Élections: le système de vote parfait existe-t-il ?

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Par Étienne Mann (Professeur de mathématiques), et Théo Jamin (Doctorant), Université d'Angers

Suite à la dissolution de l’Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron, de nouvelles élections législatives se tiendront les 30 juin et 7 juillet prochain. Chaque circonscription élira alors l’un des 577 députés, dans un scrutin à deux tours.

Image Wikimedia

De l’élection des délégués de classes à l’élection présidentielle, en passant par les décisions collectives d’une entreprise, nous nous sommes tous retrouvés face au problème qui consiste à agréger des volontés individuelles en une décision collective, tout en minimisant les mécontentements. De manière quasi systématique, en France, nous utilisons le système de vote uninominal à deux tours. Mais ce scrutin permet-il d’agréger les préférences individuelles de manière convenable ?

Quelques failles du scrutin uninominal à 2 tours

Un des aspects les plus connus, qui montre la faiblesse de notre système de vote, est certainement le vote stratégique ou vote utile. Dans un vote uninominal à deux tours, une bonne partie des électeurs changent leur vote en fonction des sondages, car leur candidat de coeur a peu de chances d’arriver au second tour. Par exemple, aux élections présidentielles de 2017, Benoît Hamon (PS) a complètement décroché quand Jean‑Luc Mélenchon (FI) lui est passé devant dans les sondages et les électeurs de gauche se sont reportés massivement sur Jean‑Luc Mélenchon en ayant l’espoir qu’il arrive au second tour.

Un

est que ce système ne permet pas systématiquement d’élire un candidat qui remporterait tous ses duels. C’est arrivé en 2007 lorsque François Bayrou était, dans les sondages gagnant dans tous ses duels, mais il n’est pas arrivé au deuxième tour.

Ce qui est sûr, au travers de ces exemples, c’est que notre système électoral est sujet à la manipulation, n’est pas en faveur de la sincérité et ne tranche pas toujours en faveur d’un choix évident, ce qui en fait un très mauvais système.

Qu’est-ce qu’un « bon » système de vote ?

Évidemment, nous aimerions qu’un système de vote vérifie certaines propriétés: il doit être unanime (si un candidat est préféré par tous les électeurs, il doit être élu), universel (le système de vote doit aboutir à un résultat), non dictatorial (aucun votant ne doit pouvoir imposer ses préférences indépendamment de celles des autres) et indépendant aux alternatives non pertinentes (si le candidat A est devant B, alors l’introduction d’un candidat C ne doit pas changer cet ordre). On compare dans l’absolu A et B et cet ordre ne devrait pas changer.

Un bon système est-il possible ?

Malheureusement, des théorèmes mathématiques - des assertions démontrées - montrent qu’il n’existe pas de système de vote « acceptable », c’est-à-dire qui respecte les conditions énoncées ci-dessus.

Théorème (Arrow, prix Nobel d’économie, 1972): Si l’on a au moins trois candidats et trois électeurs, alors un système de vote qui est universel, unanime et indépendant aux alternatives non pertinentes est dictatorial.

On pourrait imposer d’autres conditions, comme la « non-manipulabilité »: mentir sur ses préférences ne peut pas améliorer l’issue du vote en faveur de son vote sincère. Là encore, nous avons un théorème qui nous dit:

Théorème (Gibbard-Satterthwaite, 1973): Si l’on a au moins trois candidats et trois électeurs, alors un système de vote non dictatorial et universel est manipulable.

En conclusion, les mathématiques nous disent que nous ne pouvons pas être aussi restrictifs et trop demander à un système de vote. Mais ces théorèmes sont basés sur le fait que le système de vote n’inclue pas d’« intensité de préférences ».

Un espoir: l’intensité des préférences et jugement majoritaire

Au lieu de classer des candidats par ordre, on pourrait dire qu’on préfère un candidat « beaucoup plus » qu’un autre. Cela nous mène à la notion d’intensité des préférences. C’est un point crucial.

En 2010, Michel Balinski et Rida Laraki ont mis au point un mode de scrutin, appelé « jugement majoritaire », qui déroge à ces théorèmes en tenant compte de l’intensité des préférences des électeurs (également pris en compte dans les votes par assentiment ou par note par exemple).

