Le testament d'Astérix: les gaulois, entre mythe et réalité

Publié par Adrien le 27/09/2022 à 09:00
Source: CNRS INEE
Nos ancêtres les Gaulois, un Vercingétorix roux arborant un casque ailé, un peuple rustre, barbare, chauvin... Les images d'Épinal concernant les populations de l'Âge du Fer (800-50 avant JC) ne manquent pas. Mais au-delà de l'image véhiculée par nos livres d'Histoire et la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses...) populaire, que savons-nous vraiment ?


Localisation des sites étudiés et réseaux d'échanges a l'Âge du Fer en France.
© Claire-Élise Fisher

Une équipe européenne de chercheurs et chercheuses des universités de York et de Bordeaux, du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...), du Max Planck (Max Planck (né Max Karl Ernst Ludwig Planck le 23 avril 1858 à Kiel, Allemagne...) Institute et de plusieurs instituts d'archéologie préventive ont analysé le génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une...) de 49 individus de l'Âge du Fer découverts sur l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection...) du territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en...) français. Ces résultats, publiés dans la revue iScience apportent un éclairage nouveau sur ces groupes, leur origine, leur diversité génétique (La diversité génétique est une caractéristique décrivant le niveau de...) ainsi que leur mobilité.

L'unicité des Gaulois a longtemps été véhiculée, d'abord par les grecs et les romains, qui les appelaient "Celtes" puis par Napoléon III, qui l'utilise pour reconstruire l'identité nationale après les guerres de Prusse. Si aujourd'hui l'archéologie dresse des Gaulois l'image, non plus d'un groupe unique, mais d'une multitude de groupes régionaux ayant des pratiques culturelles et funéraires distinctes, leur diversité biologique reste elle peu abordée.

Une équipe de chercheuses en ADN ancien et d'archéologues, a analysé le génome de 49 individus de l'Âge du Fer retrouvés sur l'ensemble du territoire français actuel. Les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) nouvellement acquises ont été compilées avec 19 génomes déjà disponibles pour cette période, permettant de constituer un panel (Le panel est un groupe de personnes interrogées régulièrement sur leurs opinions ou leurs...) de données représentatif des différents groupes culturels gaulois (définis en partie par leurs pratiques funéraires).

L'équipe a ainsi pu mettre en évidence un lien entre le profil génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est...) des individus et la géographie (La géographie (du grec ancien γεωγραφία...), qui s'explique par une dilution (La dilution est un procédé consistant à obtenir une solution finale de concentration...) de la composante génétique dite "Yamnaya" suivant un gradient nord-sud, les populations du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) de la France portant, en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de...), de plus fortes proportions de cet héritage que les groupes du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.). Les auteurs rapportent aussi une continuité (En mathématiques, la continuité est une propriété topologique d'une fonction....) biologique entre les communautés de l'Âge du Bronze (Le bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Le terme airain...) (2200-800 avant JC) et de l'Âge du Fer en France. Cette continuité biologique traduit une persistance ( Persistance (statistiques) Persistance (informatique) en peinture : La...) du peuplement, en accord avec les données archéologiques. Ces résultats renforcent l'idée d'une évolution culturelle entre ces périodes liée à des crises politiques, économiques ou encore climatiques plutôt qu'à l'arrivée de nouvelles communautés humaines.

Si aucune preuve d'événement migratoire majeur n'a pu être décelée depuis l'Âge du Bronze, les auteurs ont cependant pu détecter une mobilité à l'échelle individuelle entre les régions. En effet, certains individus ont une signature génétique différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des...) de celle attendue du fait de leur position géographique (Fig. 2). "Un fait très intéressant, révèle le Dr Claire-Elise Fischer, autrice principale de l'étude, est que ces individus pouvaient être inhumés selon les mêmes rites que leur groupe d'accueil, ce qui pourrait signifier qu'ils étaient pleinement intégrés à la communauté."

Les auteurs ont également pu déceler des affinités génétiques spécifiques entre les communautés de l'Âge du Fer du nord/nord-ouest de la France et de l'Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni....) ainsi qu'entre les communautés du sud de la France et de l'Espagne. Ces affinités génétiques sont cohérentes avec les preuves archéologiques soulignant des affinités culturelles marquées entre les groupes concernés et témoignent ainsi d'une intrication étroite des réseaux d'échanges génétiques et culturels de ces communautés de l'Âge du Fer. Ces réseaux d'échange sont donc visibles non seulement sur le territoire français mais aussi à l'échelle de l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...) occidentale.

Cette étude, qui mêle à la fois données génomiques et archéologiques, renforce l'idée que les " Celtes ", ou Gaulois, sont issus de populations locales de l'Âge du Bronze qui ont évolué progressivement vers des groupes régionaux culturellement distincts. Ces résultats nous aident à déconstruire la vision d'un peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.) unique, image véhiculée par les auteurs grecs et romains ou par Napoléon. Ces travaux démontrent aussi l'importance et la complexité (La complexité est une notion utilisée en philosophie, épistémologie (par...) des réseaux d'échanges, à la fois biologiques et culturels, qui relient les populations de l'Age du Fer à l'échelle du territoire français mais aussi à travers l'Europe et qui sont responsables de leur différentiation. Ces résultats nous aident ainsi à déconstruire la vision d'un peuple unique, image véhiculée par les auteurs grecs et romains ou par Napoléon.

Ces travaux pionniers ouvrent la voie à des études plus régionales, afin d'affiner la variabilité et la diversité des communautés gauloises. Ce type de travaux, qui allie génomique (La génomique est une discipline de la biologie moderne. Elle étudie le fonctionnement...) des populations, données archéologiques et historiques, permet de renouveler notre façon d'appréhender les Gaulois, entre récits historiques, mythes et réalité.

Laboratoire impliqué:
De la Préhistoire à l'Actuel: Culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :), Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...) et Anthropologie (PACEA - CNRS / Université de Bordeaux (Cette page est consacrée au PRES Université de Bordeaux. Pour les pages sur les...) / Ministère de la culture)

Référence:
Claire-Elise Fisher, Marie-Hélène Pemonde, Isaure Ducoussau, Origin and mobility of Iron Age Gaulish groups in present-day France revealed through archaeogenomics, iScience
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