Drogue: le circuit de l'addiction identifié
Publié par Adrien le 01/02/2019 à 08:00
Source: Université de Genève
Que se passe-t-il dans le cerveau d'une personne qui se drogue de manière compulsive ? Des chercheurs de l'UNIGE ont identifié le circuit cérébral qui contrôle ce comportement addictif.


Coupe d'un cerveau de souris montrant en rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.) le circuit qui renforce le comportement, en vert (Le vert est une couleur complémentaire correspondant à la lumière qui a une longueur d'onde comprise entre 490 et 570 nm. L'œil humain possède un récepteur, appelé...) celui de la prise de décision de continuer. Si la projection (La projection cartographique est un ensemble de techniques permettant de représenter la surface de la Terre dans son ensemble ou en partie sur la...) verte est très active, les souris autostimulent leur projection rouge en dépit de conséquences négatives. Elles deviennent compulsives. © UNIGE.

Que se passe-t-il dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions...) d'une personne qui se drogue (Une drogue est un composé chimique, biochimique ou naturel, capable d'altérer une ou plusieurs activités neuronales et/ou de perturber les communications...) de manière compulsive ? Ce fonctionnement diffère-t-il chez une personne qui consomme de la drogue de manière contrôlée ? Pour résoudre cette énigme, des neurobiologistes de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Genève (UNIGE) se sont intéressés aux différences du fonctionnement cérébral entre ces deux catégories. Ils ont ainsi découvert que chez les consommateurs compulsifs, le circuit cérébral reliant la zone de la prise de décision au système de récompense est renforcé. Dans un modèle d'addiction (La dépendance est, au sens phénoménologique, une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s'y soustraire. Le sujet se livre à son...) chez la souris, ils ont aussi constaté qu'en diminuant l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) de ce circuit, les souris compulsives parvenaient à se gérer et qu'inversement, en la stimulant (Un stimulant est une substance qui augmente l'activité du système nerveux sympathique facilitant ou améliorant certaines fonctions de l'organisme. Parmi les stimulants fréquemment consommés, on trouve la...), une souris qui initialement perdait le contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.), devenait accro. Cette découverte majeure est à lire dans la revue Nature.

L'addiction est une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) qui évolue par étape: d'abord la première exposition à la substance, puis la consommation contrôlée, enfin la consommation compulsive qui pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) la personne à prendre une substance addictive malgré de nombreux effets négatifs sur sa vie (La vie est le nom donné :) (dettes, isolement social, prison, etc). Selon des estimations cliniques, seulement une personne sur cinq passe d'une consommation contrôlée à une consommation compulsive. Pourquoi ?

"Aujourd'hui, on ne sait toujours pas pourquoi une personne devient accro aux drogues alors qu'une autre non, mais grâce à cette étude, nous savons quelles sont les différences au niveau du fonctionnement cérébral entre ces deux catégories", s'enthousiasme Christian Lüscher, professeur au Département des neurosciences (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et médicales qui étudient tous les aspects, tant normaux que...) fondamentales de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement...) et chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et...) au Département des neurosciences cliniques des Hôpitaux universitaire de Genève (HUG). "Mais attention à ne pas confondre addiction et dépendance, prévient-il. La dépendance signifie qu'un sevrage sera nécessaire, mais elle n'entraine pas forcément une addiction, soit le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les besoins secondaires...) compulsif de consommer. Par exemple, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le monde (Le mot monde peut désigner :) devient dépendant à l'héroïne (L’héroïne ou diacétylmorphine, également appelée diamorphine, est un opioïde obtenu par acétylation de la...) dès les premières injections, mais tout le monde n'en consomme pas de manière incontrôlée."

Les effets négatifs ne peuvent rien contre l'addiction

Afin d'identifier les différences des fonctionnements cérébraux, les chercheurs ont permis à des souris de stimuler par elles-mêmes leur système de récompense, situé en profondeur au sommet du tronc (Un tronc peut être :) cérébral, en appuyant sur un petit levier. C'est cette zone qui est activée par la consommation de drogue et provoque le plaisir. Rapidement, les souris ont compris ce fonctionnement et ont utilisé le levier de manière importante. Il s'agit de l'équivalent de la consommation contrôlée chez les personnes. "Afin de pouvoir observer quelles souris sombreront dans une consommation compulsive, il faut introduire un effet négatif lors de la stimulation (Une stimulation est un événement physique ou chimique qui active une ou plusieurs cellules réceptrices de l'organisme. La cellule traduit la stimulation par un...) de leur système de récompense, explique Vincent Pascoli, chercheur au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l'UNIGE et premier auteur de l'étude. Ici, les souris recevaient une légère décharge électrique (Le terme décharge électrique désigne des phénomènes variés :) lorsqu'elles actionnaient le levier." Rapidement, 40% des souris ont cessé d'activer le levier, suite à l'introduction de la punition. Mais 60% ont continué à stimuler leur système de récompense, faisant fi de la conséquence négative.

"Grâce à une nouvelle technique permettant de mesurer en direct l'activité dans le cerveau, nous avons découvert un circuit beaucoup plus actif chez les souris accros que chez les souris à consommation contrôlée, relève Christian Lüscher. Celui-ci s'étend du cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) orbito-frontal au striatum dorsal, situé dans les ganglions de la base du système de récompense, et cible ce système de récompense." Le cortex orbito-frontal, juste au-dessus des yeux, est justement responsable des prises de décisions.

Le circuit de l'addiction peut être modulé

Afin de vérifier que ce circuit est bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de mesure logarithmique du rapport entre deux puissances, connue pour exprimer la puissance du son. Grandeur sans dimension en...) et bien responsable du comportement compulsif, les neurobiologistes de l'UNIGE ont artificiellement augmenté l'activité de ce circuit chez une souris contrôlant la stimulation de son système de récompense. Rapidement, celle-ci est devenue accro, adoptant d'un comportement compulsif. "Inversement, nous avons diminué l'activité du circuit chez une souris accro, et celle-ci a cessé d'activer le levier !", se réjouit Vincent Pascoli.

Les souris étudiées dans cette expérience sont toutes génétiquement identiques. Alors pourquoi l'activité de ce circuit cérébral n'est-elle pas la même pour toutes ? "C'est LA question à laquelle nous allons essayer de répondre dans nos recherches à venir", confirme Christian Lüscher. Plusieurs hypothèses sont formulées, comme des contributions épigénétiques fondées sur les expériences de vie qui rendent unique chaque être vivant et influencent le fonctionnement de ses gènes et de son cerveau. "Grâce à cette étude, on sait quel circuit cause l'addiction. Il sera alors plus facile de découvrir ce qui provoque la perturbation de ce circuit", conclut Vincent Pascoli.
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