De nouvelles pistes sur les systèmes de communication non-humains grâce aux cris d'alarme des singes titis
Publié par Isabelle le 25/05/2019 à 14:00
Source: CNRS INSB

Singes titi © Geoffrey Mesbahi et Mélissa Berthet
Dans leur vie quotidienne, les humains utilisent des mots qui désignent des objets, des personnes, des situations ou des concepts: on appelle cela la référence. Étudier comment les animaux désignent les choses dans leur environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre une...) peut nous permettre de comprendre comment la référence a évolué au cours du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.). Une équipe interdisciplinaire (Un travail interdisciplinaire intègre des concepts provenant de différentes disciplines.), impliquant des chercheurs de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics...) Jean-Nicod (IJN, UMR8129, CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public...) / ENS), du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique (LSCP, UMR8554, CNRS / ENS / EHESS) et du Laboratoire de Cognition Comparée (Université de Neuchâtel), s'est intéressée au cas des singes titis et à la signification de leurs cris d'alarme. Les résultats ce ces travaux viennent de donner lieu à la publication d'un article dans la revue Sciences Advances.

Le singe (Un singe (du latin simius, pluriel Simia) est un animal faisant partie du groupe constitué par l'ordre des primates. Parmi les primates, il n'est pas simple de définir à partir de quelle espèce, le terme de...) titi est un modèle intéressant car il peut combiner deux cris d'alarme (le cri A et le cri B) en séquences qui varient non seulement selon le type de prédateur (Un prédateur est un organisme vivant qui met à mort des proies pour s'en nourrir ou pour alimenter sa progéniture. La prédation est...) (aérien ou terrestre), mais aussi selon la localisation du prédateur (au sol ou dans la canopée). Dans cette étude, les chercheurs ont étudié comment les singes titis produisent et perçoivent les informations encodées dans les séquences de cris, en conduisant une série d'expériences sur des singes sauvages au Brésil.

Ils ont tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) d'abord placé différents prédateurs empaillés au sol ou dans la canopée (La canopée est l'étage supérieur de la forêt, en contact direct avec l'atmosphère libre. Elle est parfois considérée comme un habitat ou un...) et ont enregistré les séquences de cris que les singes émettaient lorsqu'ils apercevaient ce prédateur. Ils ont ensuite joué ces cris aux singes et étudié comment ils réagissaient, afin de comprendre quelles informations les singes percevaient dans ces séquences et comment ils les extrayaient.

L'étude confirme que les singes titis encodent, dans leur séquence, des informations sur le type et la localisation des prédateurs et que les singes qui entendent ces séquences comprennent ces informations. Les mécanismes impliqués dans la transmission de ces informations n'ont été décrits chez aucune autre espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique....) animale à ce jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par...) !

Les singes titis utiliseraient plusieurs combinaisons de deux cris B dans une même séquence pour signaler un prédateur terrestre au sol ; à l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel...), une séquence ne comprenant que peu de combinaisons de deux cris B ferait référence à un prédateur aérien dans la canopée. La réaction des singes qui écoutent ces séquences est tout à fait appropriée: moins il y a de combinaisons de deux cris B dans la séquence, plus ils regardent en l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est nécessaire de pressuriser...), comme s'ils cherchaient un prédateur aérien dans la canopée ; plus il y a de combinaisons de deux cris B dans la séquence, plus ils regardent vers le haut-parleur (Un haut-parleur est un transducteur électromécanique destiné à produire des sons à partir d'un signal électrique. On emploie parfois aussi ce terme pour désigner l'appareil destiné à l'émission sonore dont il est un des...), comme s'ils cherchaient un prédateur terrestre au sol.

Bien que la plupart des éléments de notre environnement soient gradués, l'humain les classe en catégories. Par exemple, les couleurs d'un arc-en-ciel (Un arc-en-ciel est un phénomène optique et météorologique qui rend visible le spectre continu de la lumière du ciel quand le soleil...) forment un continuum qui va du rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.) au violet (Le violet est une couleur, composée d'un mélange de bleu (environ 50% de luminosité) et de rouge (environ 25% de luminosité) en synthèse additive, et d'un mélange de magenta (environ 100%) et de cyan (environ 50%) en synthèse...), mais les humains perçoivent sept bandes de couleurs: une information graduée (la couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s) donnée(s).) des arcs-en-ciel) est perçue de façon catégorique par les humains. Ainsi, jusqu'ici, la plupart des études sur la communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications, nouvelles...) animale se sont concentrées sur les capacités de catégorisation, afin de chercher un parallèle entre l'animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances...) et l'humain. Cependant, l'étude montre que les singes titis transmettraient des informations sur les événements extérieurs de façon probabiliste, c'est-à-dire que la proportion de combinaison (Une combinaison peut être :) de cris transmettrait une information graduée à propos d'événements qu'un humain pourrait qualifier de catégoriques et que les receveurs y répondraient aussi de façon graduée.

Cela suggère qu'il est trop anthropomorphique de chercher à étudier la communication catégorique des animaux. Peut-être ce mécanisme probabiliste est-il plus répandu que l'on ne l'imagine, ce qui expliquerait pourquoi nous avons du mal à comprendre les systèmes de communication non-humains lorsque nous les étudions avec notre approche catégorique. Si c'est le cas, alors ce système probabiliste constitue peut-être l'ancêtre de la communication catégorique de l'humain.

En conclusion, cette étude montre qu'il est important de chercher chez d'autres espèces des mécanismes de communication absents chez l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par...), afin de mieux comprendre ce qui rend le langage unique et comment il a évolué.

Pour en savoir plus:
Titi monkeys combine alarm calls to create probabilistic meaning.
Berthet M., Mesbahi G., Pajot A., Cäsar C., Neumann C., Zuberbühler K. 2019,
Science Advances, 5: eaav3991 (DOI: 10.1126/sciadv.aav3991).

Institut Jean-Nicod
Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique

Contact chercheuse:
- Mélissa Berthet - Institut Jean-Nicod (IJN)
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