Dans ce système de vote, il n’y a qu’un seul tour et les électeurs doivent mettre une note à chaque candidat. Par exemple Très Bien, Bien, Assez Bien, Passable ou à Rejeter. Par exemple, un candidat a la note AB si au moins 50 % des gens lui ont mis AB, B ou TB et si moins de 50 % lui ont mis une appréciation R ou P. Si deux candidats ont la même note, nous pouvons les départager en regardant les pourcentages dans chaque note.

Les électeurs peuvent ainsi s’exprimer sur chaque candidat, on gagne en sincérité. Les manipulations sont moindres, car on n’a aucun intérêt à choisir un candidat par stratégie électorale. De plus, les résultats de telles élections seraient plus intéressants, car on verrait par exemple des idées partagées par le plus grand nombre (peut-être l’écologie) et d’autres, plus clivantes. Ceci dit, le calcul de la médiane permet une certaine manipulabilité. Le débat reste ouvert.

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Eretol

Ce choix d'élire par un scrutin uninominal à 2 tours n'est pas un hasard. Cela arrange bien les pouvoirs pour manipuler les résultats quand les citoyens ne voteraient pas comme ils le souhaiteraient.

Les sondages sont de la manipulation légale et doivent donc être interdit. Mais ces sondages aidant aussi les pouvoirs à influencer les électeurs, cela ne sera jamais interdit.

Le jugement majoritaire existe depuis 2010, on attend quoi pour le mettre en place ? Cela ne sera jamais fait car il empêcherait les manipulations possibles que permet le scrutin uninominal à 2 tours aidé par les sondages et manipulations médiatiques.
Cela ne serait pas plus compliqué à mettre en place que le scrutin uninominal à 2 tours, ni plus coûteux en argent et en temps. Il n'y a donc aucune raison qu'il ne soit pas mis en place puisqu'il permet une représentation bien plus fiable de ce que souhaiteraient les électeurs. A moins qu'il ne soit un problème pour les pseudos candidats qui s'accrochent au pouvoir et aux privilèges qu'offre la nation à ces vautours cupides et apatrides.

Comme le disait Coluche : "Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit !" Donc pas de jugement majoritaire.
La preuve en est que pour ces élections législatives, peu importe pour lequel des trois blocs vous voterez, tous nous mènerons vers une Europe fédérale, donc pour la disparition de la nation française. Tous veulent continuer à laisser asservir les citoyens par les dirigeant européen non élus. Tous veulent faire la guerre à la Russie. Tous refuses de dénoncer notre vassalisation aux intérêts états-uniens. Avec tout cela, demain sera pire qu'aujourd'hui soyez-en sûr !

La chaîne "ScienceEtonnante" avait fait une vidéo bien expliquée sur ce sujet en 2016. Il serait temps de se réveiller ! :gueule:

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eiffel

ce jugement majoritaire est probablement mieux, sans être parfait.
mais est-il compréhensible par l'ensemble des électeurs ? ses résultats sont-ils lisibles ?
sans adhésion du plus grand nombre, nous aurons des gens comme Eretol pour crier au scandale , aux politiciens qui ont changé le système de vote pour mieux manipuler le peuple...
et comme l'adhésion du plus grand nombre ne pourrait se faire qu'à travers un référendum (hautement manipulable), c'est le statut quo qui s'impose, et c'est logique.

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Eretol

Il n'est pas probablement mieux, il est mieux, c'est tout. Ce n'est pas une opinion, c'est un fait car c'est mathématiquement vrai ! Et cela justifie le fait de le mettre en place.

Regarde la vidéo que j'ai publié et tu verras qu'il est compréhensible et lisible.

Sa mise en place doit se faire avec une éducation des citoyens pouvant se faire par son explication simple, tous les jours pendant les périodes pré-électorales. Cela ne parait pas être le bout du monde quand même !

C'est justement pour moins manipuler le peuple qu'il doit être mis en place. Comment qui que ce soit pourrait, après avoir vu les manipulations que permet le vote au scrutin uninominal à 2 tours, penser que le vote à la mention majoritaire ne serait pas une manière d'élire qui est plus fiable ?

Nicolas de Condorcet avait déjà démontré que le scrutin uninominal était défaillant pour représenter les désirs des électeurs, amenant au paradoxe de Condorcet. C'était à la fin du 18ème siècle.

