Mesurer l'incidence de l'activité humaine sur la biosphère: une tâche plus ardue qu'il n'y paraît
Publié par Adrien le 16/10/2018 à 08:00
Source: Université McGill
Les perturbations de l'environnement attribuables à l'activité humaine sont-elles à l'origine de changements évolutifs chez les animaux et les plantes ? Les résultats d'une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) McGill indiquent qu'en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des...), ces perturbations ne semblent pas accélérer le processus de sélection naturelle. Si cette découverte peut sembler rassurante, elle pourrait s'expliquer par le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) limité d'espèces pour lesquelles des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) sont disponibles.

De nombreuses études ont démontré que l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) humaine accélère le rythme auquel évoluent certaines espèces: ainsi, les poissons (Les Poissons sont une constellation du zodiaque traversée par le Soleil du 12 mars au 18 avril. Dans l'ordre du zodiaque, elle se situe entre le Verseau à l'ouest et le...) de certaines espèces deviennent souvent plus petits au fil du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) après que les hommes en aient pêché, de façon sélective, les plus gros représentants; les mauvaises herbes et les insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et leur...) ravageurs deviennent résistants aux pesticides, et les agents pathogènes sont de plus en plus résistants aux antibiotiques.

Une évolution rapide en réponse à l'activité humaine pourrait être attribuable à un renforcement de la sélection naturelle, un facteur déterminant du rythme de l'évolution. Afin de mieux comprendre l'importance de ce phénomène, Vincent Fugère et Andrew Hendry, du Département de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie...) de l'Université McGill, ont passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le présent....) en revue des milliers d'articles scientifiques sur le sujet. Ils en ont retenu 40, dans lesquels les auteurs estimaient la "force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage...) de sélection" - la mesure dans laquelle un trait en particulier est lié à la survie ou à la réussite de la reproduction (La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement est un ouvrage de sociologie co-écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude...) (valeur adaptative du phénotype) - tant dans les milieux perturbés par l'activité humaine que dans les milieux naturels. Ces articles portaient notamment sur une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un...) de mauvaise herbe (On appelle herbe, dans une acception large, toute plante annuelle ou vivace, non ligneuse, faisant partie des angiospermes (monocotylédones ou dicotylédones), de couleur verte ;...) observée dans des prairies arrosées ou non d'herbicides ainsi que sur une population de requins avant et après la construction d'une station balnéaire ayant altéré l'habitat de la mangrove environnante.

Après avoir passé en revue les 40 études retenues, les auteurs ont compilé des estimations portant sur 102 traits chez 37 espèces différentes. Ils ont ensuite eu recours à des modèles statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la présentation de ces...) afin de déterminer si, en général, la sélection était plus forte dans les milieux perturbés par l'activité humaine. Bien que certaines perturbations s'étaient traduites par une très forte sélection causée par l'activité humaine, d'autres avaient affaibli le processus de sélection. En moyenne, aucune incidence nette (Le terme Nette est un nom vernaculaire attribué en français à plusieurs espèces de canards reconnaissablent à leurs calottes. Le...) n'a été observée.

"Nous ne prétendons pas que les perturbations humaines n'influent pas sur l'évolution; en fait, je suis persuadé du contraire", affirme Vincent Fugère, auteur principal de la nouvelle étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Cette étude, qui surprendra sans doute certains biologistes évolutionnistes, permet plutôt de constater combien il est difficile de mesurer l'incidence de l'activité humaine sur l'évolution de la biosphère (La notion de biosphère désigne à la fois un espace et un processus auto-entretenu (jusqu'à ce jour et depuis plus de 3 milliards d'années) sur la planète Terre, et qu'on ne...).

"Les biologistes savent que de nombreuses espèces qui peinent à s'adapter à des milieux perturbés par l'activité humaine finissent par disparaître, phénomène appelé "extinction (D'une manière générale, le mot extinction désigne une action consistant à éteindre quelque chose. Plus particulièrement on retrouve ce terme dans plusieurs domaines :) locale"", souligne Vincent Fugère. "Les taux d'extinction locale n'ont jamais été si élevés; or, aucune des espèces figurant dans notre base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou « BDD ») est un lot d'informations stockées dans un dispositif informatique. Les technologies existantes permettent d'organiser...) n'était disparue localement. Notre principale conclusion s'explique en partie par le fait que les chercheurs étudient peut-être des espèces qui se débrouillent relativement mieux dans des milieux perturbés que la plupart des espèces sur Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la...) puisqu'il est impossible d'étudier la sélection s'il y a eu une extinction locale."

Vincent Fugère et Andrew Hendry espèrent que leurs résultats orienteront d'autres études sur la sélection naturelle et permettront de mieux comprendre l'incidence qu'ont les perturbations humaines sur l'évolution.

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

L'article "Human influences on the strength of phenotypic selection", par Vincent Fugère et Andrew P. Hendry, a été publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.
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