Les babouins produisent des vocalisations comparables aux voyelles

Publié par Adrien le 13/01/2017 à 00:00
Source: CNRS
Illustration: Wikipedia
Les babouins produisent des vocalisations comparables aux voyelles. C'est ce qu'ont mis en évidence des chercheurs du Gipsa-Lab (CNRS/Grenoble INP/Université de Grenoble Alpes), du Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/AMU) et du Laboratoire d'anatomie (L'anatomie (provenant du nom grec ἀνατομία anatomia, provenant du verbe...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment où...) de Montpellier grâce à des analyses acoustiques de vocalisations, couplées à une étude anatomique des muscles de la langue et à une modélisation des potentialités acoustiques du conduit vocal des singes. Publiées dans PLOS ONE le 11 janvier 2017, les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) confirment que les babouins sont capables de produire au moins cinq vocalisations ayant les propriétés des voyelles, malgré un larynx (Le larynx est un organe situé au niveau de la gorge. Il est situé après la jonction du pharynx. Il est l'intermédiaire entre le pharynx et la trachée et...) élevé, et qu'ils sont capables de les combiner lorsqu'ils communiquent avec leurs partenaires. Les vocalisations des babouins préfigurent ainsi un système de parole (La parole, c'est du langage incarné. Autrement dit c'est l'acte d'un sujet. Si le langage renvoie à la notion de code, la parole renvoie à celle de...) chez les primates (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade regroupe les singes...) non humains.

Le langage est une caractéristique distinctive de l'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique....) humaine. Ses origines et son évolution sont des questions scientifiques des plus difficiles à résoudre. L'une des théories dominantes dans ce domaine associe la possibilité de produire des sons différenciés, base de la communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications,...) parlée, à "la descente du larynx" observée au cours de l'évolution de l'Homo sapiens (Homo sapiens, qui signifie « Homme sage » en latin, ou Homme moderne est une espèce de l'ordre des Primates appartenant à la famille des Hominidés. Plus communément appelé...). Cette théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur...) considère que la parole humaine nécessite un larynx en position basse (par rapport aux vertèbres cervicales) et qu'un larynx en position haute, comme c'est le cas pour les babouins (Papio papio), empêche la production d'un système de vocalisations analogue à celui des voyelles existant dans toutes les langues.

D'après cette théorie, seuls les humains âgés de plus d'un an peuvent produire des sons différenciés alors que les bébés, l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un garçon,...) de Neandertal et tous les singes en sont incapables car leur larynx est en position trop haute. Des chercheurs du Gipsa-lab (CNRS/Grenoble INP/Université de Grenoble Alpes) avaient déjà montré que la position haute du larynx des bébés et des hommes de Neandertal n'est pas un handicap (On nomme handicap la limitation des possibilités d'interaction d'un individu avec son environnement, causée par une déficience qui provoque une incapacité, permanente ou non et qui mène à un stress et à des...) pour produire des voyelles différentes, mais il restait à apporter la preuve que les singes, notamment les babouins, arrivaient bien à produire ce type de vocalisations.

Les chercheurs ont analysé acoustiquement les vocalisations des babouins, procédé à une étude anatomique des muscles de leur langue et modélisé le potentiel acoustique (L’acoustique est une branche de la physique dont l’objet est l’étude des sons et des ondes mécaniques. Elle fait appel aux phénomènes ondulatoires et...) de leur conduit vocal. Ils ont ainsi découvert que ces babouins produisent des sons comparables aux cinq voyelles humaines [? æ ? o u]. Les chercheurs appellent ces sons des "vowel-like", car ils partagent certaines caractéristiques acoustiques des voyelles, sans en avoir toutes les propriétés.

Ils montrent en outre que chacune des deux vowel-like [?] et [u] est utilisée dans deux vocalisations distinctes, produites en fonction des situations, et que les babouins peuvent également produire une séquence de ces deux vowel-like avec la vocalisation "whaou". Ce protosystème se combine avec des fréquences de vibration des cordes vocales dans une gamme de fréquence (En physique, la fréquence désigne en général la mesure du nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit par unité de temps....) nettement plus étendue que celle de la parole.

Cette démonstration (En mathématiques, une démonstration permet d'établir une proposition à partir de propositions initiales, ou précédemment démontrées à partir de propositions...) chez les primates non-humains d'un proto-système vocalique confirme qu'ils peuvent produire des vocalisations différentes malgré un larynx élevé (1). Bien que les singes ne produisent pas de sons de parole, les données suggèrent des liens évolutifs entre les vocalisations des babouins et les systèmes phonologiques humains. Plus généralement, les langues parlées auraient pu évoluer à partir d'anciennes compétences articulatoires déjà présentes chez notre dernier ancêtre commun (En phylogénie, un ancêtre commun à plusieurs espèces est l'individu le plus proche dans le temps dont descendent toutes les...) Cercopithecoidae, il y a environ 25 millions d'années.

Ces travaux ont été menés grâce à une étroite collaboration de nombreux spécialistes du Gipsa-Lab (CNRS/Grenoble INP/Université Grenoble Alpes), du Laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/AMU), du Laboratoire d'anatomie de l'Université de Montpellier, du Laboratoire parole et langage (CNRS/AMU), et du New College de l'université d'Alabama. Ils ont été soutenus par le Labex Brain & Language Research Institute (BRLI).

Notes:

(1) D'autres travaux, publiés par une équipe américaine en décembre 2016 dans Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens...) Advances, corroborent ces résultats grâce à des mesures "articulatoires" du conduit vocal des singes.
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