L'ennemi juré du diabète serait finalement un précieux allié
Publié par Adrien le 11/03/2019 à 08:00
Source: Université de Montréal
Le diabète et l'insuline vont souvent de pair dans une conversation. Le premier affecte des millions de personnes dans le monde, tandis que la seconde est une hormone qui aide à contrôler la maladie en question. Au grand étonnement de plusieurs, un troisième joueur pourrait bientôt se joindre à eux: le glucagon.

Le glucagon a longtemps été perçu comme une hormone (Une hormone est un messager chimique véhiculé par le système circulatoire qui agit à distance de son site de production par fixation sur des récepteurs spécifiques.) qui entravait l'action de l'insuline (L'insuline (du latin insula, île) est une hormone peptidique sécrétée par les cellules β des îlots de Langerhans du pancréas. Elle a, avec le glucagon, un rôle...). Jennifer Estall, chercheuse à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est...) de recherches cliniques de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de...) (IRCM) et à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Montréal, remet en question ce dogme.

Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, son équipe a dévoilé un mécanisme adaptatif en jeu dans le contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) de l'action de l'insuline: le glucagon y joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement à ouvrir et fermer la bouche et...) un rôle crucial et pourrait même avoir un effet protecteur.


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Deux hormones aux antipodes


Jennifer Estall Crédit: IRCM
Le diabète (Le diabète présente plusieurs formes, qui ont toutes en commun des urines abondantes (polyurie). Le mot « diabète » vient du grec ancien...) se manifeste lorsque notre organisme n'est plus en mesure de stocker le glucose (Le glucose est un aldohexose, principal représentant des oses (sucres). Par convention, il est symbolisé par Glc. Il est directement assimilable par l'organisme.), ce qui peut entraîner un taux de sucre (Ce que l'on nomme habituellement le sucre est, dès 1406, une "substance de saveur douce extraite de la canne à sucre" (Chrétien de Troyes, Le Chevalier au lion). Il est majoritairement...) trop élevé dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté...). Avec le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), cette maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) peut mener à de graves complications. Le diabète a d'ailleurs été considéré comme une maladie fatale jusqu'en 1922, année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) où des chercheurs canadiens ont découvert l'insuline et ont commencé à l'utiliser comme traitement.

"Quand le taux de sucre dans notre sang [la glycémie (La glycémie (du grec glukus = doux et haima = sang) désigne la concentration de glucose dans le sang ou plus exactement dans le plasma.)] devient trop élevé, l'insuline envoie un signal ( Termes généraux Un signal est un message simplifié et généralement codé. Il existe sous forme d'objets ayant des formes particulières. Les signaux lumineux sont employés depuis la nuit...) au corps. Celui-ci entrepose alors l'excédent de sucre dans nos tissus et ordonne au foie (Le foie est un organe abdominal impair et asymétrique, logé chez l'homme dans l'hypocondre droit, la loge sous-phrénique droite, la partie supérieure du creux épigastrique puis atteint l'hyponcondre et qui assure trois...) de cesser d'en produire, explique Jennifer Estall, qui dirige l'unité de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) sur les mécanismes moléculaires du diabète de l'IRCM. Le glucagon, en revanche, commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) le foie afin qu'il recoure à ces réserves quand c'est nécessaire et qu'il fabrique plus de sucre. Le glucagon peut ainsi agir lors d'une période de jeûne ou quand le corps dépense plus d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) que d'habitude, comme lorsque nous faisons de l'exercice."

L'union fait la force

Compte tenu de leurs effets opposés, l'insuline et le glucagon ont longtemps été perçus comme des hormones qui se concurrencent afin d'envoyer leur signal au foie. De nombreux scientifiques ont d'ailleurs soupçonné qu'un glucagon hyperactif ou sécrété en de trop grandes quantités pouvait être une cause ou un facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le but de faciliter l'évaluation ou...) du diabète.

Par le passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des...), certains chercheurs ont même tenté de mettre au point (Graphie) un traitement inhibant l'action du glucagon. Or, son efficacité s'est révélée incertaine. Jennifer Estall, qui est également professeure-chercheuse agrégée à l'UdeM et professeure associée à l'Université McGill, est en mesure de dire pourquoi cette approche s'est avérée peu concluante: son équipe a démontré comment, inversement, le glucagon pourrait avoir un effet protecteur.

"Lorsque vous jeûnez pendant un certain temps, par exemple quand vous dormez la nuit, votre taux de glucagon est plus élevé, raconte la Dre Estall. Votre corps peut dès lors utiliser ses réserves d'énergie et empêcher votre glycémie de trop chuter. Il vous évite par la même occasion de tomber en hypoglycémie (La définition de l'hypoglycémie ne saurait se limiter à la seule constatation d'une glycémie "trop" basse. La valeur de la glycémie n'a pas de signification propre lorsqu'elle est basse ; ce...), ce qui pourrait provoquer des vertiges, de la confusion et, dans les cas graves, vous plonger dans le coma (Le terme « coma » signifie « sommeil profond » en grec ancien. Le coma est une abolition de la conscience et de la vigilance non...). Nous avons mis au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa durée...) une fonction supplémentaire du glucagon: il prépare votre foie à réagir. Lorsque vous vous levez et mangez votre petit déjeuner, votre foie est plus sensible au signal de l'insuline lui indiquant d'arrêter la production de son propre sucre, car celui-ci n'est plus nécessaire."

Grâce à des observations effectuées sur des cellules de foie de souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire, mais aussi de...), les chercheurs de l'IRCM ont découvert que le glucagon a besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires,...) d'une protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par des liaisons...) appelée PGC1A pour contrôler cette réaction. Aurèle Besse-Patin, premier auteur de l'étude, a été surpris par cette observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande participation des...): "L'activation (Activation peut faire référence à :) de PGC1A n'a pas entraîné d'hyperglycémie, comme on l'aurait cru auparavant. Au contraire, les souris ont plutôt mieux répondu à l'insuline", a-t-il affirmé.

"En fait, avoir des taux élevés de glucagon et de PGC1A pourrait s'avérer bénéfique, a ajouté la Dre Estall. Sans ceux-ci, le foie réagit moins rapidement à l'insuline après les repas. Par conséquent, il faut plus de temps avant que la glycémie revienne à la normale."

La Dre Estall s'attend à ce que cette percée encourage les chercheurs à s'intéresser de plus près au glucagon et à PGC1A. Ceux-ci ont souvent été écartés en raison de leurs présumés effets indésirables sur le foie.

"Nous espérons que nos travaux aideront à désigner de nouvelles cibles thérapeutiques pour le diabète ainsi que pour d'autres maladies métaboliques", a-t-elle conclu.
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