L'identité génétique des premiers agriculteurs
Publié par Isabelle le 06/08/2016 à 00:00
Source: CORDIS-Europa
Des chercheurs en partie financés par le projet ADNABIOARC du Conseil européen de la recherche (CER) ont publié de nouvelles découvertes qui révisent la compréhension de l'héritage génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) des habitants actuels de l'Eurasie de l'Ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).).

Une étude publiée dans la revue Nature a décrit l'identité génétique et la dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) des populations des tous premiers agriculteurs. Les informations découlent d'analyses à grande échelle (La grande échelle, aussi appelée échelle aérienne ou auto échelle, est un véhicule utilisé par les sapeurs-pompiers, et qui emporte une...) du génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le génome est porté par des molécules d'ARN)....) de restes humains provenant du Proche-Orient (Le Proche-Orient est une région d'Asie et d'Afrique comprenant les pays du sud-est du bassin Levantin (mer Méditerranée). On l'englobe souvent dans le Moyen-Orient. Un synonyme plus ancien...).

Des groupes nouvellement décrits

L'étude révèle l'existence de trois populations d'agriculteurs, génétiquement distinctes, et vivant au Proche-Orient il y a 12 000 à 8 000 ans. Il s'agit d'un groupe déjà décrit habitant en Anatolie (actuellement la Turquie) et de deux autres nouvellement décrits et installés dans ce qui est aujourd'hui l'Iran et le Levant. Les résultats suggèrent que l'agriculture s'est diffusée à partir du Proche-Orient, et au moins en partie parce que les populations en place ont inventé ou adopté des techniques d'agriculture, plutôt que par un remplacement de population.

"Certaines des plus précoces activités d'agriculture ont été découvertes aux deux extrémités du Croissant fertile: au Levant, notamment en Israël et en Jordanie, et dans les monts Zagros en Iran", déclarait le professeur Ron Pinhasi de l'University College de Dublin, co-auteur de l'étude. "Nous voulions savoir si ces premiers agriculteurs étaient génétiquement similaires à l'une ou l'autre des populations de chasseurs-cueilleurs qui vivaient là auparavant, afin d'en savoir davantage sur la première transition vers l'agriculture."

Les analyses effectuées par l'équipe ont modifié les idées sur l'héritage génétique des populations modernes d'Eurasie occidentale. Elles semblent désormais descendre de quatre grands groupes: des chasseurs-cueilleurs pour ce qui est aujourd'hui l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire comme une des...) de l'Ouest, d'autres chasseurs-cueilleurs pour l'Europe de l'Est, le groupe d'agriculteurs d'Iran, et le groupe d'agriculteurs du Levant.

Le professeur David Reich de la Harvard Medical School, un autre co-auteur de l'étude, commentait: "Nous avons constaté que la population relativement homogène qui occupe aujourd'hui l'Eurasie occidentale, avec l'Europe et le Proche-Orient, était initialement une collection bien structurée de gens aussi différents les uns des autres que le sont aujourd'hui les Européens et les natifs d'Extrême-Orient (L'Extrême-Orient désigne la partie orientale de l'Asie. Il comprend :)."

Avec le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), les populations du Proche-Orient se sont mélangées entre elles et se sont déplacées pour se mélanger avec les habitants des régions voisines, jusqu'à ce que ces groupes initialement distincts deviennent génétiquement très semblables.

Surmonter la mauvaise qualité des restes d'ADN

Les progrès dans les techniques d'étude de l'ADN ancien ont permis d'exploser ce mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de l'opération est une...) des populations et leurs migrations à grande échelle, survenus il y a des milliers d'années. Reste que le Proche-Orient est l'une des régions où il est le plus difficile de réussir de telles études. En effet, son climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée....) chaud dégrade l'ADN dans les os à découvert.

L'équipe a surmonté cette difficulté en partie par l'extraction de matériel génétique depuis des os de l'oreille interne (L'oreille interne est une des parties de l'oreille, qui contient non seulement l'organe de l'ouïe, la cochlée ou limaçon, mais aussi le Système vestibulaire, organe de...), qui peuvent contenir jusqu'à 100 fois plus d'ADN que les autres os. Elle a aussi utilisé l'hybridation en solution afin d'enrichir l'ADN humain et d'éliminer la contamination par de l'ADN de micro-organismes. Ainsi, les chercheurs ont obtenu des informations génomiques de haute qualité à partir de 44 personnes vivant au Proche-Orient il y a 14 000 à 3 400 ans. Il s'agissait de chasseurs-cueilleurs (avant l'avènement de l'agriculture) ainsi que des premiers agriculteurs et de leurs successeurs.

Les chercheurs ont comparé ces génomes entre eux, avec 240 autres génomes anciens déjà étudiés dans les régions voisines, et avec environ 2 600 génomes modernes. Ils ont ainsi constaté que les premières cultures d'agriculteurs du Levant, d'Iran et d'Anatolie étaient génétiquement distinctes. "Il se peut qu'un groupe ait domestiqué les chèvres, qu'un autre ait commencé à cultiver du blé (« Blé » est un terme générique qui désigne plusieurs céréales appartenant au genre Triticum. Ce sont des plantes annuelles de la famille des...), et qu'ils aient échangé leurs découvertes", suppute Iosif Lazaridis, l'un des chercheurs. "Ces populations différentes ont toutes inventé ou adopté certains aspects de la révolution agricole, et toutes ont prospéré."

Au cours des 5 000 années suivantes, les groupes d'agriculteurs du Proche-Orient se sont mélangés entre eux et avec les chasseurs-cueilleurs en Europe. Dès l'Âge de bronze (Le bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Le terme airain désigne aussi le bronze, mais est plutôt employé en poésie et dans les textes...), les populations avaient des ancêtres de toutes les régions, et ressemblaient largement aux populations actuelles.

Les descendants de chaque groupe d'agriculteurs, alors même qu'ils commençaient à se mélanger, ont contribué au patrimoine génétique d'autres parties du monde (Le mot monde peut désigner :). Les agriculteurs du groupe d'Anatolie sont partis vers l'ouest en Europe, ceux du Levant se sont déplacés vers l'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées....) de l'Est, ceux venant d'Iran ou du Caucase sont allés au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) vers la steppe russe, et des descendants des agriculteurs d'Iran et de chasseurs-cueilleurs de la steppe ont migré jusqu'en Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou...) du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.).

"Le Proche-Orient a été le chaînon manquant pour comprendre de nombreuses migrations", souligne le professeur Pinhasi.

Les chercheurs sont impatients d'étudier des restes des premières civilisations, succédant à ceux qu'ils ont analysés lors de cette étude.

Pour plus d'informations voir:
- page du projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de...) sur CORDIS
- Le génome des premiers agriculteurs au monde découvert en Iran - CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).)
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