Les peintures du désert vont enfin parler

Publié par Michel le 17/11/2009 à 00:00
Source: CNRS (Journal)
Illustration: © D.Vigears / Projet de datation des peintures du Sahara
En novembre, des archéologues français et algériens vont s'installer sur le plateau du Tassili, dans le Sahara. Leur but: enfin dater les somptueuses peintures rupestres de la région.


Les sites des peintures de Tassili constituent un formidable témoignage de la vie au Sahara
avant sa désertification (La désertification est un phénomène naturel ou non qui a pour origine des variations climatiques et/ou les conséquences...).

Dans un décor grandiose fait de roches et de sable (Le sable, ou arène, est une roche sédimentaire meuble, constituée de petites particules provenant de la désagrégation d'autres roches dont la dimension est comprise entre 0,063...) ocres, une immense caravane progresse lentement le long d'un chemin escarpé. Ânes et chameaux portent les outils et les vivres, accompagnant un groupe d'une dizaine de personnes sous un soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile de...) de plomb (Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du latin plumbum.). L'image pourrait sortir tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) droit d'un récit d'anciens explorateurs. C'est pourtant bien ainsi que les membres de la mission archéologique franco-algérienne Tassili vont rejoindre, le 20 novembre prochain et pour un mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.), leur lieu de fouilles dans le Sahara algérien. "L'accès au site est très difficile et même un peu dangereux, indique Jean-Loïc Le Quellec, directeur de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le...) CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) au Centre d'études des mondes africains qui codirige la mission avec Malika Hachid, du Centre national de recherches en préhistoire, anthropologie et histoire d'Alger (Alger, (arabe : ??????? al-Jaz??ir, al-Dzayer ; berbère : L?ayer), surnommée Al Bahdja (« La Radieuse ») ou « la Blanche »,...) (CNRPAH). Il faut déjà quatre heures (L'heure est une unité de mesure  :) pour grimper sur le plateau du Tassili, à plus de 1 000 mètres d'altitude (L'altitude est l'élévation verticale d'un lieu ou d'un objet par rapport à un niveau de base. C'est une des composantes géographique et biogéographique qui...), et il reste encore à rejoindre le site proprement dit, à Sefar. Ce n'est pas vraiment une promenade de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.)."

Pourquoi tant d'efforts ? Les archéologues ont un objectif: analyser et dater les peintures rupestres de Tassili. Des peintures célèbres pour leur beauté et leur nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) –il en existe des centaines de milliers dans toute la région– mais que les préhistoriens ont été incapables de dater précisément jusque-là. "C'est l'archéologue français Henri Lhote [ndlr: alors chargé de recherche au CNRS] qui les a fait connaître au grand public dans les années 1950", raconte Jean-Loïc Le Quellec. À l'époque, ces grandes fresques, peintes à l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est...) libre sous des abris rocheux, fascinent. Il s'agit d'un véritable "documentaire en images", comme l'appelle Jean-Loïc Le Quellec, sur les populations qui vivaient dans la région lorsqu'elle était encore luxuriante. On y voit des animaux –éléphants, girafes, hippopotames...– qui ont depuis longtemps fui le désert (Le mot désert désigne aujourd’hui une zone stérile ou peu propice à la vie, en raison du sol impropre, ou de la faiblesse des précipitations (moins de 250 mm par an).). Sont croquées des scènes de la vie quotidienne, comme ces bœufs montés par des hommes. À Sefar, là où l'équipe a décidé d'installer son campement, une peinture haute de trois mètres représente une figure anthropomorphe. Les spécialistes l'appellent le "grand dieu de Sefar" mais d'autres, plus facétieux, aiment y voir un martien (Martien est un nom générique qui désigne plusieurs types de créatures imaginaires censées vivre sur mars. Selon la version la plus répandue, les martiens, également nommés...). "Les animaux sont représentés de manière si réaliste que ceux qui les ont dessinés les ont forcément vus, estime Jean-Loïc Le Quellec. Or nous savons que ces espèces vivaient bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de mesure logarithmique du rapport entre deux puissances,...) et bien dans le Sahara alors qu'il était encore vert (Le vert est une couleur complémentaire correspondant à la lumière qui a une longueur d'onde comprise entre 490 et 570 nm. L'œil humain possède un récepteur, appelé cône M, dont la bande passante est...) mais qu'elles l'ont quitté lors de la désertification, environ 2 000 ou 3 000 ans avant notre ère." Voilà qui donne une limite à l'âge de ces peintures. Mais ont-elles été réalisées il y a cinq mille ans ? Dix mille ans ? "Bien qu'elles soient de toute beauté, sans leur âge exact, elles perdent de leur intérêt. Après avoir soulevé l'enthousiasme des préhistoriens, elles sont peu à peu tombées dans l'oubli. Seuls les historiens de l'art et les touristes ont continué à s'en soucier", admet Jean-Loïc Le Quellec.

Aujourd'hui, la donne a changé. Les archéologues disposent de nouvelles techniques bien plus performantes pour dater les vestiges. D'où cette nouvelle expédition, qui va permettre à la fois de prélever des échantillons de peintures, qui seront ensuite analysés dans les laboratoires partenaires, et d'explorer le sol, à la recherche d'indices sur les techniques de peinture. "Grâce aux techniques de datation au carbone 14 (Le carbone 14 est un isotope radioactif du carbone, noté 14C.), explique l'archéologue, nous allons essayer de donner un âge au liant (Un liant est un produit liquide qui agglomère des particules solides sous forme de poudre. Dans le domaine de la peinture, il permet au pigment d'une peinture de...) qui a servi à fixer les pigments, lesquels seront aussi analysés afin d'en déterminer la nature exacte." La thermoluminescence, qui permet de dater le moment où des matériaux (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets.) siliceux ont été exposés au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa durée...) pour la dernière fois, devrait dater le sable de remblais, au pied des fresques. C'est également là que les scientifiques vont creuser, à la recherche d'objets laissés par les peintres: pinceaux, colorants, godets à peinture. Des relevés photographiques – tant en lumière visible (La lumière visible, appelée aussi spectre visible ou spectre optique est la partie du spectre électromagnétique qui est visible pour l'œil...) qu'en infrarouge (Le rayonnement infrarouge (IR) est un rayonnement électromagnétique d'une longueur d'onde supérieure à celle de la lumière visible mais plus courte que celle des micro-ondes.) et en ultraviolet (Le rayonnement ultraviolet (UV) est un rayonnement électromagnétique d'une longueur d'onde intermédiaire entre celle de la lumière visible et celle des rayons X.) – seront aussi effectués. "Évidemment, nous allons devoir confronter nos résultats à d'autres sites", indique Jean-Loïc Le Quellec. Il espère ainsi mettre en place deux campagnes annuelles pendant trois ou quatre ans et étudier les fresques de l'Ahaggar et de l'Atlas saharien. C'est à ce prix que les peintures rupestres du Sahara deviendront des témoignages utiles de l'histoire du peuplement du continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens...) africain.
Cet article vous a plu ? Vous souhaitez nous soutenir ? Partagez-le sur les réseaux sociaux avec vos amis et/ou commentez-le, ceci nous encouragera à publier davantage de sujets similaires !
Page générée en 0.981 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique