La dopamine, élément clé de l'addiction à l'héroïne
Publié par Isabelle le 07/11/2018 à 12:00
Source: Université de Genève (UNIGE)
Des chercheurs de l'UNIGE ont décrypté le rôle déterminant de la dopamine dans les mécanismes d'addiction à l'héroïne, ouvrant aussi la voie à des traitements et des médicaments analgésiques non addictifs.


Photo illustrant des neurones dopaminergiques (en rouge). En vert, ce sont des neurones dopaminergiques qui ont été activés par l'héroïne (L’héroïne ou diacétylmorphine, également appelée diamorphine, est un opioïde obtenu par acétylation de la morphine, le principal alcaloïde issu du...). En bleu (Bleu (de l'ancien haut-allemand « blao » = brillant) est une des trois couleurs primaires. Sa longueur d'onde est comprise approximativement entre 446 et 520 nm. Elle varie en luminosité du cyan à une teinte plus sombre...), un marquage des noyaux des cellules. © UNIGE

L'addiction (La dépendance est, au sens phénoménologique, une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s'y...) désigne l'envie répétée et irrépressible de faire ou de consommer quelque chose, malgré ses effets délétères. Celle-ci apparaît lorsqu'une substance ou un comportement crée des effets considérés comme positifs par les individus concernés, comme le plaisir ou la récompense, qui renforcent alors les comportements répétitifs. Mais, dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire,...), que se passe-t-il ? En comprenant les processus cérébraux à l'œuvre qui mènent aux puissants effets addictifs de l'héroïne, les scientifiques de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment où...) de Genève (UNIGE) permettent de mieux comprendre ce phénomène. Leurs résultats, à découvrir dans la revue eLife, ouvrent de nouvelles perspectives dans le domaine de la prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se...) et des traitements de la toxicomanie (A l'origine "la" toxicomanie est un terme qui vient du grec toxikon, « poison » et mania, « folie » et qui signifie que quelqu'un use de manière répétée et excessive d'une ou plusieurs...), mais aussi dans le développement de médicaments analgésiques non addictifs.

Dans le cerveau, les mécanismes d'addiction naissent dans le système de la récompense, un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise...) de réseaux neuronaux incluant des neurones dopaminergiques dont le rôle principal est d'associer certains comportements indispensables à la survie des individus – liens affectifs, apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par...) ou encore motivation (La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement dans une action ou expérience. Elle en détermine le déclenchement dans une certaine direction avec l'intensité souhaitée et en assure la...) à accomplir quelque chose – à une satisfaction. Si ce mécanisme cérébral est essentiel chez tous les mammifères, il a aussi une face plus sombre: l'addiction. Celle-ci est un dysfonctionnement de ce système, où le plaisir engendré par une substance ou une action prend le pas sur toute autre motivation. Et parmi les addictions, celle à l'héroïne et aux autre opiacés apparaît comme particulièrement rapide et puissante.

"Si le rôle du système de la récompense dans l'addiction aux opiacés commence maintenant à être bien connu, la fonction exacte des cellules qui le compose restait assez obscure", indique Michaël Loureiro, post-doctorant au Département des neurosciences (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et médicales qui étudient tous les aspects, tant normaux que pathologiques, des neurones et du système...) fondamentales de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant...) de l'UNIGE et auteur de cette étude. Qu'en est-il alors des neurones dopaminergiques dans le cas précis des opiacés ? "Pour le savoir, nous avons utilisé des outils génétiques avancés – l'optogénétique – qui permettent de manipuler et observer sélectivement des groupes distincts de neurones", poursuit le neuroscientifique.

Un effet direct et très rapide de la dopamine

Dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), les chercheurs, sous la direction de Christian Lüscher, professeur au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l'UNIGE, ont utilisé dans le modèle murin un capteur (Un capteur est un dispositif transformant l'état d'une grandeur physique observée en une grandeur utilisable exemple : une tension électrique, une...) fluorescent permettant de mesurer les niveaux de dopamine dans le noyau accumbens– une zone du cerveau impliquée directement dans le comportement de la récompense. Moins d'une minute ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute...) après l'administration d'héroïne, ils ont observé un pic de fluorescence (La fluorescence est une émission lumineuse provoquée par diverses formes d'excitation autres que la chaleur. (on parle parfois de « lumière froide »). Elle peut...) représentant une augmentation significative de la dopamine. Les neuroscientifiques ont ensuite enregistré l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) des neurones dopaminergiques des souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire, mais aussi de...) et ont constaté que ceux-ci étaient activés après l'administration répétée d'héroïne, confirmant ainsi le schéma de libération de dopamine précédemment observé.

Ayant établi le rôle de la dopamine, les scientifiques ont ensuite cartographié les signaux neuronaux qu'elle déclenche, grâce à deux "traceurs" qui se déplacent vers des régions distinctes du cerveau. Après l'administration d'héroïne, la plupart des neurones dopaminergiques activés envoient des signaux dans l'enveloppe interne (En France, ce nom désigne un médecin, un pharmacien ou un chirurgien-dentiste, à la fois en activité et en formation à l'hôpital ou en cabinet pendant une durée...) du noyau accumbens, donc au cœur du système de la récompense. "L'activation (Activation peut faire référence à :) des neurones dopaminergiques dans le noyau accumbens est donc nécessaire à l'installation précoces d'une addiction aux opioïdes", souligne le Dr Loureiro.

Des traitements plus efficaces, mais aussi des analgésiques moins addictifs

En comprenant en détails les mécanismes cérébraux qui sous-tendent le renforcement des opioïdes et en confirmant le rôle essentiel joué par les neurones dopaminergiques, les scientifiques de l'UNIGE proposent une nouvelle perspective qui permettra d'affiner les traitements de l'addiction. "Notre étude jette également les bases du développement de médicaments antidouleur qui seraient efficaces, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en n'ayant pas le terrible (Le Terrible était un vaisseau de ligne de 2e rang et de 78 canons, dessiné par François Coulomb, et lancé à Toulon en 1739. Il était long de 152 pieds...) pouvoir addictif des opioïdes largement utilisés de nos jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le...)", conclut Christian Lüscher.

Référence publication:
Cette recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la...) est publiée dans eLife
DOI: doi.org/10.7554/eLife.39945

Contacts chercheurs:
- Christian Lüscher - Professeur ordinaire au Département des neurosciences fondamentales - Faculté de médecine
- Michaël Loureiro - Post-doctorant au Département des neurosciences fondamentales- Faculté de médecine
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