Une nouvelle piste pour le lupus
Publié par Isabelle le 22/03/2019 à 14:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
Les mitochondries joueraient un rôle central dans l'apparition ou le développement de cette maladie auto-immune

Les mitochondries présentes dans notre corps seraient les descendantes d'une espèce bactérienne. Lorsqu'elles se retrouvent à l'extérieur des cellules, notre système immunitaire réagit comme il le ferait avec un organisme étranger en produisant des anticorps. Cette réponse pourrait contribuer à l'apparition ou au développement du lupus.

Des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) Laval pourraient avoir cerné un mécanisme crucial dans l'étiologie du lupus, une maladie auto-immune (Les maladies auto-immunes sont dues à une hyperactivité du système immunitaire à l'encontre de substances ou de tissus qui sont normalement présents dans l'organisme.) dont la cause est présentement inconnue. En effet, dans une étude qui vient d'être publiée par Scientific Reports, les équipes des professeurs Paul Fortin et Éric Boilard, de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) du CHU de Québec-Université Laval, démontrent que la réponse du système immunitaire à la présence de mitochondries dans la circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles sur une route.) sanguine pourrait participer au développement de cette maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.), et peut-être même en être le déclencheur (En programmation procédurale, un déclencheur (trigger en anglais) est un dispositif logiciel qui provoque un traitement particulier en fonction...).

Rappelons que les mitochondries sont les centrales d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) de la cellule et qu'elles interviennent également dans la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus...) cellulaire. Elles seraient les descendantes de bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries...) qui se sont intégrées aux cellules d'autres organismes il y a plus de 2 milliards d'années. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) comme les bactéries, les mitochondries se multiplient en se subdivisant, elles sont entourées d'une double paroi et elles contiennent leur propre ADN de forme circulaire. "Lorsque des mitochondries ou des composantes des mitochondries se retrouvent à l'extérieur de la cellule, le système immunitaire réagit comme il le ferait avec un organisme étranger en produisant des anticorps spécifiques", explique Éric Boilard.

Afin de savoir s'il existe un lien entre la présence de mitochondries dans le milieu extracellulaire et le lupus, les chercheurs se sont intéressés aux anticorps présents dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain...) de 175 personnes atteintes de cette maladie. Leurs analyses révèlent que les anticorps ciblant la membrane externe des mitochondries et ceux ciblant l'ADN mitochondrial sont nettement plus abondants chez les personnes atteintes de lupus que chez des personnes en bonne santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.). Les chercheurs tentent maintenant de déterminer pourquoi il y aurait davantage de mitochondries en milieu extracellulaire chez les gens souffrant de lupus ou pourquoi leur système immunitaire y répondrait plus fortement.

S'il semble clair que les anticorps ciblant les mitochondries se retrouvent en abondance dans le sang des patients souffrant de lupus, il n'est pas encore certain qu'ils soient la bougie (La bougie est un objet servant en général à éclairer, composé d'un corps gras et d’une mèche enflammée. Elle a...) d'allumage (Pour s'enflammer, le mélange air-essence, un gaz contenu dans le cylindre doit subir une élévation de température permettant de porter une partie de sa masse...) de cette maladie. "Ils pourraient être produits alors que la maladie est déjà installée", reconnaît Éric Boilard.

Les chercheurs pourront tirer la question au clair grâce à une subvention (Une subvention est une aide financière, c’est-à-dire une somme d’argent, qui est allouée par une institution publique ou privée à une personne ou une organisation privée ou publique dans le cadre...) des Instituts de recherche en santé du Canada. "Nous allons analyser des échantillons de sang prélevés à différents stades de la maladie chez 1 500 patients, dont certains ont été suivis pendant près de 20 ans", souligne Paul Fortin.

Le lupus provoque une inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du corps à une agression : infection, brûlure, allergie…) chronique qui attaque différentes parties du corps, notamment la peau (La peau est un organe composé de plusieurs couches de tissus. Elle joue, entre autres, le rôle d'enveloppe protectrice du corps.), les articulations, les enveloppes du coeur et des poumons ainsi que les reins. Il frappe environ 40 personnes sur 100 000, souvent entre 20 et 40 ans, et sa prévalence est 10 fois plus élevée chez les femmes. Le lupus se présente sous différentes formes - on le surnomme parfois la maladie aux mille visages -, de sorte que son diagnostic (Le diagnostic (du grec δι?γνωση, diágnosi, à partir de δια-, dia-, „par, à travers, séparation, distinction“ et γν?ση, gnósi, „la...) est difficile à établir.

"Les anticorps ciblant les mitochondries pourraient servir de complément aux outils existants pour diagnostiquer la maladie et pour en catégoriser les différentes formes. Une meilleure compréhension des mécanismes en cause dans la production de ces anticorps pourra aussi orienter la recherche de traitements pour le lupus. Je crois qu'on est sur une bonne piste", conclut le professeur Boilard.

Les mitochondries présentes dans notre corps seraient les descendantes d'une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce...) bactérienne. Lorsqu'elles se retrouvent à l'extérieur des cellules, notre système immunitaire réagit comme il le ferait avec un organisme étranger en produisant des anticorps. Cette réponse pourrait contribuer à l'apparition ou au développement du lupus.
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