Le réseau écologique sombre, un nouveau concept pour lutter contre la pollution lumineuse

Publié par Isabelle le 26/02/2021 à 13:00
Source: CNRS INEE
La pollution lumineuse est une menace croissante pour la biodiversité. Afin de favoriser la prise en compte de cette menace dans les politiques de préservation de l'environnement, une équipe de chercheurs du CNRS, du MNHN et de l'INRAE, issus notamment des laboratoires Géographie (La géographie (du grec ancien γεωγραφία...) de l'Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...) (GEODE - CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...) / Univ. Toulouse - Jean Jaurès), Théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer,...) économique, modélisation et applications (THEMA - CNRS / CY Cergy Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région...) Université), du Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (LADYSS - CNRS / Univ. Panthéon-Sorbonne / Univ. Vincennes-Saint-Denis / Univ. Paris Nanterre / Univ. de Paris) et du Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO - MNHN / CNRS / Sorbonne (La Sorbonne est un complexe monumental du Quartier latin de Paris. Elle tire son nom du...) Université) vient de publier un article dans la revue Ecology and Society présentant le concept de “réseau écologique sombre”. Ce concept permet d'intégrer les processus écologiques associés aux paysages nocturnes dans les stratégies de conservation de la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie...) et la lutte contre la pollution lumineuse (L’expression pollution lumineuse (light pollution, ou photopollution pour les anglophones)...).


illustration de l'effet d'attraction de la lumière artificielle nocturne sur les insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large...) et de l'effet induit (L'induit est un organe généralement électromagnétique utilisé en électrotechnique chargé de...) sur l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) de certaines espèces de chauves-souris dans l'aire de répartition d'un luminaire.Crédit Photo: Samuel Challéat

La lumière artificielle nocturne constitue une menace croissante pour la biodiversité à l'échelle mondiale. Au cours de la période 2012-2016, les émissions de lumière ont augmenté globalement à un taux annuel moyen de 2,2 % et impactent à présent plus de 88 % des espaces nocturnes européens. La lumière artificielle nocturne affecte notamment les rythmes biologiques ou les mouvements des individus d'un grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) d'espèces, ce qui provoque des effets en cascade sur les écosystèmes. Pour tous ces effets négatifs avérés, la lumière artificielle nocturne est désormais considérée comme une pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le...) à part entière - la pollution lumineuse. Parmi les multiples effets de cette pollution, la fragmentation et la perte des habitats sont actuellement une préoccupation centrale, tant pour les sciences de la conservation que pour les sciences du territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en...).

Les travaux en écologie attestent que la lumière artificielle crée, via de multiples processus spatiaux et temporels, des effets de barrières qui entravent directement ou indirectement les déplacements des individus et induisent un isolement spatial ou temporel des populations qui pourrait, à terme, limiter le flux (Le mot flux (du latin fluxus, écoulement) désigne en général un ensemble d'éléments...) de gènes entre les populations et donc la persistance ( Persistance (statistiques) Persistance (informatique) en peinture : La...) des populations à plus long terme. Par ailleurs, la multitude de sources lumineuses favorise l'accumulation d'individus de nombreuses espèces dans les zones éclairées, attire des prédateurs tels que les chauves-souris insectivores et modifie l'activité migratoire d'un grand nombre d'espèces. À terme, la lumière artificielle nocturne pourrait donc compromettre la réalisation du cycle de vie (La vie est le nom donné :) des espèces.

Les travaux en géographie environnementale et aménagement de l'espace montrent que, jusqu'à présent, les politiques territoriales de préservation de l'environnement nocturne peinent à saisir l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection...) des effets de la pollution lumineuse. D'une part, les enjeux liés à l'efficience énergétique (L’efficience énergétique (on emploie très souvent, incorrectement, le terme...) des systèmes techniques d'éclairage et à la qualité du ciel (Le ciel est l'atmosphère de la Terre telle qu'elle est vue depuis le sol de la planète.) étoilé occultent souvent les enjeux écologiques de la préservation de l'obscurité. D'autre part, un fossé considérable persiste entre des solutions techniques d'atténuation (Perte d'intensité et amplitude d'un signal...) de la pollution lumineuse à l'échelle locale (par exemple le choix des luminaires ou les pratiques communales d'extinction (D'une manière générale, le mot extinction désigne une action consistant à éteindre quelque...) de l'éclairage public en milieu de nuit) et la mise en oeuvre de zonages de limitation de la pollution lumineuse à des échelles plus larges (par exemple via des labels de qualité du ciel étoilé) qui se focalisent sur les zones associées à l'exceptionnalité de la voûte (Une voûte (ou voute) est un élément architectural de couvrement intérieur d'un...) céleste, mais ignorent les espaces et les nuits ordinaires.


