Les soins infirmiers offerts à la mère s'inscrivent dans l'ADN de son bébé
Publié par Isabelle le 08/05/2018 à 12:00
Source: McGill

Des traces encore visibles une trentaine d'années plus tard proviennent d'expériences agréables vécues en tout début de vie

Les chercheurs savent depuis de nombreuses années que l'adversité vécue en début de vie (La vie est le nom donné :) peut modifier le fonctionnement de certains gènes. En effet, tel un gradateur (Un gradateur est un dispositif de l'électronique de puissance destiné à modifier un signal électrique dans le but de faire varier sa tension efficace de sortie et de modifier ainsi la puissance dans la charge. Ce dispositif est...) d'éclairage, l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement...) peut régler l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) à la hausse ou à la baisse. La discipline qui étudie ces mécanismes est l'épigénétique. Les chercheurs n'avaient toutefois jamais démontré que les expériences agréables vécues en début de vie pouvaient avoir un effet comparable, encore perceptible au-delà de trente ans plus tard. C'est maintenant chose faite.

Lors d'une étude publiée récemment dans la revue Translational Psychiatry, une équipe scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) dirigée par l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) McGill a mis au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent...) des effets génétiques subtils, mais durables, chez les enfants de jeunes mères vulnérables ayant pris part à un programme de visites d'infirmières à domicile à l'occasion de l'arrivée de leur premier enfant. C'est la plus longue étude du genre et la première sur l'effet épigénétique d'interventions psychosociales bénéfiques.

Une présence bienfaisante pour des mères vulnérables

En 1977, dans une ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par...) du nord-ouest (Le nord-ouest est la direction entre les points cardinaux nord et ouest. Le nord-ouest est opposé au sud-est.) de l'État de New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des États-Unis, elle compte a elle seule...), on a divisé en deux groupes des jeunes femmes issues de familles à faible revenu et enceintes de leur premier enfant. On a offert aux femmes du premier groupe d'évaluer gratuitement le développement de leur enfant et de les transporter sans frais à la clinique pour leurs rendez-vous de suivi. Aux femmes du second groupe, on a proposé des visites à domicile d'infirmières dûment formées dans le cadre du programme Nurse Family Partnership; pendant une période maximale de deux ans, ces infirmières ont transmis aux mères de l'information pratique sur l'éducation des enfants et la planification (La planification est la programmation d'actions et d'opérations à mener) familiale. Certaines n'ont reçu que six visites et d'autres, 30, mais les retombées de ces dernières sont encore perceptibles aujourd'hui.

Au départ, les chercheurs avaient recruté 400 femmes. L'étude de suivi réalisée aujourd'hui, soit après plus de 30 ans, a été menée chez près de la moitié de leurs enfants. Ces derniers sont répartis assez également entre le groupe "visites à domicile" (99 personnes) et le groupe témoin (89 personnes). Dans l'un des volets de cette étude, les participants devaient répondre à un questionnaire (Les questionnaires sont un des outils de recherche pour les sciences humaines et sociales, en particulier la psychologie, la sociologie, le marketing et la géographie.) en ligne sur les maladies mentales diagnostiquées, de la dépression majeure à la toxicomanie (A l'origine "la" toxicomanie est un terme qui vient du grec toxikon, « poison » et mania, « folie » et qui signifie que quelqu'un use de manière...). Sur ce plan, les chercheurs n'ont noté que des différences ténues entre la progéniture des deux groupes. (Cependant, comme la moitié seulement du groupe de départ a pris part à l'étude de suivi, les chercheurs n'excluent pas la possibilité d'un biais de sélection; en d'autres termes, les sujets ayant accepté de participer à l'étude pourraient être les plus susceptibles d'avoir vécu de la maltraitance (La maltraitance désigne des mauvais traitements infligés à des personnes que l’on traite avec brutalité, rigueur. Ces victimes sont souvent dépendantes et sans défense. La...) et des troubles mentaux.)

Un effet subtil... mais qui laisse sa marque

La différence – significative, quoique subtile – entre les deux groupes est apparue lorsque les chercheurs se sont livrés à un examen génétique à partir du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un...) prélevé chez les participants.

"Au début, nous nous sommes concentrés sur un petit sous-groupe de sujets et avons observé un lien entre l'intervention psychosociale d'une durée de deux ans et la présence de variations dans la méthylation de l'ADN, changements qui peuvent modifier l'expression de certains gènes", explique Kieran O'Donnell, professeur à l'Université McGill et auteur principal de l'étude. "J'ai donc croisé les doigts. Lorsque les résultats d'analyse des autres sujets de la cohorte sont arrivés, nous avons vu que notre constat initial tenait la route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.)."

La méthylation de l'ADN est l'ajout de groupes d'atomes (Un atome (du grec ατομος, atomos, « que l'on ne peut diviser ») est la plus petite partie d'un corps simple pouvant se combiner chimiquement avec une autre. Il est...) (des groupements méthyles) à des molécules d'ADN. Ce changement modifie l'activité du segment d'ADN sans pour autant en modifier la séquence. L'épigénétique étant une discipline relativement jeune, les chercheurs peuvent difficilement mesurer avec exactitude les répercussions de ces modifications. Ils croient néanmoins que les progrès en épigénétique seront utiles à la médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant à...) de précision chez l'enfant et l'adolescent.

"Il est fascinant de constater qu'en intervenant de la grossesse (La grossesse est le processus physiologique au cours duquel la progéniture vivante d'une femme se développe dans son corps, depuis la conception jusqu'à ce...) à l'âge de deux ans, on peut laisser des traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité de la Commission européenne dans le cadre...) qui persisteront la vie durant", fait observer
Michael Meaney, scientifique rattaché au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également...) de l'Hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités à domicile ou dans le cabinet d'un médecin.) Douglas et auteur en chef de l'étude. "Cette étude montre que les programmes d'intervention précoces produisent des effets. Toutefois, on devra réaliser d'autres études longitudinales pour juger de l'utilité clinique de cette information dans la prise en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement...) de la santé mentale (La santé mentale est un terme relativement récent et polysémique. Habituellement elle est vue comme l'« aptitude du psychisme à fonctionner de façon harmonieuse,...) chez l'enfant et l'adolescent. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) ce que nous pouvons affirmer pour l'instant (L'instant désigne le plus petit élément constitutif du temps. L'instant n'est pas intervalle de temps. Il ne peut donc être considéré comme une durée.), c'est que les programmes d'intervention familiale ont eu un effet marqué. Littéralement."

Cette étude a été financée par la Fondation Sackler, la Fondation Brain Canada, la Fondation Azrieli-Institut canadien de recherches avancées, l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) de sciences cliniques de Singapour (Agence de sciences, de technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) et de recherche) et le gouvernement de la Fédération de Russie.

L'étude "DNA methylome variation in a perinatal nurse-visitation program thSourc at reduces child maltreatment: a 27-year follow-up", par Kieran O'Donnell et coll., a été publiée dans la revue Translational Psychiatry le 10 janvier 2018. DOI: 10.1038/s41398-017-0063-9.

Personnes-ressources:
Kieran O'Donnell, Centre Ludmer en neuroinformatique et santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) mentale, Centre de recherche de l'Hôpital Douglas, Programme Sackler en épigénétique et psychobiologie, Université McGill, (entrevues en anglais seulement)

Michael Meaney, directeur scientifique, Centre Ludmer en neuroinformatique et santé mentale, Centre de recherche de l'Hôpital Douglas, Programme Sackler en épigénétique et psychobiologie, Université McGill, (entrevues en français et en anglais)
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