Pourquoi en plus de 2 siècles, cela n'a jamais été changé ? Peut-être bien parce que cela enlèverait un levier à la manipulation des électeurs. Il n'y a pas d'autre explication honnête et rationnelle.

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HopiOne

Dans ce système de vote, il n'y a qu'un seul tour et les électeurs doivent mettre une note à chaque candidat. Par exemple Très Bien, Bien, Assez Bien, Passable ou à Rejeter. Par exemple, un candidat a la note AB si au moins 50 % des gens lui ont mis AB, B ou TB et si moins de 50 % lui ont mis une appréciation R ou P. Si deux candidats ont la même note, nous pouvons les départager en regardant les pourcentages dans chaque note.

Il me semble, à moins que je n'ai pas compris, que c'est inapplicable tel quel.
Le problème ici c'est que quand on fait les comptes... ben justement on ne peut pas faire le compte.

Par exemple, combien vaut un "Très Bien" par rapport à un "Bien" ? un candidat qui a deux fois plus de "Bien" qu'un autre qui a n'a de "Très Bien", c'est le gars avec des "Très Bien" qui gagne ou c'est celui avec les "Bien" deux fois plus nombreux ?
Il faut donc donner des valeurs à ces étiquettes. Très bien 10, Bien 8, AB 5, etc, mais ça pose alors un autre problème : Tout le monde n'a pas la même appréciation de l'étiquette.
Pour certains, d'un point de vue psychologique, un très bien c'est de 9 à 10 alors que pour d'autres c'est de 8 à 10 et ainsi de suite (sans parler des P4 et affiliés qui trouvent que "Assez Bien" c'est mieux que "Bien" :lol: )
On peut évidement fournir un barème ad hoc mais ça ne change rien à l'influence psychologique du terme.
Comme ça embrouille plus que ça n'aide, autant travailler directement avec des nombres.

L'électeur note chaque candidat de 0 à 10 et on fait les comptes: La somme de tous les points obtenus par un candidat lui donne sa valeur finale, et c'est celui qui a la valeur la plus haute qui gagne.
On ne sait donc pas au final quelle sera la valeur totale si on somme la valeur de tous les candidats mais si on peut comparer les valeurs des candidats élus successifs, cette valeur permettrait de savoir s'il est plus ou moins consensuel.
On peut aussi raffiner en mettant des valeurs négatives mais là rajouter des castors dans la mêlée ça devient super expérimental. :pet:

Bonjour les dépouillements quand même...

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Eretol

HopiOne
Par exemple, combien vaut un "Très Bien" par rapport à un "Bien" ? un candidat qui a deux fois plus de "Bien" qu'un autre qui a n'a de "Très Bien", c'est le gars avec des "Très Bien" qui gagne ou c'est celui avec les "Bien" deux fois plus nombreux ?

Je crois me rappeler que la manière dont est fait ce système de vote permet d'exclure ce problème. C'est bien expliqué dans la vidéo que j'ai postée plus haut dans les commentaires.

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WAHIB MAIZI

Bonjour à tous,

Il est vrai que le scrutin uninominal à deux tours présente des problèmes, notamment en matière de manipulation et de représentation des électeurs. Le jugement majoritaire, qui permet d'exprimer des préférences nuancées, pourrait réduire ces manipulations. Mais comment s'assurer qu'il soit compréhensible et lisible pour tous ? Une bonne éducation politique des électeurs est essentielle pour son adoption, tout comme un intérêt accru des Français pour ce sujet.

Concernant l'évaluation des candidats, des barèmes clairs pourraient aider à rendre les notes comparables et éviter les ambiguïtés. Toutefois, j'ai des doutes à ce sujet, car nous sommes des individus uniques avec des ressentis et des opinions nuancées. Ainsi, le jugement pourrait devenir trop complexe. Malgré tout, il est crucial d’éliminer les manipulations.

Enfin, en ce qui concerne la résistance au changement, il est probable que des intérêts politiques en place s’opposent à une réforme qui pourrait menacer leur pouvoir. Cependant, l'objectif doit être de trouver un système qui reflète véritablement la volonté des électeurs.

Peut-être que je ferais un bon politique, car je réalise que je parle parfois pour ne rien dire et que je n'avance pas vraiment le débat