[News] La présence humaine en Europe de -700 000 à -250 000 ans

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Redbran
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[News] La présence humaine en Europe de -700 000 à -250 000 ans

Message par Redbran » 06/02/2020 - 14:00:37

L’utilisation et la fabrication des outils révèlent les schémas de migration du pléistocène moyen en Europe occidentale.

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Bifaces © Projet WEAP
En dépit des controverses concernant la théorie «out of Africa» de la colonisation de l’Europe par les hominiens, les changements climatiques cycliques du continent peuvent expliquer les schémas migratoires. Le projet WEAP apporte des détails supplémentaires en comparant la fabrication d’outils régionaux.

L’un des débats les plus célèbres sur l’évolution de l’homme préhistorique concerne les événements migratoires «out of Africa» qui ont conduit à la colonisation européenne. Au cours de la dernière décennie, il est apparu clairement que la dispersion des premiers humains dans le nord-ouest de l’Europe a commencé il y a environ 1 million d’années (Ma) le long de la côte atlantique de la péninsule ibérique et du sud de la France. Cette trajectoire devrait donc apporter des preuves de liens culturels nord-sud.

Le projet WEAP financé par l’UE et hébergé par le British Museum à Londres, a étudié la présence humaine en Europe au cours du pléistocène moyen, il y a 700 à 250 mille ans (Ka). Dans ce cadre, il a analysé l’industrie acheuléenne de 10 sites archéologiques différents.

Jusqu’ici, l’existence de systèmes d’analyse et de catégorisation différents a rendu difficile la comparaison de données entre les pays, qui s’est limitée à une analyse comparative superficielle des principaux sites d’Europe occidentale.

WEAP a profité des nouvelles technologies et a adopté une approche méthodologique commune pour établir des comparaisons plus précises entre les outils lithiques utilisés sur les différents sites, mettant en évidence plusieurs caractéristiques techniques communes à l’acheuléen d’Europe occidentale.

Ce que révèlent les bifaces

Il y a 1,7 à 1,5 Ma en Afrique, le début de la période acheuléenne voit apparaître la production de nouveaux outils, parmi lesquels le plus remarquable est peut-être le biface, le premier outil à deux faces, considéré comme un exemple frappant du développement des capacités cognitives humaines.

Au-delà d’1 Ma la présence de bifaces est rare en Europe, et elle n’est pas en continue avant -700 Ka. Cependant, en raison de leur variété, ces outils peuvent être liés à différentes traditions de fabrication, et donc aux schémas de mouvement des hominiens.

«WEAP a étudié les facteurs locaux, comme les matières premières disponibles, susceptibles d’influencer la conception des bifaces, pour nous donner une perspective plus régionale au-delà des caractéristiques des sites individuels», explique Paula García-Medrano, titulaire d’une bourse Marie Skłodowska-Curie.

La numérisation 3D a permis à WEAP d’analyser la morphométrie des outils sur une vaste période allant de -700 Ka à -250 Ka, sur 10 sites archéologiques situés en Europe occidentale au Royaume-Uni (Brandon Fields, Boxgrove, Elveden, Swanscombe-UMG) et en France (La Noira, Cagny La Garenne, Saint Pierre et Menez Dregan).

Les résultats ont confirmé les hypothèses de recherche et montrent que les changements environnementaux ont affecté les possibilités de survie de l’homme en Europe. Et cela s’est reflété dans les schémas migratoires. Par exemple, des changements climatiques variables en durée et en intensité ont été observés sur la période allant de -1,2 à -0,9 Ma. Les conditions relativement humides, en particulier en Europe méditerranéenne et occidentale, ont contribué à la multiplication des variétés d’habitat et à la dispersion des habitants.

Les périodes interglaciaires plus stables et plus longues à partir de -900 Ka ont permis une occupation plus soutenue du nord-ouest de l’Europe mais ont vu des retraites ou des extinctions locales lorsque le climat refroidissait. À partir de -0,6 Ma, une occupation plus soutenue des latitudes nordiques a été mise en évidence par l’augmentation des sites contenant de grands assemblages d’outils en pierre, avec des innovations comme le biface.

«Les résultats de WEAP ont ajouté des détails à l’interprétation classique de la colonisation de l’Europe. Tout comme la technique utilisée nous informe sur leur mode de fabrication, leurs similitudes et leurs différences de caractéristiques, telles que les formes ovales ou pointues, nous informent sur les mouvements de population pendant l’acheuléen», explique García-Medrano.

Des idées à la réalité

WEAP contribue à approfondir notre compréhension de la façon dont les premiers humains se sont adaptés aux climats européens plus froids et se sont dispersés sur ce territoire. Examiner les différences dans la fabrication des outils permet également de souligner à quel point les hominiens étaient capables de suivre un «modèle mental», passant de l’idée à la réalité.

L’étape suivante consistera à adapter la méthodologie de WEAP à d’autres sites situés dans la péninsule ibérique, en Italie et en Afrique du Nord. Une fois que les liens temporels et spatiaux entre les différentes techniques auront été établis, il s’agira d’explorer les itinéraires qui auraient pu être empruntés par les hominiens pour coloniser cette partie du continent.

Pour plus d'information voir: projet WEAP

Source: © Union européenne, [2020] / CORDIS

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