Le phénomène d’oscillation des neutrinos est une faculté, prévue par la mécanique quantique, qu’ils pourraient posséder si leur masse n’était pas nulle. Cette faculté leur permettrait de se transformer d’une espèce à l’autre : ainsi un neutrino électronique produit par le soleil pourrait lors du trajet terre-soleil devenir un neutrino muonique. Cette transformation est réversible et présente un caractère périodique, d’où le nom d’oscillations.
La mise en évidence de ce phénomène d’oscillations permettrait d’affirmer que les neutrinos sont massifs. Cependant, là encore, les neutrinos ne semblent pas décidés à se laisser faire. En effet, pour mettre en évidence ce phénomène d’oscillations il faut tout d’abord choisir la source qui nous fournira les neutrinos, mais à cause de la très faible section efficace des neutrinos ce choix est relativement réduit car il faut une source la plus intense possible.
Ces sources peuvent êtres classées en deux familles, les sources "naturelles" et les sources artificielles. Parmi les sources naturelles, le soleil et les supernovae sont les principales. Les sources artificielles sont les accélérateurs de particules et les centrales nucléaires. Pour toutes ces sources, les énergies des neutrinos émis varient de quelques centaines de milliers d'électronvolts (neutrinos solaires) à quelques centaines de milliards d'électronvolts (accélérateurs de particules), chacune des sources n’ayant pas d'énergie bien définie mais plutôt une plage d'énergie. Ceci ajoute encore aux difficultés rencontrées dans ce type de mesures.
Pour tenter de mettre en évidence ce phénomène on réalise deux types d’expériences. Dans la première, on produit des neutrinos d’une couleur , c’est à dire d’un type donné tel que:
Et l’on recherche des neutrinos d’une autre couleur. L’expérience NOMAD (Neutrino Oscillation Magnétic Détector) qui a lieu au CERN en suisse est une parfaite illustration de ce principe.
Le but de NOMAD est d'observer l'apparition de ut dans un faisceau de um. Si tel est le cas, le résultat obtenu permettra d'affirmer que les neutrinos sont massifs avec tout ce que cela implique. De plus il s'agira là de la première mise en évidence directe du ut (l'existence du ut est pour le moment prouvée de façon indirecte par l'énergie qui manque dans les processus où intervient son lepton associé, le tau (ce qui permet de surcroît une majoration de la masse des ut). Si aucun ut n'est observé, NOMAD repoussera les limites de la recherche sur les oscillations comme l'ont fait de nombreuses expériences ces dernières années.
Le faisceau de neutrinos est produit à partir de protons de 450 GeV extraits du synchrotron du CERN (SPS). Les protons interagissent dans une cible de béryllium et produisent des hadrons pions ou kaons qui se désintègrent essentiellement en muon et um. A la position de NOMAD, 940m plus loin, le faisceau est constitué de um à 93,9% (27 GeV d'énergie moyenne), d'anti(um) (5,3%) d'une petite contribution de ue (0,7%) et d'anti(ue) (0,2%). Les ut y sont pratiquement absents (proportion calculée de 10E-7). L'observation éventuelle d'interactions de ut dans le détecteur signerait donc forcément une oscillation.
Fig. 3: Expérience Nomad
Les neutrinos interagissent, 1 km après la cible qui les a produits, avec les détecteurs NOMAD. On cherche alors à bien reconnaître l’interaction pour dire si c’est un ut ou un autre type de neutrinos qui a interagi. Si l’on peut reconnaître une interaction comme ut + n -> Z- + p puis Z- -> e- + anti(ue) + ut, on saura que le um a oscillé en ut.
En fait la preuve est statistique car le faisceau de um est contaminé dés le départ en ut, il faudra donc observer assez d'interactions de ut pour être certains de la présence d’oscillations.
Résultats
Le faisceau de neutrinos du CERN fonctionne depuis avril 1994. En 1994 le détecteur a été installé et testé. Au mois d'août 1995, le détecteur était complet et environ 300 000 interactions de um ont été enregistrées. NOMAD a prit des données au rythme de 500 000 interactions par an en 1996 et 1997.
