Mieux connaître la truffe pour mieux la cultiver
Publié par Michel le 25/10/2013 à 12:00
Source: CNRS
Depuis une vingtaine d'années, la production française de truffe ne suffit plus à répondre à la demande, ce qui nécessite une importation accrue de ce champignon. Afin de pallier ce problème, des chercheurs de l'Inra, de l'IRD, du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).), et de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) Montpellier 2, en collaboration avec la Fédération Française des Trufficulteurs, ont étudié la truffe noire du Périgord sous toutes les coutures. Les résultats de leurs travaux sont présentés les 22 et 23 octobre 2013 lors d'un colloque à Montpellier.

La culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) de la truffe connaît depuis les années 1990 en France une stagnation de sa production qui s'établit autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis,...) de 30 tonnes par an, alors qu'il y a 50 ans elle était d'environ 100 tonnes par an et beaucoup plus à la fin du 19e siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être l'âge du...). Afin de comprendre les raisons de ce recul important et de trouver des solutions pour améliorer la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le qualifier...), les chercheurs étudient la truffe sous tous ses aspects: génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le génome est porté par...), écologie, nutrition (La nutrition (du latin nutrire : nourrir) désigne les processus par lesquels un être vivant transforme des aliments pour assurer son fonctionnement. La nutrition est également...), développement, reproduction et interactions avec les plantes, les autres champignons et les bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries possèdent une paroi...). Les connaissances avancent, mais des questions importantes restent encore ouvertes: Quels facteurs influent sur la croissance et les qualités aromatiques de la truffe ? Quelles sont les techniques de culture les plus indiquées ? Comment améliorer la productivité des truffières plantées ?

Pour répondre à ces questions, six laboratoires et deux organisations professionnelles se sont regroupées autour du projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le...) "Bases d'une intensification écologique durable des écosystèmes truffiers", Systruf (1). Voici quelques résultats présentés lors du colloque de clôture (Une clôture désigne tout obstacle naturel ou fait de la main de l'homme (barrière) et suivant tout ou partie du pourtour d'un terrain afin de...) du projet.

La croissance des truffes dépend de la photosynthèse de l'arbre (Un arbre est une plante terrestre capable de se développer par elle-même en hauteur, en général au delà de sept mètres. Les arbres acquièrent une structure rigide composée d'un tronc qui...) hôte, et non de la matière organique (La matière organique (MO) est la matière carbonée produite en général par des êtres vivants , végétaux, animaux, ou micro-organismes. Il s'agit par...) venue du sol

Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'alors, la truffe se nourrit des sucres produits par les feuilles de l'arbre hôte et transférés aux racines auxquelles elle s'associe. Par conséquent, plus l'arbre hôte se portera bien, plus il aura tendance à produire des truffes. Il faut donc éviter les tailles d'été qui freinent la croissance de l'arbre. Par ailleurs, le manque d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) est l'un des facteurs qui limitent le plus la productivité de la truffière puisqu'il agit directement sur la croissance des arbres.

La truffe peut être associée à de nombreuses espèces végétales

Si le chêne (Le chêne est le nom vernaculaire de nombreuses espèces d'arbres et d'arbustes appartenant au genre Quercus, et à certains genres apparentés, notamment Cyclobalanopsis et...) ou le noisetier sont les espèces les plus préconisées pour la plantation (Une plantation est une exploitation agricole en monoculture de cultures à forte valeur économique destinées à la vente vers des marchés internationaux. La plantation est souvent associée à...) d'une truffière, elles ne sont pas les seules que la truffe peut coloniser. En effet, dans les truffières naturelles du Sud-Est (Le sud-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et est. Le sud-est est opposé au nord-ouest.) de la France, on trouve souvent du mycélium de truffes associé aux racines de plantes herbacées comme les orchidées. Conserver une certaine diversité d'espèces végétales pourrait donc permettre une meilleure productivité des truffières.

Le travail du sol doit se faire en dehors de la période de production des truffes

Le travail du sol est important pour limiter la concurrence d'autres espèces et favoriser la fécondation (La fécondation, pour les êtres vivants organisés, est le stade de la reproduction sexuée consistant en une fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée...) (la truffe ayant une reproduction sexuée). Cependant, il est à limiter pendant la période de croissance de l'ascocarpe (la partie comestible de la truffe) pour ne pas détruire le lien qui relie arbre et truffe.

Les bactéries du sol pourraient participer au développement de la truffe, voire à la formation de son arôme

Plusieurs espèces de bactéries parmi celles présentes dans le sol ont été retrouvées à l'intérieur de la truffe noire du Périgord. Les études suggèrent que ces bactéries pourraient jouer un rôle dans la nutrition, le développement et la reproduction (La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement est un ouvrage de sociologie co-écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron paru en 1970 aux éditions de Minuit.) de la truffe. Elles pourraient entre autres participer à la formation de l'arôme si caractéristique de la truffe.

Les résultats acquis grâce au projet Systruf, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en posant de nouvelles questions, permettent de revisiter les nombreuses pratiques empiriques de la trufficulture. Ils ouvrent les perspectives d'une amélioration de la production de la truffe noire du Périgord et, par extension, des autres espèces de truffe cultivées en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du...). En dehors des retombées économiques directes résultant de l'augmentation de la production, les travaux de Systruf pourraient contribuer en région méditerranéenne au maintien ou au développement d'une activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) agro-forestière. De nouveaux projets sont en cours d'élaboration pour anticiper les effets possibles des changements climatiques et améliorer la gestion de l'eau dans les truffières.

Note:

Financé par l'Agence Nationale de la Recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) et la Région Languedoc-Roussillon sur la période 2009-2013, le projet a réuni le Centre d'Ecologie Fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le terme a été...) et Evolutive (CNRS, Universités Montpellier 1, 2 et 3, Montpellier SupAgro, EPHE, CIRAD, IRD, INRA), les laboratoires Interactions arbres/microorganismes (Inra, Université de Lorraine), Biogéochimie des écosystèmes forestiers de l'Inra, Agronomie-Environnement (Inra, Université de Lorraine), Ecologie et écophysiologie forestière (Inra, Université de Lorraine), Symbioses tropicales et méditerranéennes (CIRAD, IRD, Université Montpellier 2, SupAgro), ainsi que la Fédération Française des Trufficulteurs (FFT) et le Centre d'études techniques et économiques forestières (Cetef)
.
Page générée en 13.555 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique