Le puisant épisode El Niño 2015-16 perd rapidement de son intensité. Il devrait toutefois continuer d'influencer les régimes climatiques de certaines régions jusqu'en milieu d'année. Les modèles de prévision du climat annoncent un retour à des conditions neutres en mai 2016, et il semble de plus en plus probable qu'un épisode La Niña se mette en place au troisième trimestre. Il y a très peu de chance qu'El Niño réapparaisse en 2016. Les Services météorologiques et hydrologiques nationaux vont surveiller de près l'évolution du phénomène ENSO au cours des prochains mois.
En rouge les records de températures en avril 2016. Illustration: NASA
Entre octobre 2015 et février 2016, les températures océaniques dans le centre et l'est du Pacifique tropical dépassaient la moyenne de plus de +2,0 °C, mais sont en train de revenir à la normale. En effet, début mai, l'anomalie positive dans cette région océanique n'était plus que de 0,5 °C à 1,0 °C.
Les indicateurs atmosphériques qui révélaient la présence d'un épisode El Niño particulièrement intense en début d'année, avaient retrouvé début mai des valeurs beaucoup plus proches de celles observées lors d'une phase neutre du phénomène ENSO. Rappelons que ce type d'épisode se caractérise par une pression atmosphérique plus faible au-dessus du Pacifique central et oriental, un affaiblissement, et parfois une inversion, des alizés dans les couches basses au-dessus du Pacifique, ainsi que par une nébulosité supérieure à la normale et une augmentation des précipitations à proximité de la ligne de changement de date et à l'est de celle-ci. Les épisodes El Niño se prolongent souvent pendant une grande partie du premier trimestre de l'année qui suit leur apparition, dans certains cas jusqu'au deuxième trimestre, avant de se dissiper. En raison de sa puissance, l'épisode El Niño 2015-16 a persisté jusque début mai, même s'il avait beaucoup faibli. Des conditions neutres devraient toutefois se rétablir avant la fin du mois.
Entre janvier et début mai 2016, les températures sous la surface de la mer dans le Pacifique tropical, à l'est de la ligne de changement de date, sont passées au-dessous de la normale alors qu'elles se situaient au départ nettement au-dessus, étant donné que les eaux froides des couches profondes dans l'ouest et le centre du Pacifique équatorial se sont étendues à la fois en direction de l'est et de la surface. Dans le quart oriental du Pacifique tropical, les eaux de surface sont récemment devenues plus froides que la moyenne. Si la température de surface reste anormalement élevée dans le centre et le centre-est du Pacifique, on relève des températures inférieures à la normale à faible profondeur, ce qui présage que les eaux de surface devraient encore se refroidir au cours des prochains mois. Dans le passé, plusieurs épisodes El Niño intenses, notamment celui de 1997-98, ont été suivis d'une anomalie La Niña.
Actuellement, tous les modèles de prévision dynamique et statistique considérés prévoient un refroidissement des températures de surface dans le centre-est du Pacifique tropical au cours des mois à venir. D'après nombre d'entre eux, les températures ne s'écarteront pas de la normale de plus de 0,5 °C, tant pour la période mai-juillet que pour la période juin-août. Plus de la moitié des modèles prévoient que, dans le centre-est du Pacifique, les températures seront inférieures de plus de 0,5 °C à la normale à partir de la période juillet-septembre et jusqu'à la fin de 2016, ce qui correspond, au minimum, à une anomalie La Niña de faible intensité. Cela reste toutefois à confirmer, dans la mesure où les prévisions faites en cette période de l'année sont généralement moins fiables que celles réalisées au cours du second semestre.
Si l'on considère la moyenne sur trois mois de la température de surface dans le centre du Pacifique tropical au plus fort de l'épisode El Niño 2015-16, qui présente une anomalie positive de plus de 2,0 °C, il s'agit d'un épisode comparable à ceux de 1982-83 et 1997-98, qui étaient de très forte intensité. Les températures de l'océan ont, certes, atteint un niveau aussi élevé que pendant l'épisode de 1997-98, mais celui de 2015-16 a été moins intense au regard d'autres paramètres, tels que la température de la mer en surface et au-dessous de la surface dans le tiers oriental du Pacifique tropical et l'extension vers l'est de l'anomalie positive de la nébulosité et des précipitations le long de l'Équateur.
Les paramètres océaniques et atmosphériques dans le Pacifique tropical resteront sous étroite surveillance pendant les mois à venir, afin que l'on puisse évaluer plus précisément la diminution de l'intensité de ce phénomène ainsi que l'éventuelle arrivée d'un épisode La Niña.
Il convient de garder à l'esprit que les phénomènes El Niño et La Niña ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent les régimes climatiques à l'échelle du globe. En outre, il n'y a pas nécessairement de corrélation directe entre l'intensité d'un épisode El Niño et ses incidences sur le climat à l'échelle régionale. Au plan régional, les prévisions saisonnières doivent tenir compte des effets respectifs d'El Niño et de La Niña et d'autres phénomènes influant sur le climat à l'échelle locale. On sait, par exemple, que la température de surface de l'océan Indien, du Pacifique sud-est et de l'Atlantique tropical a une incidence sur le climat des zones continentales adjacentes. Des informations exploitables à l'échelle régionale et locale peuvent être tirées des prévisions climatiques saisonnières de portée régionale ou nationale, comme celles qui émanent des centres climatologiques régionaux de l'OMM (CCR), des forums régionaux sur l'évolution probable du climat et des Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN).