une oeuvre. Le tomodensitomètre, lui, permet de pénétrer à travers l'artefact et d'étudier les matériaux, la fabrication, les usages et la provenance sans altérer l'objet. C'est pour cela que nous voulions faire une expérience de tomodensitométrie avec les wampums. Elle a notamment permis d'aller voir la trame de fabrication des objets.»

Les premiers résultats indiquent une différence dans les deux modes de fabrication. On observe également une différence au niveau du symbolisme. Différentes espèces de coquillages ont été utilisées. Les trames sont tressées de différentes façons. La nature des cordages varie d'un wampum à l'autre, que ce soit de la corde végétale, des tendons d'animaux découpés ou des lanières de cuir. En ce qui concerne les couleurs, le rouge est bien présent de part et d'autre. Par contre, le wampum abénakis a une forte dominante de violet.

Stéphane Picard, archiviste au Conseil de la nation huronne-wendat, accompagnait les chercheurs québécois. La beauté et l'état de préservation du wampum huron-wendat l'ont épaté. «Nous communiquerons les résultats de ces travaux à notre population pour commencer, indique-t-il, que ce soit pour faire connaître les techniques artisanales à nos artisans, pour effectuer une recherche comparative avec d'autres wampums ou pour soutenir notre musée dans la reconstitution 3D et la présentation du wampum au public.»

Source: Yvon Larose - Université Laval

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