🩠 Des molĂ©cules immunitaires provenant de bactĂ©ries dĂ©tectĂ©es dans les cellules humaines

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Une Ă©quipe franco-britannique de scientifiques a explorĂ© deux protĂ©ines humaines rĂ©cemment identifiĂ©es comme enzymes immunitaires. Des Ă©tudes structurales in vitro montrent que, dans une cellule infectĂ©e par un virus par exemple, ces enzymes peuvent s'assembler en filaments capables de dĂ©grader une molĂ©cule centrale du mĂ©tabolisme. HĂ©ritĂ© d'ancĂȘtres bactĂ©riens, ce mĂ©canisme sert chez l'humain de signal d'alarme permettant Ă  la cellule de rĂ©agir aux agents pathogĂšnes.

Pour lutter contre les virus, les bactéries ont depuis des milliards d'années développé des systÚmes de défense sophistiqués. Parmi ceux-ci, certaines protéines appelées sirtuines jouent un rÎle de sentinelles en ciblant une molécule absolument centrale dans le fonctionnement de la cellule: le nicotinamide adénine dinucléotide ou NAD. Cette coenzyme est présente dans toutes les cellules vivantes, des bactéries aux humains. Sa fonction principale est de servir de transporteur d'électrons dans les réactions d'oxydoréduction du métabolisme cellulaire.

Image d'illustration Pixabay

Quand une bactĂ©rie dĂ©tecte qu'elle est infectĂ©e par un virus, les sirtuines dĂ©clenchent un sacrifice altruiste: elles consomment le NAD et tuent la cellule condamnĂ©e avant que le virus ait eu le temps de se multiplier. Le mĂȘme mĂ©canisme de suicide cellulaire ne fonctionne cependant pas chez l'humain.

Jusqu'ici, la famille des sirtuines humaines comptait 7 membres, qui divergent fortement des sirtuines bactĂ©riennes. Au lieu de dĂ©grader le NAD en l'hydrolysant, elles l'utilisent comme cofacteur pour la rĂ©gulation Ă©pigĂ©nĂ©tique. Une Ă©quipe internationale menĂ©e par des scientifiques du CNRS, de l'Institut Pasteur, d'Oxford et de Croatie vient cependant d'identifier deux protĂ©ines humaines jusqu'ici peu Ă©tudiĂ©es, FAM118B et FAM118A, comme sirtuines supplĂ©mentaires ayant quant Ă  elles peu divergĂ© par rapport Ă  leur ancĂȘtre bactĂ©rien.

L'Ă©tude de leur structure Ă  l'Ă©chelle atomique grĂące Ă  la cryo-microscopie Ă©lectronique montre que ces deux sirtuines sont en effet proches des sirtuines bactĂ©riennes et ont prĂ©servĂ© l'activitĂ© d'hydrolyse du NAD, faisant de ces protĂ©ines de vĂ©ritables “fossiles molĂ©culaires”. Tant in vitro que dans la cellule, FAM118B et FAM118A forment individuellement des filaments homogĂšnes, une caractĂ©ristique partagĂ©e avec les sirtuines bactĂ©riennes impliquĂ©es dans la dĂ©fense contre les phages.

Bien que FAM118B et FAM118A prĂ©sentent une faible activitĂ© enzymatique lorsqu'elles sont isolĂ©es, leur association synergique dĂ©clenche une forte consommation de NAD, rĂ©vĂ©lant un mĂ©canisme coopĂ©ratif apparemment fondĂ© sur la formation de filaments hĂ©tĂ©rogĂšnes dans les cellules. La surexpression simultanĂ©e des deux protĂ©ines dans des cellules humaines rĂ©duit d'ailleurs les niveaux de NAD Ă  environ 15 % de la normale. Des expĂ©riences complĂ©mentaires ont montrĂ© que cet effet disparaĂźt dĂšs que l'on dĂ©sactive les sites catalytiques des enzymes ou que l'on empĂȘche leur formation des filaments, suggĂ©rant que ces deux propriĂ©tĂ©s sont indissociables de la fonction immunitaire.

FAM118B étant impliquée dans certaines fusions chromosomiques observées dans des tumeurs cérébrales rares, mieux comprendre sa capacité à former des filaments pourrait éclairer des mécanismes oncogÚnes encore obscurs. Plus largement, cette étude, publiée dans la revue Nature Structural & Molecular Biology, montre à quel point l'immunité humaine innée puise ses racines dans des défenses bactériennes vieilles de milliards d'années, une continuité évolutive que la science commence seulement à déchiffrer.

Rédacteur: AVR