Pourquoi pensons-nous que ce que nous percevons correspond à la réalité ?

Publié par Isabelle le 11/04/2020 à 14:00
Source: CNRS INSB

© Tarryn Balsdon
Être capable de juger si ce que nous percevons est juste ou non peut nous aider à apprendre de nos erreurs et communiquer avec nos semblables. Dans cette étude, publiée dans Nature Communications, les scientifiques expliquent comment nous construisons un sentiment de confiance sur la véracité de nos perceptions, et à quoi ce sentiment de confiance peut servir. Ces résultats suggèrent que la confiance contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de...) la profondeur du traitement des informations sensorielles.

Si ce que nous percevons nous semble au-dessus de tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) soupçon, nos sensations sont en fait le résultat d'un processus d'inférence complexe, sujet à toutes sortes d'influences. Les neurosciences (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et...) décrivent ce processus d'inférence, qui se base sur les informations sensorielles qui frappent nos rétines et nos tympans, fonctionne comme une "accumulation d'indices". Notre cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite...) surveille en continu nos sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but...) pour recueillir des informations jusqu'à ce qu'il ait suffisamment d'indices pour décider de ce qu'il voit ou entend.

Ces décisions dites "perceptives" s'accompagnent d'un sentiment de confiance qui reflète la vraisemblance que ce que nous percevons reflète bien la réalité du monde (Le mot monde peut désigner :) qui nous entoure. Il a été démontré que les humains sont généralement assez bons pour rapporter leur confiance lorsqu'on leur demande de la juger, avec des confiances faibles rapportées plus fréquemment après des erreurs, et des confiances élevées après des perceptions correctes. Mais les neurosciences n'ont pas encore une image claire de la façon dont les jugements de confiance se construisent, ni de leur lien avec le processus d'accumulation d'indices.

Les chercheurs ont voulu explorer la relation entre la confiance et le processus de prise de décision visuelle. Pour ce faire, ils ont ralenti le processus d'accumulation d'indices visuels en ne montrant qu'un seul indice à la fois, comme un film au ralenti. Les participants doivent attendre la fin de la série d'indices pour prendre une décision en fonction des indices observés, puis évaluer leur confiance quant à la justesse de cette décision. Ce processus d'accumulation d'indices a été modélisé mathématiquement pour examiner comment chaque indice affecte la prise de décision et la confiance des participants testés.


L'accumulation d'indices pour les décisions perceptives et de confiance. La boîte en pointillés contient les processus de décision internes à l'observateur, qui déterminent la relation entre le stimulus physique et la réponse comportementale. Les informations provenant du stimulus fournissent des indices sensoriels qui sont accumulés en vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et...) de générer une décision perceptive. Les indices accumulés sont aussi utilisés pour la génération d'un sentiment de confiance. Le contrôle de confiance s'exerce sur le processus d'accumulation perceptive, représenté par la flèche rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait...). De manière importante, les indices qui créent notre sentiment de confiance peuvent continuer de s'accumuler même après que la décision perceptive ait été prise.
© Tarryn Balsdon

Les scientifiques ont constaté deux différences importantes entre la prise de décision et la confiance. Tout d'abord, lorsqu'ils ont montré plus d'indices que nécessaire, les participants se sont intérieurement engagés à prendre une décision avant la fin de la série. Dans ce processus appelé "engagement caché", les participants mettent intérieurement fin à l'accumulation d'indices de manière précoce, même s'ils doivent attendre la fin de la série avant de faire part de leur décision. Malgré cela, les participants semblent continuer à surveiller les indices supplémentaires pour raffiner leur jugement de confiance. Ainsi, les décisions sont prises à la hâte sur la base des premiers indices présentés, alors même que la confiance tient compte de tous les indices disponibles. Ces résultats suggèrent que la confiance doit être considérée comme un processus mental distinct de l'accumulation d'indices qui détermine ce que nous percevons.

Malgré ces différences, les chercheurs ont également constaté que la confiance et la prise de décision perceptive étaient fortement liées. Ils ont demandé aux mêmes participants de fixer délibérément des limites à l'accumulation d'indices, la série de stimuli se poursuivant jusqu'à ce que les participants appuient sur le bouton de réponse pour rapporter leur décision perceptive. Les participants doivent entrer leur réponse dès qu'ils estiment avoir atteint une performance cible (par exemple, 8 chances sur 10 d'être correct). On observe alors une relation étroite entre la capacité des participants à fixer efficacement des limites sur l'accumulation d'indices et leur capacité à évaluer leur confiance de façon précise. Cette relation est exactement celle à laquelle on s'attendrait si les observateurs fixent leurs limites en fonction de leur sentiment de confiance. Ce résultat expérimental montre que la confiance n'est pas calculée après que la décision est prise mais bien en continu, pendant l'accumulation d'indices, et qu'elle peut même contrôler la profondeur de cette accumulation d'indices.

Ce résultat surprenant indique que la confiance n'est pas un simple processus de surveillance a posteriori, utile pour apprendre de ses erreurs et optimiser des décisions futures. Au contraire, la confiance se forme parallèlement à l'accumulation d'indices perceptifs et peut donc être utilisée pour mettre en place des limites à la prise de décision: contrôler quand prendre une décision. Cela signifie que la confiance pourrait jouer un rôle bien plus important dans notre vie (La vie est le nom donné :) mentale que nous ne le pensions auparavant.

Pour en savoir plus
Confidence controls perceptual evidence accumulation
Balsdon T, Wyart V, Mamassian P.
Nature Communications 9 avril 2020. doi.org/10.1038/s41467-020-15561-w

Laboratoire:
Laboratoire des systèmes perceptifs (LSP) - (CNRS/ ENS Paris)
Ecole Normale Supérieure 29 rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux...) d'Ulm, 75005 Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région...).

Contacts:
- Tarryn Balsdon - Chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) au Laboratoire des systèmes perceptifs (PSL) - tarryn.balsdon at ens.psl.eu
- Valentin Wyart - Chercheur Inserm au Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles (LNC2) - valentin.wyart@ens.psl.eu
- Pascal Mamassian - Chercheur CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...) au Laboratoire des systèmes perceptifs (LSP) - pascal.mamassian@ens.psl.eu
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