Cependant l’analyse des résultats et leur interprétation prendra du temps, en effet on ne peut raisonnablement s’attendre à observer au plus que quelques ut pendant toute la durée de l’expérience parmi les millions de um observés.
Dans le deuxième type d’expérience que l’on réalise pour tenter de mettre en évidence les oscillations des neutrinos on produit toujours des neutrinos d’une couleur et l’on compte combien on en retrouve à l’arrivée, dans l’espoir de détecter moins de neutrinos que ne le prévoit la théorie. Ces expériences utilisent principalement le flux de neutrino que nous envoie le soleil, ce flux étant prédit par les modèles qui décrivent le soleil.
L’expérience Gallex qui se déroule sous la montagne du Grand Sasso entre la France et l’Italie fait appel aux neutrinos solaires.
Une enceinte contient 12,2 tonnes de Gallium 71 en solution, qui, lors d'une interaction avec un neutrino solaire, se transforme en Germanium 71, lequel est radioactif avec une demi-vie de 11,43 jours. La totalité du Gallium 71, plus les quelques atomes éventuels de Germanium 71, est filtrée par un système chimique permettant de récupérer avec une grande efficacité et une grande pureté les atomes de Germanium 71, dont on détecte ensuite la radioactivité. On compte ainsi le nombre d'atomes de Germanium formés, donc le nombre d'interactions neutrinos qui se sont produites. On en déduit alors le flux de neutrinos solaires.
Résultats : les données prisent de mai 1991 à septembre 1993 donnent une moyenne de 79 (± 11) SNU tandis que la théorie prédit 132 SNU (1 SNU = 1 interaction neutrino par seconde pour 10E+36 atomes cibles). Soit un déficit en neutrinos de 40% .
Ces résultats mettent en évidence un autre des problèmes majeurs de la physique des neutrinos. En effet depuis 1975 et surtout depuis 1995, les physiciens savent avec certitude que les neutrinos en provenance de notre soleil sont beaucoup moins nombreux que prévu. La théorie, qui rend compte par ailleurs avec une remarquable précision du fonctionnement du soleil, prévoit environ 64 milliards de neutrinos par seconde et par cm², sur terre. Or les détecteur comme Gallex et Sage n’en observent pas plus de 40 milliards. Ce phénomène ne peut avoir que deux explications, soit le modèle qui décrit le fonctionnement du soleil, pourtant par ailleurs si valable, est erroné, soit quelque chose empêche les neutrinos d’arriver sur terre ou d'être détectés. C’est d’ailleurs ce qui a amené les physiciens a imaginer le phénomène d’oscillations qui permettrait aux neutrinos électroniques produits par le soleil de se dissimuler sous une autre couleur (nos détecteurs ne sont sensibles qu’aux neutrinos électroniques).
Cependant aucune expérience n’est pour l’instant parvenue a mettre en évidence ces oscillations. De plus cette théorie semble imparfaite car dans le cas d’oscillations le déficit en neutrinos solaires observé devrait être encore plus important. C’est pourquoi on fait maintenant appel à ce que l’on nomme l’effet MSW (du nom de leurs inventeurs : S.P. Mikheyev, A.Yu. Smirnov et L. Wolfenstein). Cet effet indique que la densité de matière traversée par les neutrinos pourrait avoir une influence sur leurs oscillations (ainsi deux neutrinos qui auraient parcouru des distances égales pourraient, s'ils n’ont par rencontré la même densité de matière, ne pas avoir oscillé de la même façon).
De nombreux projets sont à l’étude pour tenter d’observer cet effet MSW et ainsi de percer le mystère de la masse des neutrinos. Par exemple on évoque la possibilité de diriger les faisceaux de neutrinos du CERN ou de FERMILAB vers les détecteurs souterrains gigantesques qui se trouvent un peu partout sur la planète, et, pourquoi pas, aux antipodes (la quantité de matière traversée deviendrait alors suffisante pour espérer observer l’effet MSW). Le foisonnement de projets est tel qu’il semble que l’on puisse parler d’une "renaissance de la physique expérimentale des neutrinos". Cependant il existe une autre piste pour tenter de percer le mystère de la masse des neutrinos, c’est la piste des doubles désintégrations beta.