Le blob absorbe les substances pour les mémoriser
Publié par Adrien le 23/04/2019 à 08:00
Source: CNRS
En 2016 des scientifiques du CNRS ont démontré que le blob (Physarum polycephalum), un organisme unicellulaire dépourvu de système nerveux, pouvait apprendre à ne plus craindre une substance inoffensive mais aversive et qu'il pouvait transmettre cette connaissance à ses semblables. Dans une nouvelle étude, une équipe du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) et de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) Toulouse III - Paul Sabatier a montré quel était le support de cette "mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.)"... et il s'agirait en réalité de la substance aversive elle-même ! Ces résultats sont publiés dans une édition spéciale de la revue Philosophical Transaction of the Royal Society B le 22 avril 2019.

Le blob est un organisme unicellulaire complexe mais dépourvu de système nerveux (Le système nerveux est un système en réseau formé des organes des sens, des nerfs, de l'encéphale, de la moelle épinière, etc. Il coordonne les...). Celui-ci est capable d'emmagasiner une connaissance et de la transmettre à ses congénères mais la manière dont il procède demeurait un mystère. Des chercheuses et chercheurs du Centre de recherches sur la cognition animale (CNRS/UT3 Paul Sabatier) viennent de montrer que le blob apprend à tolérer une substance en l'absorbant.


Fusion des réseaux veineux de deux blobs © David Villa / CNRS Photothèque

Cette découverte découle d'une observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête...): les blobs s'échangent de l'information seulement lorsque leurs réseaux veineux fusionnent. Dans ce cas-là, la connaissance circule-t-elle au travers de ces veines ? Dès lors, la substance à laquelle le blob s'habitue constitue-t-elle le support de sa "mémoire" ?

Dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) l'équipe de scientifiques a entrainé des blobs à traverser des environnements salés pendant six jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à...) dans le but de les habituer au sel. Par la suite, elle a évalué la concentration en sel au sein de ces blobs: ceux-ci en contenaient dix fois plus que les blobs "naïfs". Les chercheurs les ont alors placés dans un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre...) neutre et ont observé qu'ils excrétaient le sel qu'ils contenaient au bout de deux jours, perdant de fait "la mémoire". Cette expérience semblait donc indiquer un lien entre la concentration de sel au sein de l'organisme et la "mémoire" de l'apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par l'observation, l'imitation,...).

Pour aller plus loin et confirmer cette hypothèse, les scientifiques ont introduit dans des blobs naïfs la "mémoire" de l'habituation au sel en en injectant directement dans leurs organismes. Deux heures (L'heure est une unité de mesure  :) après, les blobs ne se comportaient plus comme des naïfs mais comme des blobs ayant subi un entrainement de six jours.

Lorsque les conditions environnementales se détériorent, les blobs sont capables d'entrer dans un état de dormance. Les chercheurs ont démontré qu'un mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) après être entrés dans cet état, les blobs conservaient leur habituation au sel. Les blobs stockent en effet le sel absorbé pendant la phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de dormance et conservent ainsi la connaissance sur le long terme.

Les résultats de cette étude prouvent que la substance aversive pourrait constituer le support de la "mémoire" du blob. Les chercheurs essayent maintenant de comprendre si le blob peut mémoriser plusieurs substances aversives en même temps et dans quelle mesure il est capable de s'y habituer.

Bibliographie

Memory inception and preservation in slime moulds: the quest for a common mechanism. A. Broussard, J. Delescluse, A. Pérez-Escudero et A. Dussutour. Philosophical Transactions of the Royal Society B le 22 avril 2019.
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