Nouveau record d'apnée profonde: sous la pression, le corps s'adapte

Publié par Adrien le 19/11/2020 à 09:00
Source: ASP - Victor Lhoest
Un nouveau record a été battu par la Slovène Alenka Artnik au mois de novembre qui a plongé en apnée à 114 m de profondeur, en monopalme poids constant. Cette épreuve, qui consiste s'immerger et remonter vers la surface le long d'un filin en conservant le même lest nécessite un entrainement rigoureux pour que le corps s'adapte à ces conditions extrêmes. Plusieurs mécanismes d'adaptation entrent en jeu pour résister aux grandes profondeurs et au manque d'oxygène (L’oxygène est un élément chimique de la famille des chalcogènes, de symbole O et de numéro atomique 8.).

(Crédit photo: Pixabay / montage: Victor Lhoest)

L'apnée (L'apnée désigne l'arrêt de la ventilation (du grec pnein, respirer, et le préfixe privatif a-). On parle aussi d'arrêt respiratoire ou d'arrêt ventilatoire.) n'a a priori rien de naturel pour notre corps. Immergé dans l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), l'Humain doit gérer le non-renouvellement de l'oxygène: on entre alors dans une condition hypoxique. Pour y répondre, le corps dispose d'un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être...) de réflexes physiologiques.

Au moment d'entrer la tête dans l'eau, le premier réflexe (Le réflexe d'une façon générale fait intervenir des propriétés intégratrices d'un centre nerveux. Il résulte d'un réflexe des activités musculaires en réponse à un stimulus. Ces activités...) du corps est appelé réflexe de plongée ou réflexe d'immersion. L'article de Paule-Émilie Ruyparu dans le magazine scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) étudiant JS MAG détaille les étapes subies par le corps lors de la descente. Le premier effet - progressif - provoque un regroupement du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est...) autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit...) des zones vitales (Les Vitales sont un ordre de plantes dicotylédones. Cet ordre a été réintroduit dans la Angiosperm Phylogeny Website et ne comprend qu'une seule famille :) au détriment des mains et des pieds, un ralentissement (Le signal de ralentissement (de type SNCF) annonce une aiguille (ou plusieurs) en position déviée qui ne peut être franchie à la vitesse normale de la ligne.) du rythme cardiaque (Le rythme cardiaque est - au sens médical du terme - le mécanisme électrophysiologique à l’origine de la contraction des ventricules. Définir le rythme est le...) et une contraction de la rate (La rate (en grec ancien σπλήν (splēn), en latin lien, d'où les adjectifs splénique et liénal) est un organe fragile, profond, situé dans...) pour libérer des globules rouges et ainsi faciliter le transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications (la route, le canal ..). Par assimilation, des actions de déplacements...) de l'oxygène dans le sang. Cet "interrupteur (Un interrupteur (dérivé de rupture) est un dispositif ou organe, physique ou virtuel, permettant d'interrompre ou d'autoriser le passage d'un flux. Il...) central du corps" est la première étape.

Puis, plus les apnéistes vont dans les profondeurs, plus leur corps se met en mode survie. À -40 m de profondeur, 10 à 20 % du volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) sanguin est réquisitionné pour alimenter les poumons en volume sanguin afin de les protéger de la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.). Ensuite le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont...), lui aussi est atteint par les effets de la profondeur. À -60 m, la narcose, connue sous le nom d'ivresse des profondeurs, fait divaguer l'esprit. Enfin, autour de -100 m, palier franchi par l'apnéiste Alenka Artnik, les poumons occupent 1/11 e de leur volume initial.

Pour atteindre son record, l'apnéiste slovène a confié à l'AFP pratiquer l'apnée depuis l'âge de 5 ans. Et ce n'est pas la seule à témoigner de la longue préparation nécessaire à ce type d'effort. L'apnéiste Stéphane Mifsud, recordman d'apnée statique (Le mot statique peut désigner ou qualifier ce qui est relatif à l'absence de mouvement. Il peut être employé comme :), confirmait au magazine science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large....) et vie (La vie est le nom donné :) que l'apnée était un sport de patience. "L'apnée est un sport d'adaptation qui demande des années d'entrainement. En réalité́, mon corps est comme une voiture qui s'apprête à faire un long voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et démocratisé, au...): il faut remplir au maximum le réservoir d'essence et ensuite consommer le moins possible".

Repousser les limites

Le corps à ses limites que la tête ignore. Si l'idée de plonger au plus profond sans oxygène semble folle, nos capacités physiques sont en réalité capables de répondre à des exigences quand l'entrainement est adéquat. Il y a des facteurs techniques, mais aussi mentaux qui entrent en jeu pour dépasser ses limites. Dans le livre "L'apnée: De la théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance...) à la pratique" (éditions PURH), Éric Clua met en avant dans le chapitre 3 les facteurs qui influencent la performance pour l'apnée.

Pour les champions d'apnée, le contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) partiel (Le mot partiel peut être employé comme :) des réflexes physiologiques est possible grâce à la pratique. Les athlètes peuvent mieux maitriser la consommation d'oxygène par le cerveau et ainsi accommoder leur corps à ce type d'effort. Mais l'entrainement ne doit pas être trop intense pour laisser au corps le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) de récupérer.

Le travail technique a aussi un rôle dans la performance. Dans le cas d'Alenka Artnik, la plongée en monopalme, il faut optimiser la nage entre dépense d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) et puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) produite.

L'esprit aussi doit être prêt. Les apnéistes comme les autres sportifs doivent faire preuve de volonté et garder leur calme. L'accélération (L'accélération désigne couramment une augmentation de la vitesse ; en physique, plus précisément en cinématique, l'accélération est une...) cardiaque entraine une plus grande dépense du sésame (Le sésame (Sesamum indicum) est une plante de la famille des Pédaliacées, largement cultivée pour ses graines.) que représente l'oxygène dans cette discipline. Alors l'acquisition (En général l'acquisition est l'action qui consiste à obtenir une information ou à acquérir un bien.) d'une bonne gestion du stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage courant, on parle de...) et la relaxation mentale sont autant de paramètres que les athlètes doivent travailler pour ressortir de l'eau.

Dans la tête des pratiquants: les quatre phases

Dans au cours de ses recherches pour comprendre la motivation (La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement dans une action ou expérience. Elle en détermine le déclenchement dans...) et l'organisation (Une organisation est) des pratiquants d'apnée Mary Schirrer a interrogé des apnéistes. L'analyse de leurs témoignages a permis de détacher quatre phases de l'apnée par lesquelles passent les adeptes de ce sport. Elle explique qu'une fois dans l'eau, le pratiquant entre dans une phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de confort propice au relâchement mental. C'est dans la phase deux que les premiers inconforts se font sentir. Dans la phase trois, l'effort est douloureux. La volonté est déterminante pour passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) ce cap et accéder à la phase quarte. Cette dernière est une véritable lutte entre les signaux envoyés par le corps et la volonté du pratiquant. C'est une phase très risquée puisqu'elle peut basculer vers la perte de conscience.
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