[News] Le docteur-feuille prescrit une infusion de «bois cochon» !

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[News] Le docteur-feuille prescrit une infusion de «bois cochon» !

Message par Adrien » 04/10/2019 - 8:00:02

Lorsque l’ethnobotaniste Alain Cuerrier s’est fait offrir du «bois cochon» et du «bois bandé» par une Haïtienne au marché Méli-Mélo, dans le quartier Villeray ‒ en infusion, l’écorce a la réputation de revigorer le bas du corps ‒, il a eu l’idée de mettre sur pied un projet de recherche sur la diaspora haïtienne et sa relation avec les plantes. Surtout qu’une démarche semblable, entreprise par des collègues, était en cours en Guyane française. Pour ce chercheur habitué à se rendre aux confins de l’Arctique et des Caraïbes à la recherche de témoignages d’herboristes traditionnels, c’était comme si le monde venait à lui.

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La langue chatte est une des tisanes du «docteur-feuille». Crédit: Alain Cuerrier
«On trouve ici des plantes médicinales utilisées par de nombreux immigrants. Nous souhaitons en faire l’inventaire et décrire leurs usages chez les communautés créoles», explique le chercheur de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal et botaniste au Jardin botanique de Montréal. La recherche intitulée «Pratiques phytothérapeutiques comparées dans la diaspora haïtienne entre Montréal et Cayenne» a obtenu des fonds du gouvernement français dans le cadre du programme Projet exploratoire premier soutien. Des chercheurs de Guyane (Marc-Alexandre Tareau, Marianne Palisse et Guillaume Odonne), de Martinique (Lucie Dejouhanet) et de l’Université de Montréal (André-Anne Parent) complètent l’équipe.

La recherche n’est pas pharmaceutique mais ethnographique. Le but n’est donc pas, pour l’instant, de vérifier les qualités curatives des infusions, concoctions et autres préparations à base de plantes. Les chercheurs souhaitent dresser une liste des espèces utilisées par les Haïtiens de Montréal et de Cayenne, en Guyane. Ils veulent aussi savoir si certaines essences indigènes des pays d’accueil sont employées dans la pharmacopée traditionnelle et si les immigrants tentent de faire pousser des plantes de leur pays d’origine.

Cent espèces

Si le projet de recherche est loin d’être achevé ‒ l’équipe souhaite se rendre en Haïti pour compléter la collecte d’informations ‒, plusieurs entrevues semi-dirigées ont eu lieu et une rencontre de groupe a été organisée. «J’ai été surpris de découvrir à quel point les gens que nous avons rencontrés avaient à coeur de participer à notre recherche. Ils se sont montrés généreux et diserts», indique le chercheur.

Les Haïtiens en exil ont apporté certaines de leurs pratiques culturelles et gardent en mémoire les multiples usages de végétaux. «Il y a des rituels vaudous qui nécessitent des infusions, mais les plantes ont de nombreux usages médicinaux. C’est ce qui nous intéresse comme scientifiques», commente le professeur Cuerrier.

Voyager avec ses plantes

«La mobilité est profondément inscrite dans le fonctionnement des sociétés humaines, peut-on lire dans le résumé de la recherche. Homo sapiens est l’une des espèces qui s’est le mieux adaptée à tous les milieux de la planète. Ce “succès” écologique, pour ainsi dire, s’est autant appuyé sur l’adaptabilité de cette espèce que sur un complexe d’espèces associées, tant végétales qu’animales.»

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Le chadèque aurait des vertus médicinales. Crédit: Alain Cuerrier
Bref, ce n’est pas d’hier qu’on voyage avec ses plantes. Les Haïtiens, engagés dans d’importants mouvements migratoires un peu partout en Amérique et dans les Antilles, n’échappent pas à cette règle. Pourtant, «peu de travaux ont été menés sur les pharmacopées d’Haïti et encore moins sur celles des migrants haïtiens».

On cherchera à connaître les «docteurs-feuilles» (ainsi qu’on appelle les guérisseurs haïtiens en Guyane) dans la communauté montréalaise en portant attention à trois pratiques traditionnelles appelées koule tet, boutey et ben feyaj. Dans la première, la tête d’une personne malade est baignée dans une décoction de plantes. Dans la seconde, on fait avaler une alcoolature afin de «nettoyer le sang» ou d’«évacuer les gaz». La troisième consiste à plonger le patient dans des bains à base de végétaux; la cure est propitiatoire ou expiatoire, mais peut aussi avoir pour objectif d’attirer sur le malade «la réussite ou la chance».

Source: Université de Montréal

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