[News] On peut encore sauver les écosystèmes africains !

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Adrien
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[News] On peut encore sauver les écosystèmes africains !

Message par Adrien » 19/03/2020 - 9:00:06

Une partie des écosystèmes de l’Afrique est dans un état «catastrophique» selon Robert Kasisi, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal. Il faut s’attaquer à cette situation si l’on veut réduire les effets des changements climatiques. «On a beaucoup parlé de dérèglements climatiques au cours de la dernière décennie, mais on semble oublier que sans forêts, sans océans en santé, ce sont des puits de carbone importants qui ne jouent plus leur rôle de régulation dans les cycles biogéochimiques. En Afrique, ce problème est particulièrement criant», explique-t-il au terme d’une enquête de cinq ans sur les écosystèmes du continent africain pour le compte de l’Organisation des Nations unies.

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«On a beaucoup parlé de dérèglements climatiques au cours de la dernière décennie, mais on semble oublier que sans forêts, sans océans en santé, ce sont des puits de carbone importants qui ne jouent plus leur rôle de régulation dans les cycles biogéochimiques. En Afrique, ce problème est particulièrement criant». Crédit: Getty
À la tête d’une équipe de 10 chercheurs scientifiques de tous les coins du monde, il a codirigé avec Pierre Failler, du Royaume-Uni, le deuxième chapitre du «rapport Afrique» de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (mieux connue sous son abréviation anglaise IPBES, l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services; l’IPBES est aux écosystèmes ce que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ou GIEC est aux changements climatiques).

«Nous avions pour mandat de dresser l’état des lieux sur le continent africain. C’est évidemment une tâche complexe en raison de la diversité des habitats, des questions démographiques et des systèmes politiques qu’on y rencontre. Mais notre rapport souligne quelques points importants comme la dégradation des forêts, à cause notamment des besoins en énergie des habitants, et la surpêche, qui menace de nombreuses espèces», mentionne le professeur Kasisi.

Des écosystèmes et des humains

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Robert Kasisi
Durant les travaux du groupe, qui se sont échelonnés de 2014 à 2018, l’accent a été mis sur les communautés humaines et leurs interactions avec la nature ainsi que les avantages qu’elles en retirent. Par exemple, 400 millions d'Africains dépendent du poisson comme source de protéines animales et plusieurs millions de personnes tirent de la pêche leur principale source de revenu. De plus, les paysages terrestres comptent beaucoup «pour les loisirs, la relaxation, la guérison, le tourisme axé sur la nature», sans parler du plaisir esthétique; l’écotourisme est d’ailleurs une importante source de revenu dans le nord, le sud et les parties orientales de l'Afrique, ainsi que dans les îles océaniques.

Toutefois, l’exploitation des ressources ne se fait pas toujours de façon durable, comme l’ont constaté les auteurs du rapport. «Les combustibles ligneux représentent 80 % de l'approvisionnement en énergie primaire de l'Afrique subsaharienne, où 90 % de la population dépend du bois de chauffage et du charbon de bois pour l'énergie, en particulier pour la cuisine, peut-on lire. La demande de charbon de bois est en croissance, ce qui pourrait avoir des effets négatifs sur la santé.»

Ce sujet a tendance à être sous-représenté dans les politiques, l’accent étant plutôt mis sur la nécessité d’avoir accès à des sources d’énergie telles que l’électricité et le kérosène. «Cette question de la gouvernance est capitale en Afrique. Plusieurs pays sont corrompus ou en conflit quasi permanent, ce qui rend la situation très difficile pour l’implantation du développement durable», confie le chercheur.

Pollinisateurs et espoir

Les principaux aliments des Africains ‒ viande de gibier, insectes, fruits frais, noix, graines, tubercules et légumes feuilles, huiles comestibles, boissons, épices, condiments, champignons, miel, édulcorants, tubercules sauvages et escargots, entre autres ‒ proviennent des forêts, des prairies, des zones humides et des plans d'eau. De plus, la médecine traditionnelle africaine s’appuie sur les ressources naturelles à la portée des guérisseurs. On peut facilement comprendre que la disparition des milieux naturels aura des répercussions majeures sur les populations.

Robert Kasisi donne l’exemple de la diminution notable des pollinisateurs, ces insectes qui sont des agents indispensables dans le cycle de production agricole. «C’est une grande préoccupation dans certains pays d’Asie, où l’on doit désormais procéder par pollinisation mécanique», déplore-t-il.

Malgré tout, le chercheur refuse de baisser les bras, car il a relevé de nombreuses initiatives prometteuses en développement durable, dont la création d’aires protégées. «Je demeure optimiste», clame-t-il en reprenant à son compte le titre d’un documentaire de Fernand Dansereau, Quelques raisons d’espérer.

Source: Université de Montréal

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