Comment augmenter la température régnant à la surface de Mars, l'épaisseur de son atmosphère et sa composition afin d'y permettre la vie?
Un élément clef: l'effet de serre
Comme dit précédemment, une atmosphère très ténue, environ 100 fois moins dense que celle de la Terre, entoure la planète Mars. Cette atmosphère est principalement constituée de dioxyde de carbone, d'un peu d'azote et d'argon, et de traces d'autres composés. Ces caractéristiques ont deux conséquences importantes. D'une part, l'atmosphère ne peut engendrer un effet de serre important et se refroidit donc rapidement la nuit, bien au-dessous de 0°C. Le dioxyde de carbone lui-même gèle aux latitudes élevées, engendrant des calottes polaires dont l'extension est variable selon la saison. Il en résulte des changements très importants de la pression atmosphérique globale, qui peut descendre au-dessous de 7 millibars. Ces variations de pression engendrent des tempêtes de sable qui balaient la surface martienne. D'autre part, l'atmosphère est trop fine pour arrêter les particules et le rayonnement énergétique venant du Soleil. Ceux-ci arrivent à la surface et empêchent l'édification de composés formés de molécules complexes.
Deux facteurs importants entrent en jeu pour rendre Mars habitable:
- La pression atmosphérique
- La température à la surface
On suppose qu'un réchauffement artificiel de Mars (qui ne serait pas obligatoirement important, quelques degrés seulement), aurait pour conséquence la libération dans l'atmosphère du CO2 contenu dans des réservoirs naturels du sol. Cela augmenterait l'effet de serre, donc la température martienne, et un effet boule de neige se mettrait en place. Une augmentation de la température martienne engendrerait la fonte des pôles et par la même la création d'océans qui pourraient permettre la vie, et une atmosphère rendant la planète habitable car la protégeant des radiations solaires... Des études très poussées, menées notamment par Robert Zubrin (un scientifique convaincu de la possible terraformation de Mars) ont conclu qu'une hausse de 4°C suffirait pour initier le processus.
Dans ce qui va suivre, nous allons examiner le potentiel des différents schémas proposés pour produire le réchauffement initial déclencheur du processus, comme des miroirs en orbite stationnaire, l'importation de gaz de type "chlorofluorocarbones" (appelés communément "CFC") aux hauts pouvoirs à effet de serre, ou encore la production artificielle sur Mars de ces halocarbones.
Utilisation de miroirs en orbite martienne
Si cette hypothèse est retenue, elle nécessitera la mise en orbite à 200 000 km d'altitude de miroirs de diamètre supérieur à 100 km. C'est le minimum requis pour vaporiser le CO2 contenu dans les calottes glaciaires du pôle Sud martien, car en effet les glaces polaires de Mars contiennent beaucoup de ce gaz dense, composant une grande partie de l'atmosphère, actuellement sous forme solide ou emprisonnée. La chaleur provoquée par la mise en place de miroirs irradiant intensément la planète et agissant ainsi comme un "deuxième soleil" pourrait libérer ce gaz dans l'atmosphère et par là même augmenter l'effet de serre de Mars. Construit à partir de matériaux légers comme l'aluminium, chaque miroir pèsera au minimum 200 000 tonnes, et la quantité de métal requis pour en produire un sera colossale: une telle masse d'aluminium correspond à la totalité de la production mondiale d'aluminium sur 5 jours. Le miroir illuminerait le pôle Sud selon un angle faible et apparaîtrait dans la zone du ciel opposée au Soleil.
Une telle expérience a déjà été étudiée sur Terre, mais dans des proportions moindres, bien évidemment. Le premier miroir de l'espace a été testé par les Russes en orbite terrestre, et mesurait 20 mètres de diamètre (projet Znamia).
