Les mammifères vivent en majorité plus longtemps en captivité
Publié par Isabelle le 23/03/2017 à 00:00
Source: CNRS-INEE
Il est couramment admis que les animaux vivent plus longtemps en captivité qu'à l'état sauvage. Famine, conditions climatiques extrêmes, prédation et compétition intra- et interspécifiques... les risques de mortalité prématurée dans la nature sont élevés. Pour autant, les rares études menées jusqu'à présent ne permettaient qu'une vision parcellaire, car elles se concentraient sur une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon...) en particulier. Les récents travaux d'une équipe européenne composée de plusieurs chercheurs CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français...) du Laboratoire de biométrie et biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des...) évolutive (LBBE - CNRS/Univ. Claude Bernard/Vetagro Sup), publiés dans la revue Scientific Reports, sont les premiers réalisés à large échelle. Portant sur 59 espèces de mammifères répartis en 8 ordres (Artiodactyles, Périssodactyles, Carnivores, Primates (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des...), Lagomorphes, Rongeurs, Diprotodontes et Scandentiens), ils viennent confirmer que l'espérance de vie (L'espérance de vie est une donnée statistique. Elle est censée permettre de connaître la durée de vie moyenne qu'on peut espérer atteindre à un moment donné. Cette...) est supérieure en zoo pour 84 % des espèces de mammifères étudiées.


Illustration: CNRS-INEE

La connaissance de la longévité (La longévité d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est biologiquement programmé, dans des conditions idéales et en l'absence de maladie ou d'accident. Elle correspond à la durée de vie...) des espèces dans leur milieu naturel reste très aléatoire mais grâce aux suivis à long terme de populations naturelles, il est maintenant possible de comparer des paramètres démographiques entre populations captives et sauvages.

Dans des études préliminaires et à partir de l'analyse d'une vingtaine d'espèces, la même équipe européenne avait déjà montré que les grands herbivoresvivaient plus longtemps en zoo, exception faite de ceux dont le régime alimentaire (Pour les régimes alimentaires d'ordre culturel pratiqués par l'Homme voir pratique alimentaire; Pour les régimes visant à perdre du poids voir régime amaigrissant.) est complexe, comme le Chevreuil (Le chevreuil (Capreolus capreolus) est une espèce de cervidé européen et asiatique, du sous-ordre des ruminants, qui vit dans les forêts de feuillus ou mixtes (feuillus et...).

Dans cette nouvelle étude, les chercheursont choisi d'élargir le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) et la diversité des espèces de mammifères à comparer. En s'appuyant sur la base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou « BDD ») est un lot d'informations stockées dans un dispositif informatique. Les technologies existantes...) Species 360 (ex-Isis) qui recueille depuis 1973, de nombreuses informations sur les animaux en captivité, les chercheurs ont pu comparer les paramètres démographiques des populations captives et sauvages d'une soixantaine d'espèces. "Nous avons décidé de prendre en compte quatre paramètres: le taux de mortalité avant les premiers signes de vieillissement (La notion de vieillissement décrit une ou plusieurs modifications fonctionnelles diminuant progressivement l'aptitude d'un objet, d'une information ou d'un organisme à assurer ses fonctions.), l'apparition du vieillissement, la vitesse (On distingue :) de ce dernier et la longévité moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous...)" explique Jean-François Lemaître, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et...) au LBBE et coauteur de l'article.

Les résultats sont éloquents: pour chacun des paramètres, la captivité est avantageuse, sans qu'une différence notable n'existe entre les mâles et les femelles. Ils sont particulièrement probants pour les petits mammifères, dont le cycle de vie (La vie est le nom donné :) est naturellement plus court que les grands mammifères en raison d'une prédation et d'une compétition intraspécifique plus marquées. Chez les espèces dites "longévives", dont la mortalité adulte est faible en conditions naturelles, les bénéfices sont moindres. Il existe même des cas où l'espérance de vie est identique voire inférieure en captivité, comme chez les éléphants d'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou 29,4 % des terres...) et d'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface...), ou les Primates. "Un âge de reproduction plus précoce en zoo pourrait expliquer un gain d'espérance de vie moindre, voire nul, pour les espèces longévives. Mais ce n'est qu'une hypothèse", suggère Jean-François Lemaître.

