Une observation étrange a longtemps intrigué les ingénieurs de la mine souterraine de Sanford, dans le Dakota du Sud: lors de fortes pluies, le flux d'air dans certains puits s'inversait. Ce comportement inattendu vient de trouver une explication, avec des implications notables pour la sécurité des mines.
Cette installation, le Sanford Underground Research Facility (SURF), n'est plus en exploitation minière, mais nécessite une ventilation constante pour la sécurité. Jason Connot, ingénieur des mines, supervise ce système. Peu après son arrivée en 2019, lui et son équipe ont remarqué un comportement étrange lors des orages: le ventilateur du puits 5 devenait incontrôlable, et certaines zones voyaient leur air ralenti, voire inversé.
Jason Connot, ingénieur des mines au Sanford Underground Research Facility, dans l'ancienne forge à 335 mètres sous terre. Crédit: Stephen Kenny / SURF
Pour comprendre ce phénomène, des mesures plus fines ont été nécessaires. Des capteurs de débit d'air ont été installés, et Steve Gabriel, un professeur de sciences, a conçu avec ses étudiants des moniteurs qui ont capté un événement clé lors d'un test du système d'arrosage du niveau 4850. "Nous avons ressenti une augmentation du débit d'air, cela a tout déclenché", explique Jason Connot.
La cause était surprenante: l'eau de pluie, dirigée dans le puits 5 pour éviter les inondations, agit comme une seringue géante. En tombant, elle pousse l'air devant elle, forçant une circulation anormale dans le réseau de ventilation. Jason Connot a trouvé dans la littérature des équations expliquant ce phénomène dans les égouts, et avec l'aide de collègues de l'École des mines du Dakota du Sud, les a adaptées au site. Les calculs correspondaient parfaitement aux observations.
Cette découverte va bien au-delà d'une simple curiosité. En cas d'incendie souterrain, les ingénieurs déversent souvent de l'eau dans un puits. "Savoir que cela peut changer le flux d'air est une information essentielle", indique Jason Connot. Grâce à ce travail, l'équipe peut désormais anticiper ces variations et configurer la ventilation en conséquence, améliorant ainsi la sécurité.
Ces recherches de Jason Connot, publiées dans la revue Mining, Metallurgy & Exploration, ont été saluées par ses pairs. Andrea Brickey, son conseiller, loue sa curiosité: "Il a identifié un phénomène qui affecte les systèmes de ventilation et a cherché à le prédire. Il a réussi.
Le principe de la seringue hydraulique
Le mécanisme repose sur le principe d'une seringue hydraulique. Lorsque l'on pousse le piston, l'air sort par l'aiguille. Dans une mine, l'eau qui tombe dans un puits joue le rôle du piston. La colonne d'eau descendante comprime l'air situé en dessous, créant une différence de pression qui force l'air à se déplacer dans les galeries.
Ce mécanisme est bien connu dans les réseaux d'égouts urbains, où des chutes d'eau importantes peuvent propulser l'air à travers les canalisations. Cependant, l'appliquer à une mine nécessite des calculs précis prenant en compte la forme des puits, le volume d'eau et les caractéristiques du système de ventilation.
La découverte des ingénieurs de SURF montre que même de petites quantités d'eau, comme la pluie, peuvent avoir un effet significatif. Cela ouvre la voie à des modèles prédictifs pour anticiper ces changements de flux d'air, ce qui est essentiel pour la sécurité.
Dans le cas du puits 5 de SURF, l'eau excédentaire est déversée dans une cavité profonde. En tombant sur plusieurs centaines de mètres, elle acquiert une vitesse suffisante pour déplacer une grande masse d'air. Les ingénieurs ont mesuré que le débit d'air pouvait être multiplié par deux ou plus lors d'un orage.