Les enfants, dès 4 ans, envisagent plus le pouvoir au masculin qu'au féminin

Publié par Adrien le 09/01/2020 à 08:00
Source: CNRS
Dès l'âge de quatre ans, les enfants associent pouvoir et masculinité, et ce même dans des pays considérés comme moins inégalitaires comme la Norvège. C'est ce que rapportent des scientifiques de l'Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod (CNRS/Université Claude Bernard (Claude Bernard, né le 12 juillet 1813 à Saint-Julien (Rhône) et mort le 10 février 1878 à Paris, est un médecin et physiologiste...) Lyon 1), en collaboration avec les universités d'Oslo (Norvège), de Lausanne et de Neuchâtel (Suisse), dans une étude publiée le 7 janvier 2020 dans la revue Sex Roles. Ils montrent également que, dans certaines situations, l'association pouvoir-masculinité ne se manifeste pas chez les filles.



© Julien Wolga (CC BY-NC-SA)

On sait peu de choses sur la façon dont les représentations de pouvoir interagissent avec celles du genre dans la petite enfance. Des chercheurs et chercheuses de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) des sciences cognitives Marc Jeannerod (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1), en collaboration avec les universités d'Oslo (Norvège), de Lausanne et de Neuchâtel (Suisse) ont voulu savoir si les enfants âgés de 3 à 6 ans de différents pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine....), la France, le Liban et la Norvège, attribuent plus de pouvoir aux figures masculines qu'aux figures féminines.

Dans une première expérience, ils ont montré aux enfants une image où figuraient deux personnages non genrés dont l'un adoptait une posture (En posturologie, la posture est l'élaboration et le maintien actif de la configuration des différents segments du corps dans l'espace, elle exprime la manière dont l'organisme affronte les stimulations du...) physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien, la physique désigne la connaissance...) de dominance et l'autre une posture de subordination (voir figure). Dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), les enfants devaient deviner lequel de ces deux personnages exerçait du pouvoir sur l'autre. Ils devaient ensuite assigner un genre à chaque personnage (qui est la fille, qui est le garçon). Les résultats révèlent qu'à partir de quatre ans, une large majorité d'enfants considère que le personnage dominant est un garçon. L'association pouvoir-masculinité a été observée aussi bien chez les garçons que chez les filles, et aussi bien au Liban qu'en France et en Norvège mais pas de manière significative chez les enfants de 3 ans.

Dans une deuxième expérience, des enfants de 4 et 5 ans, tous scolarisés en France, devaient cette fois se figurer qu'ils étaient eux-mêmes sur cette image et que l'autre personnage était soit une fille soit un garçon. Lorsque les enfants devaient considérer leur relation de pouvoir avec un personnage du même genre qu'eux, les filles comme les garçons s'identifiaient largement au personnage dominant. Mais lorsqu'ils devaient considérer leur relation de pouvoir avec un personnage de genre différent, les garçons s'identifiaient plus souvent au personnage dominant alors que les filles ne s'identifiaient significativement pas plus à l'un ou l'autre des personnages.

Enfin, dans une troisième expérience, des enfants de 4 et 5 ans du Liban et de France assistaient à une série d'échanges entre deux marionnettes, l'une représentant une fille et l'autre un garçon, derrière un cache. Dans un cas, les marionnettes s'apprêtaient à jouer ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui...) et l'enfant entendait l'une imposer ses choix à l'autre. Dans l'autre cas, une marionnette disposait de plus d'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.) que l'autre pour acheter des glaces. En France comme au Liban, la plupart des garçons considéraient que la marionnette qui imposait ses choix ou qui avait plus d'argent était la marionnette masculine. Par contre, les filles des deux pays n'attribuaient pas la position dominante préférentiellement à l'un ou l'autre genre.

Ces résultats montrent une sensibilité précoce des enfants à une hiérarchie entre les genres, bien que les filles, dans certaines situations, n'associent pas pouvoir et masculinité. Les scientifiques s'attachent maintenant à savoir quelles formes de pouvoir ils attribuent aux figures féminines et s'ils légitiment l'expression d'un pouvoir genré.

Bibliographie:
How Preschoolers Associate Power with Gender in Male-Female Interactions: A Cross-Cultural Investigation. Rawan Charafeddine, Imac Maria Zambrana, Benoît Triniol, Hugo Mercier, Laurence Kaufmann, Anne Reboul, Francisco Pons, Jean-Baptiste Van der Henst.
Sex Roles, le 7 janvier 2020.
DOI: https://doi.org/10.1007/s11199-019-01116-x
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