La forte diversité morphologique des poissons d'eau douce enfin révélée
Publié par Isabelle le 24/11/2018 à 12:00
Source: CNRS
Par la mesure de 10 traits morphologiques sur plus de 9 000 espèces de poissons d'eau douce, une équipe de chercheurs du laboratoire Évolution et diversité biologique (EDB-CNRS/IRD/UT3 Paul Sabatier) et du Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC-CNRS/Univ. Montpellier/IRD/Ifremer) vient de montrer que près de 90 % de la diversité morphologique mondiale de ces poissons est supportée par moins de 5 % des espèces. Ces résultats publiés dans la revue Global Ecology and Biogeography parue le 16 novembre 2018 soulignent la nécessité de conserver non seulement les espèces déjà en danger, mais également de prêter attention aux espèces à morphologie extrême, car leur disparition pourrait affecter l'intégrité fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en...) des écosystèmes aquatiques.


Un aperçu de la diversité morphologique des poissons d'eau douce. Le poisson (Les Poissons sont une constellation du zodiaque traversée par le Soleil du 12 mars au 18 avril. Dans l'ordre du zodiaque, elle se situe entre le Verseau à l'ouest et le Bélier à l'est. Bien qu’assez grande, elle...) représenté au centre (Gila brevicauda) correspond à une morphologie moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de...), partagée par la majorité des espèces. Les espèces en périphérie (Le mot périphérie vient du grec peripheria qui signifie circonférence. Plus généralement la périphérie désigne une limite éloignée d'un objet ou d'une chose.) représentent des extrêmes morphologiques (valeurs minimales et maximales) pour les 10 traits mesurés: taille maximale du corps (Max. Body Length), taille relative de l'œil (Rel. Eye Size), position de la bouche (La bouche (encore dénommée cavité buccale ou cavité orale) est l'ouverture par laquelle la nourriture d'un animal entre dans son corps....) (Oral Gape Pos.), taille relative de la bouche (Rel. Maxil. Length), position de l'œil (Eye Vert (Le vert est une couleur complémentaire correspondant à la lumière qui a une longueur d'onde comprise entre 490 et 570 nm. L'œil humain possède un récepteur, appelé cône M, dont la bande passante est axée...). Pos.), élongation du corps (Body Elong.), aplatissement (L'aplatissement d'une planète est une mesure de son « ellipticité »; une sphère a un aplatissement de 0, alors qu'un disque infiniment mince a un aplatissement de...) du corps (Body Lat. Shape), position des nageoires pectorales (Pect. Fin Vert. Pos.), taille des nageoires pectorales (Pect. Fin Size) et hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) relative de la nageoire caudale (Cau. Ped. Throt.).

Que vous évoque le terme de poisson (Dans la classification classique, les poissons sont des animaux vertébrés aquatiques à branchies, pourvus de nageoires et dont le corps est le plus...) d'eau douce ? Probablement un poisson de taille moyenne, tels un gardon ou une truite (Le terme truite est un nom vernaculaire ambigu désignant plusieurs espèces de poissons de la famille des salmonidés.), sans particularité notable en termes de forme de corps, nageoires, taille et position de l'œil ou de la bouche. Néanmoins, les aquariophiles penseront peut-être à des poissons à morphologie plus improbable, tels que les Scalaires ou les Discus aux corps hauts et plats, alors que les pécheurs penseront plutôt à un Brochet au corps allongé, avec une grande bouche munie de nombreuses dents, ou à une Anguille à l'aspect de serpent. Ainsi, même si près de 95 % des poissons d'eau douce ont une morphologie assez semblable, les 5 % restants ont des morphologies très atypiques.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé des photos de plus de 9 000 espèces de poissons d'eau douce (sur les 13 000 actuellement connues) pour mesurer 10 traits morphologiques tels que la taille, la position de l'œil ou de la bouche, l'aplatissement du corps ou encore la forme des nageoires. Ils ont ainsi pu démontrer que les espèces dont la morphologie est la plus extrême (correspondant à moins de 400 espèces sur les 9 000 mesurées) sont responsables de près de 90 % de la gamme couverte par tous les poissons d'eau douce du globe, résultat qui se retrouve sur tous les continents, bien que les caractéristiques morphologiques des poissons diffèrent entre les régions du globe.

Ces espèces à morphologie extrême sont souvent associées à des modes de vie (La vie est le nom donné :) ou des habitats particuliers. C'est par exemple le cas pour certains poissons cavernicoles devenus aveugles, ou des prédateurs spécialisés dans la capture (Une capture, dans le domaine de l'astronautique, est un processus par lequel un objet céleste, qui passe au voisinage d'un astre, est retenu dans la gravisphère de ce dernier. La capture de l'objet céleste aboutit à sa...) d'autres poissons beaucoup plus petits qu'eux ayant une bouche en forme de long bec (Un bec, au sens strict, est une structure anatomique externe qui permet la prise alimentaire et donc la nutrition chez les oiseaux. Mais il permet aussi la toilette de l'animal, la nutrition des jeunes, la...). Ces particularités morphologiques rendent les poissons "extrêmes" d'autant plus vulnérables aux changements environnementaux. Pourtant seuls 10 % de ces espèces extrêmes sont actuellement considérées comme en danger d'extinction (D'une manière générale, le mot extinction désigne une action consistant à éteindre quelque chose. Plus particulièrement on retrouve ce terme dans plusieurs domaines :).

Cette étude montre donc que si la conservation de la diversité biologique vise à maintenir les espèces en danger d'extinction, il est également souhaitable de conserver les espèces morphologiquement extrêmes qui jouent un rôle fonctionnel important, et seront probablement mises en danger sous l'effet d'un accroissement des changements globaux dans les années à venir.

Référence publication:
Morphological diversity of freshwater fishes differs between realms but morphological extreme species are widespread, Su G., Villéger S. & Brosse (Une brosse est un outil fait d'un assemblage de filaments plus ou moins souples fixés sur une monture. Elles peuvent avoir différents usages :) S., Global Ecology and Biogeography doi.org/10.1111/geb.12843
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