Autre point (Graphie) important, dans la nature, le fait d'être un prédateur (Un prédateur est un organisme vivant qui met à mort des proies pour s'en nourrir ou pour alimenter sa progéniture. La prédation est très...) ne garantit pas une vie "tranquille". En effet, Sur les 15 espèces de carnivores sélectionnées, toutes ont une longévité plus longue en zoo qu'en milieu naturel. Le Renard (Renard est un terme ambigu qui désigne le plus souvent en français certains canidés du genre Vulpes, proches du loup et du chien. Mais, par similitude physique, le terme...), par exemple, peut miser sur une longévité moyenne de 12 ans en zoo, contre 3 ans dans la nature... Le Lion (Le lion (Panthera leo) est un mammifère carnivore de la famille des félidés du genre Panthera (félins). Il est surnommé « le roi des animaux » car sa crinière lui donne un aspect...), 19 ans contre 13 ans.

Sur la méthodologie employée, Jean-François Lemaître tient à apporter une précision fondamentale (En musique, le mot fondamentale peut renvoyer à plusieurs sens.): "Tous les individus que nous avons étudiés sont aujourd'hui morts. C'est pourquoi nos résultats sont uniquement le reflet de pratiques de conservation en zoo ayant eu trait par le passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps...). Or, depuis une dizaine d'années environ, le monde des zoos a considérablement évolué. Ce sont de véritables partenaires scientifiques, affirme le chercheur, qui ont à coeur par exemple d'assurer une mission conservatoire pour des espèces menacées, et de veiller au bien-être de leurs pensionnaires. Les conditions de vie de ces derniers sont bien meilleures que dans les années 1970 et 1980". On est ainsi en droit de penser que de possibles bénéfices liés à ces changements de pratiques sont à attendre, en particulier pour les espèces longévives qui sont encore en vie aujourd'hui dans les zoos, et dont bon nombre de représentants sont menacés sur la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que...).

De plus, ces résultats seuls n'ont pas vocation à juger de la pertinence éthique des actions menées par les zoos sur les espèces dont ils ont la responsabilité. La qualité des soins, des méthodes de conservation et du bien-être d'une espèce se mesure à l'aune (L'aune – du latin ulna, l'os ulna – est une unité de longueur de quatre pieds. Cette ratio est attestée depuis la fin de l'Antiquité dans le traité métrologique Gromatici veteres.) de nombreux indicateurs, comme la reproduction (La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement est un ouvrage de sociologie co-écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron paru...), la physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et λόγος, logos, l'étude, la science) étudie le...) (apparition de maladies), le comportement des individus... Par exemple, les Carnivores voient certes leur espérance de vie croître, mais montrent aussi plus de problèmes comme les comportements dits "stéréotypés", au premier rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par cette famille. Le...) desquels l'ennui. Maintenir des interactions sociales développées est donc fondamental.

Le chercheur s'imagine étendre maintenant le champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) d'investigations aux mammifères aquatiques: "Ce serait très intéressant, car ils ont un cycle de vie particulièrement lent et les données ne manquent pas, que ce soit en captivité ou dans la nature".


Illustration: CNRS-INEE

Référence publication:
Comparative analyses of longevity and senescence reveal variable (En mathématiques et en logique, une variable est représentée par un symbole. Elle est utilisée pour marquer un rôle dans une formule, un prédicat ou un algorithme. En statistiques, une variable peut...) survival benefits of living in zoos across mammals, par Morgane Tidière, Jean-Michel Gaillard, Vérane Berger (Un berger (une bergère) est une personne chargée de guider et de prendre soin des troupeaux de moutons (quand il n'y a pas de complément de nom, il s'agit toujours de troupeaux de...), Dennis W. H. Müller, Laurie Bingaman Lackey, Olivier Gimenez, Marcus Clauss & Jean-François Lemaître, publié dans Scientifi Reports le 07 novembre 2016.
DOI: 10.1038/srep36361

Contact chercheur:
Jean-François Lemaître, Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE) – CNRS/Univ. Claude Bernard/Vetagro Sup
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