L'idĂ©e que des ĂȘtres vivants dĂ©pourvus de cerveau puissent apprendre et retenir des informations semble contre-intuitive. Pourtant, une Ă©tude rĂ©cente de l'universitĂ© Carnegie Mellon, publiĂ©e dans
PRX Life, prouve que les bactéries
Escherichia coli sont capables de conserver des
données sur leur passé et d'ajuster leur croissance en conséquence.
Cette découverte remet en question la vision classique selon laquelle leur comportement ne dépend que des conditions du moment, et ouvre des pistes sur la façon dont nous devons aborder les infections.
Image d'illustration Unsplash
Une expĂ©rience a permis aux chercheurs de suivre des bactĂ©ries uniques. En alternant rapidement entre nutriments riches et pauvres, ils ont mesurĂ© la croissance de chaque bactĂ©rie en temps rĂ©el. Les rĂ©sultats indiquent que les bactĂ©ries ne rĂ©agissent pas toutes de la mĂȘme maniĂšre: celles exposĂ©es Ă des changements frĂ©quents s'adaptent plus vite que celles Ă©levĂ©es dans un environnement stable.
L'élément clé de cette adaptation réside dans la mémoire des fréquences environnementales. Les bactéries distinguent des cycles rapides ou lents de nutriments, un niveau de mémorisation plus avancé que ce qui avait été démontré auparavant. Pour Josiah Kratz, premier auteur de l'étude, cela signifie que les bactéries peuvent discriminer entre différentes fréquences et ajuster leur comportement en fonction de leur histoire.
La transmission de ces souvenirs s'effectue Ă travers les gĂ©nĂ©rations bactĂ©riennes. Chez E. coli, une gĂ©nĂ©ration dure entre 30 minutes et une heure. Les protĂ©ines produites lors d'un stress, comme une carence en nutriments, sont hĂ©ritĂ©es par ses descendants jusqu'Ă deux gĂ©nĂ©rations. Ainsi, une bactĂ©rie qui n'a jamais connu elle-mĂȘme la famine peut se comporter diffĂ©remment si sa grand-mĂšre a subi ce stress. Les molĂ©cules hĂ©ritĂ©es permettent aux descendants de conserver des informations sur des environnements qu'ils n'ont pas directement vĂ©cus.
Fangwei Si fait partie de l'équipe de chercheurs ayant découvert que les bactéries peuvent apprendre de leurs expériences passées.
Crédit: Carnegie Mellon University
Les implications pour la santĂ© humaine sont considĂ©rables. Jusqu'Ă prĂ©sent, on supposait que la rĂ©ponse des bactĂ©ries aux antibiotiques dĂ©pendait uniquement du type et de la concentration du mĂ©dicament. Mais si les bactĂ©ries conservent la mĂ©moire de stress antĂ©rieurs â comme une exposition Ă des tempĂ©ratures Ă©levĂ©es ou Ă des doses d'antibiotiques â leur rĂ©action Ă un traitement pourrait ĂȘtre diffĂ©rente. Les cliniciens devront peut-ĂȘtre tenir compte de l'histoire environnementale des microbes pour optimiser les thĂ©rapies.
Un autre aspect surprenant de cette recherche est le lien avec l'intelligence artificielle. En développant un
modÚle mathématique des processus cellulaires, les chercheurs ont découvert que la maniÚre dont la bactérie traite l'information correspond à une
architecture utilisée en
apprentissage automatique. Josiah Kratz indique que la biologie et l'IA semblent avoir convergé vers une
stratégie similaire. Cela laisse penser que l'
apprentissage peut émerger de simples réactions chimiques à l'intérieur d'une cellule unique, sans
systĂšme nerveux.
Les travaux futurs devraient explorer si ce comportement s'Ă©tend Ă d'autres stress, comme les antibiotiques, et Ă d'autres espĂšces bactĂ©riennes. Les chercheurs pensent que ce phĂ©nomĂšne est probablement rĂ©pandu dans le monde microbien. Comprendre comment les bactĂ©ries s'adaptent aux fluctuations constantes de leur environnement â que ce soit dans l'intestin humain, le sol ou les plantes â est important pour percer les mĂ©canismes de la vie Ă l'Ă©chelle microscopique.