Les scientifiques ont toujours considérés que les kangourou préhistoriques, ces colosses pouvant atteindre 250 kg, étaient dans l'incapacité de bondir. Cette conception vient cependant d'être ébranlée par de récents travaux.
Des chercheurs se sont intéressés à l'architecture osseuse de ces animaux disparus. Leur analyse a porté sur près de 40 fossiles de kangourous géants, incluant le groupe éteint Protemnodon, dont les membres postérieurs ont été comparés à ceux de 94 spécimens contemporains. L'observation s'est notamment attardée sur un os du pied jouant un rôle majeur pour le saut: le quatrième métatarsien.
Protemnodon à côté d'un humain et du plus grand kangourou actuel, le kangourou roux (Osphranter rufus).
Les résultats, parus dans Scientific Reports, indiquent que ces os présentaient une robustesse suffisante. Les calculs ont évalué leur résistance aux forces générées lors d'un bond. Contrairement aux suppositions antérieures, les métatarsiens de toutes les espèces géantes semblent avoir été capables de supporter cette contrainte physique considérable.
L'équipe a également examiné l'os du talon et l'insertion potentielle du tendon d'Achille. Ils ont ainsi estimé la dimension requise pour un tendon amortissant l'impact chez des animaux d'une telle masse. Les talons des fossiles apparaissent assez larges pour avoir ancré des tendons de cette épaisseur, ce qui corrobore l'hypothèse d'une aptitude au saut.
Squelette de Sthenurine au South Australian Museum. Crédit: Megan Jones
Cette capacité ne veut pas dire pour autant que ces géants parcouraient de grandes distances en bondissant. Leur masse imposante rendait ce mode de locomotion peu économique sur la longueur. Les auteurs envisagent plutôt des bonds brefs et intenses, employés dans des situations spécifiques.
Cette faculté aurait pu constituer un atout pour éviter des prédateurs, tel le lion marsupial Thylacoleo. Un comportement comparable s'observe chez certains rongeurs et petits marsupiaux actuels, qui effectuent parfois des bonds. La locomotion de ces animaux disparus se révèle donc sans doute plus diversifiée que ce qui était supposé.