Le miroir Znamia, un miroir de ce type pourrait servir pour rechauffer Mars:
Vue d'artiste, le miroir renvoie la lumière du soleil vers Mars:
Utilisation des gaz à effet de serre
Nous savons que l'atmosphère terrestre est un mélange complexe de gaz qui retiennent la chaleur du Soleil près de la surface de la Terre, un peu comme les vitres d'une serre captent la chaleur des rayons du soleil. Les principaux gaz à effet de serre sont la vapeur d'eau, le dioxyde de carbone, le méthane, l'oxyde nitreux, l'ozone et les halo carbures. Ces gaz à "effet de serre" empêchent la chaleur du soleil de s'échapper, en fait ils absorbent les radiations infrarouges réfléchis par la planète, si bien que la quantité d'énergie reçue est plus importante que la quantité d'énergie renvoyée. Les gaz peuvent être plus ou moins absorbeurs D'I.R comme nous le verrons par la suite. par exemple, la température sur Terre baisserait de 33 degrés à -18 degrés, une température trop froide pour la vie telle que nous la connaissons, si il n'y avait aucun gaz a effet de serre dans son atmosphère.
Le CO2 n'est pas le seul gaz responsable de l'effet de serre, il n'a même qu'une contribution relativement faible sur Terre.
Les chlorofluorocarbones (ou CFC) induisent un effet de serre, à nombre de molécules égaux, dix mille fois plus important que le CO2. D'où l'idée d'introduire de manière artificielle des CFC dans l'atmosphère martienne, d'autant plus que les CFC ont une longue durée de vie (une centaine d'années) et ne sont pas toxiques. Des études ont été menées dans les domaines des infrarouges, où le CO2 a un faible pouvoir réflecteur, et ont montré qu'une introduction de faibles quantités de CFC (10ppm -parties par million-) entraînera une hausse de température de 30°C, et que toute autre hausse supérieure à 30°C aurait à moyen terme un effet contraire, car les pertes de chaleur seraient alors plus importantes que le gain créé.
Mais malheureusement les CFC n'apprécient pas l'atmosphère martienne: les radiations Ultra Violet, énergétiques avec leur longueur d'onde comprise 200 et 300 nm, cassent les liaisons C-Cl présentes dans les molécules et ne sont pas stoppées aussi aisément que sur Terre par une couche d'ozone (O3) protectrice. Les molécules CFC typiques n'auraient plus qu'une durée de vie de quelques heures! Une solution serait d'utiliser des Perfluorocarbones, inertes et donc insensibles ou très peu aux U.V., mais dont le pouvoir réflecteur est encore inconnu.
Gaz (Durée de séjour approximative dans l'atmosphère):
Dioxyde de carbone (100 ans)
Méthane (12 ans)
Protoxyde d'azote (120 ans)
Halo carbures (jusqu'à 50.000 ans)
Formule du Perfluorocarbures: CnF2n+2
Formule du Hydrofluorocarbures: CnHmFp
Réduction de l'albédo (pouvoir réfléchissant) des calottes polaires
L'albédo d'un objet représente sa capacité à renvoyer l'énergie. Il est égal au rapport: A = énergie renvoyée / énergie reçue
Ainsi, un corps ayant un albédo de 0 absorbe toute l'énergie reçue et ne restitue rien, l'albédo étant un rapport, sa valeur maximale est 1.
L'albédo des calottes martiennes a été évalué à 0,77. Sagan estime qu'en 100 ans on peut dégazer (vaporiser) ces dernières rien qu'en abaissant leur albédo à 0,73. En effet, en diminuant l'albédo, on augmente l'énergie absorbée donc la chaleur du corps. On pourrait par exemple noircir les glaces polaires à l'aide de couches de poussière. Mais même avec la quantité estimée de poussière nécessaire à l'opération, la stabilité des couches soumises au fort vent martien est compromise.
