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Bronzage artificiel: inutile, dangereux... mais toujours autorisé !
Publié par Adrien, Source: Olivier Merckel, Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) - The Conversation sous licence Creative CommonsAutres langues:
Le saviez-vous ? Depuis le 26 janvier 2016, la vente aux particuliers d'appareils de bronzage est interdite en France... Une mesure de santé publique instaurée 17 ans après le classement des rayonnements ultraviolets artificiels dans la catégorie des agents cancérogènes certains par le Centre international de recherche sur le cancer, le Circ, une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Aucun doute possible sur l'intérêt de cette disposition.
Et pourtant, en 2023, l'interdiction n'est toujours que théorique.
Les idées reçues associées aux cabines de bronzage persistent. Ground Picture/Shutterstock
Or, si un projet de réglementation nationale est susceptible, selon la Commission ou d'autres états membres, de créer des obstacles à la libre circulation des marchandises, l'Europe peut bloquer son application. C'est ce qui s'est produit, à la faveur des relations complexes entre la normalisation et la réglementation européennes.
Les raisons invoquées par la Commission européenne pour bloquer le décret français tiennent au fait que les appareils de bronzage tombent sous le coup d'une autre réglementation européenne (directive 2014/35/UE) dite "basse tension", qui réglemente tous les appareils électriques branchés sur le secteur.
La conformité des appareils de bronzage à cette directive est établie à partir d'une norme technique (EN 60335-2-27), qui indique que les appareils de bronzage de type "UV3" (selon le décret n°2013-1261) peuvent être utilisés par des particuliers dès lors que la sécurité électrique est assurée.
Par conséquent, tout matériel conforme à ces exigences peut circuler librement au sein de l'Union européenne.
Les arguments en faveur de la protection de la santé n'ont pas su renverser la logique réglementaire européenne: la Commission a ainsi rejeté le projet de décret français, qui aurait fait obstacle à la libre circulation sur le marché européen des bancs solaires destinés aux particuliers.
Au passage, toutes les autres dispositions du décret, visant notamment à renforcer l'information des utilisateurs de cabines de bronzage en institut sur les risques pour la santé, ainsi que le contrôle des appareils, n'ont pu à ce jour être mises en oeuvre.
Concernant le cancer, de loin l'effet le plus grave, les études les plus récentes permettent de préciser comment le risque de mélanome, par exemple, augmente en fonction des pratiques. Dès 2006, dans une méta-analyse regroupant 19 études épidémiologiques, le Circ mettait en évidence un risque de mélanome encore plus élevé lorsque les expositions aux UV artificiels avaient débuté avant l'âge de 30 ans.
L'exposition aux rayonnements ultraviolets émis par le soleil est tout aussi dangereuse, classée également par le Circ dans la catégorie des cancérogènes certains. Des campagnes de prévention contre les risques à s'exposer au soleil sans protection sont d'ailleurs régulièrement diffusées à l'initiative, notamment des pouvoirs publics. Un message qui semble peu à peu être intégré, en particulier pour les jeunes enfants (lunettes, tee-shirts anti-UV, horaires de plage...).
Les séances d'exposition aux UV artificiels, même en institut, peuvent soumettre la peau à des index UV très élevés, supérieurs à 10, connus pour être dangereux. Sudowoodo/Shutterstock
Parmi les idées fausses les plus répandues, celle qui consiste à croire que quelques séances en cabine de bronzage préparent la peau au soleil de l'été... Il n'en est rien, au contraire !
La composition des UV artificiels est différente de celle du soleil. Les rayonnements ultraviolets contenus dans la lumière naturelle sont ainsi répartis en trois "bandes", en fonction de leurs longueurs d'onde, des moins aux plus énergétiques: UVA, UVB et UVC. Les cabines de bronzage, en France, émettent principalement des UVA (qui pénètrent plus profondément notre peau, qui de ce fait s'affine et vieillit plus vite), le taux d'UVB étant limité par la réglementation. Toutes les longueurs d'onde des rayonnements UV, via des mécanismes biologiques différents, sont des cancérogènes certains.
Et comme il n'y a pas de sensation de chaleur, le risque de brûlure en cas d'exposition prolongée est réel.
Parmi les autres arguments utilisés pour justifier l'intérêt des cabines de bronzage, l'apport en vitamine D ou la lutte contre la dépression saisonnière ont la vie dure. Or, notre organisme la produit suite à son exposition aux UVB... très minoritairement émis par les cabines. Quelques minutes d'exposition au soleil (mains, visage) suffisent largement pour couvrir les besoins normaux en vitamine D... Quant aux effets positifs sur le moral, ils sont inexistants là encore: seule la lumière visible joue ce rôle.
En faisant l'hypothèse que les mélanomes induits par les cabines de bronzage ont les mêmes conséquences que ceux provoqués par les ultraviolets solaires, entre 19 et 76 décès par an seraient associés à la pratique du bronzage artificiel.
Dès novembre 2009, à la suite du classement par le Circ des UV artificiels comme "cancérogènes certains pour l'Homme", le Brésil a été le premier pays à interdire totalement l'usage des appareils de bronzage. D'autres ont suivi ; les États australiens de Victoria (en 2005), de Nouvelle-Galles-du-Sud (en 2015), puis tous les états australiens depuis le 1ᵉʳ janvier 2016 ont prohibé à leur tour la pratique commerciale du bronzage en cabine.
En France toutefois, la voie réglementaire promet d'être encore longue avant de supprimer une exposition inutile, responsable de nombreux décès. Les trois derniers avis de l'Anses sur les risques pour la santé liés au bronzage artificiel recommandaient pourtant, sans équivoque, "la cessation, à terme, de tout usage commercial du bronzage par UV artificiels et de la vente d'appareils délivrant des UV artificiels à visée esthétique".