Schéma conceptuel des différents éléments structurels d'un réseau écologique sombre. Conception et réalisation: Samuel Challéat

C'est pour combler ce fossé qu'une équipe interdisciplinaire (Un travail interdisciplinaire intègre des concepts provenant de différentes disciplines.) de chercheurs du CNRS, du MNHN et d'INRAE, issus notamment des laboratoires Géographie de l'Environnement (GEODE - CNRS / Univ. Toulouse - Jean Jaurès), Théorie économique, modélisation et applications (THEMA - CNRS / CY Cergy Paris Université), du Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (LADYSS - CNRS / Univ. Panthéon-Sorbonne / Univ. Vincennes-Saint-Denis / Univ. Paris Nanterre / Univ. de Paris) et du Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO - MNHN / CNRS / Sorbonne Université), vient d'introduire dans la revue Ecology and Society le concept de “réseau écologique sombre”.

Ce concept souligne l'importance de l'obscurité comme nouvelle dimension (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce...) de la connectivité écologique. Ce faisant, il place la préservation de la biodiversité ordinaire au premier plan de la lutte contre la pollution lumineuse. En intégrant les processus écologiques associés aux paysages nocturnes dans la planification (La planification est la programmation d'actions et d'opérations à mener) de la conservation de la biodiversité, il offre une double perspective pour une préservation intégrée de l'environnement nocturne: lutter contre l'homogénéisation des paysages et la fragmentation des habitats d'une part, et insérer les théories de la conservation dans les pratiques ordinaires d'aménagement d'autre part. En France par exemple, ce concept trouve une traduction dans un nouvel outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son...) en cours de formalisation, la Trame (Le mot trame peut désigner :) noire, qui vient compléter la politique Trame verte et bleue (TVB) issue du Grenelle de l'environnement.

L'ancrage du réseau écologique sombre dans les territoires nécessite l'articulation des échelles et niveaux de l'action en matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses...) de préservation de l'environnement nocturne. Négocier cet “atterrissage” du concept est l'enjeu de la “territorialisation”, méthode pratique qui consiste à mettre l'action publique en adéquation avec les systèmes de valeurs et de représentations liés aux dimensions physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la...), écologique, environnementale mais également historique, sociale, économique, politique et symbolique des territoires. In fine les auteurs soutiennent que, parce qu'elle entraînera nécessairement des modifications profondes du cadre de vie, la territorialisation de la préservation de l'environnement nocturne est un projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a...) de société qui doit être débattu dans des arènes locales ouvertes à une diversité d'acteurs représentant l'ensemble des multiples usages humains et non humains des espaces nocturnes.


ALAN, un puissant outil d'aménagement des espaces, mais un facteur de dégradation de l'obscurité et de fragmentation des habitats. Vue sur la vallée (Une vallée est une dépression géographique généralement de forme...) du Rhône (Le Rhône est un fleuve d'Europe. Long de 812 kilomètres, il prend sa source, dans le...) depuis la bordure est du Parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été...) naturel régional (PNR) du Pilat.

Ce travail a bénéficié d'une aide de l'État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre du Labex DRIIHM, programme "Investissements d'avenir" portant la référence ANR-11- LABX-0010, et ce via l'OHM Pyrénées Haut-Vicdessos.

Au-delà des enjeux de préservation de la biodiversité, la lumière artificielle nocturne représente une part importante de la consommation énergétique mondiale, avec 20 % de la consommation mondiale d'électricité (L’électricité est un phénomène physique dû aux différentes charges électriques de la...), 6 % des émissions de CO2 et 3 % de la demande mondiale en pétrole (Le pétrole est une roche liquide carbonée, ou huile minérale. L'exploitation de...). Rien qu'aux États-Unis, l'International Dark-sky Association estime qu'au moins 30 % de tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) l'éclairage extérieur est gaspillé. Toujours selon cette ONG, ce gaspillage coûte annuellement jusqu'à 3,3 milliards de dollars et émet, sur la même période, 21 millions de tonnes de dioxyde de carbone (Le dioxyde de carbone, communément appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, est un...). Cette pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée...) anthropique croissante contribue au changement environnemental global par de multiples mécanismes liés à la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses...), à la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...) et à l'écologie.

Références:
Challéat, S.*, K. Barré*, A. Laforge, D. Lapostolle, M. Franchomme, C. Sirami, I. Le Viol, J. Milian, and C. Kerbiriou. 2021. Grasping darkness: the dark ecological network as a social-ecological framework (En programmation informatique, un framework est un kit de composants logiciels structurels, qui...) to limit the impacts of light pollution on biodiversity. Ecology and Society XX(YY):ZZ. [online]
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