Surfaces (Albédo en %):
Neige (90%)
Glaces de mer (60% à 85%)
Déserts sableux (30% à 50%)
Végétation (10% à 25%)
Sol nu ou roches (10% à 20%)
Forêts (10% à 15%)
Mer calme (5% à 10%)
La quête de l'eau
Cette étape est de loin la plus longue et délicate: elle consiste à remettre en marche l'hydrosphère martienne, initiant le cycle de transfert de l'eau entre le sol et le ciel. L'eau n'est certes pas présente sur Mars à l'état liquide, mais on en trouve de grosses quantités dans les calottes polaires (peut être 5.10e15 tonnes) et dans le sous-sol de la planète (sous forme de permafrost ou de pergélisol, c'est à dire un sol gelé en permanence du fait de la température extrêmement basse). L'objectif est de vaporiser cette eau, afin d'enclencher le cycle des pluies: dès lors, des lacs, des fleuves et des océans se formeraient sur Mars, l'eau empruntant les grands canyons martiens. Les grandes plaines du Nord, dont l'altitude moyenne culmine à 2000 mètres au dessous du niveau moyen, se transformeraient en un gigantesque océan, tandis que l'hémisphère sud renfermera de multiples mers intérieures.
Projets loufoques...
Bien d'idées ont été proposées, beaucoup extrêmement farfelues. Citons notamment un projet d'explosions nucléaires à la chaîne visant à dégazer le régolite martien et à réveiller les volcans éteints, ou encore celui visant à transformer le satellite de Mars Phobos en micro étoile. Et puis comme le but est de réchauffer Mars, pourquoi ne pas la bombarder d'astéroïdes pour rapprocher son orbite du Soleil ?
Phobos, satellite de Mars:
Le résultat escompté
Après toutes ces transformations, Mars aura bien évolué: elle sera une planète non plus rouge mais bleue, et aura une atmosphère suffisamment dense pour réaliser un effet de serre et arrêter les U.V. solaires.
Sa température serait légèrement positive. Mais malgré tout, il n'y aurait toujours pas d'oxygène dans l'atmosphère, donc la présence humaine, même si elle pourra se faire sans combinaisons spéciales, sera cautionnée par l'emploi de masques respiratoires. Mais malgré tout, l'ecopoïesis est devenue possible.
L'implantation d'êtres vivants ou Ecopoïesis
Cette mise en place possible de la vie à la surface de Mars (grâce à la présence d'une température supérieure à 0°C et de CO2) va permettre grâce à des organismes vivants judicieusement choisis, une production d'un gaz vital pour les hommes: le dioxygène. Il faut faire appel à des organismes anaérobies (qui peuvent se développer en absence de dioxygène), mais de plus résistants à des conditions extrêmes: acidité et salinité élevées par exemple. Citons notamment les Cyanobactéries, qui produisent du dioxygène à partir du CO2 ambiant...
Exemples d'organismes utilisés:
- Deinococcus Radiodurans
Deinococcus Radiodurans est une bactérie hétérotrophique (qui ne peut produire sa propre matière organique) possédant une résistance impressionnante aux UV et aux radiations ionisantes, grâce à sa structure cellulaire sur plusieurs couches et son système de réparation de l'ADN très perfectionné. Deinococcus Radiodurans est même quelquefois retrouvée dans les eaux de refroidissement des réacteurs nucléaires.
- Chroococcidiopsis
Chroococcidiopsis est une bactérie de type "cyanobactérie", capable de survivre dans un large champ de conditions extrêmes: aridité continue, salinité élevée, températures très basses ou très hautes... Dans les milieux les plus hostiles, il est probable que seule cette bactérie puisse survivre. Elle est relativement commune dans les régions désertiques et sèches, et vit dans des petites coquilles protectrices et transparentes qui agissent à la fois comme cage à moisissures et à UV.
La finalité: un développement possible d'une flore puis d'une faune
Petit à petit, l'atmosphère deviendrait respirable pour les petits végétaux, comme les algues, les mousses ou les lichens. Ceux-ci feraient double usage: ils serviraient de ressources renouvelables en oxygène, et de nourriture pour les futurs colons. Une fois ces végétaux introduits avec succès, le taux d'oxygène de l'atmosphère augmenterait encore jusqu'à un point acceptable pour les végétaux "lourds", comme les arbres. Le taux d'oxygène subirait alors une nouvelle hausse progressive, qui serait combinée par l'ajout d'un gaz inerte tel que l'azote dans l'air martien en vue de diminuer le taux de C02. A partir de là, la vie animale deviendrait possible sur la planète terraformée, c'est à dire sur une planète ou les conditions physiques et chimiques sont équivalentes à celles de la Terre par l'action de l'homme.
