Tendre l'oreille ou lire sur les lèvres ?

Publié par Redbran le 07/11/2020 à 13:00
Source: Université de Genève
Pour traiter la parole, le cerveau privilégie les indices visuels plutôt qu'auditifs lorsque que la qualité du son est entravée. Une équipe de l'UNIGE démontre que la phase des signaux oscilliatoires neuronaux sont important dans ce processus de sélection cérébral.


Tendre l'oreille ou lire sur les lèvres ? Les oscillations cérébrales entrent en jeu. ©UNIGE/Thézé

Pour interpréter la parole (La parole, c'est du langage incarné. Autrement dit c'est l'acte d'un sujet. Si le langage renvoie à la notion de code, la parole renvoie à celle de corps. La parole est singulière et opère un acte de...) d'une personne, le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses...) se base sur le système auditif et visuel: il écoute (Sur un voilier, une écoute est un cordage servant à régler l'angle de la voile par rapport à l'axe longitudinal du voilier et en conséquence l'angle d'incidence du vent sur la voile. Il y a une écoute dédiée à...), observe le mouvement des lèvres et les expressions du visage. Des neuroscientifiques de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom...) (UNIGE), soutenus par leFonds National Suisse, montrent comment le cerveau décide d'exploiter les indices auditifs ou les indices visuels dans une étude publiée dans Science Advances. Les signaux oscilliatoires neuronaux sont impliquées dans ce processus de sélection. Plus précisément, c'est un déphasage de 300 millisecondes de ces oscillations qui détermine quel canal sensoriel va davantage contribuer à la perception de la parole.

Pour cette étude, Piere Mégevand et ses collègues de l'UNIGE Raphaël Thézé et Anne-Lise Giraud ont eu recours à un dispositif novateur faisant appel à des illusions audiovisuelles. Des volontaires ont été placés face à un écran (Un moniteur est un périphérique de sortie usuel d'un ordinateur. C'est l'écran où s'affichent les informations saisies ou demandées par l'utilisateur et générées ou restituées par l'ordinateur, sous forme de texte et...) sur lequel un personnage virtuel prononçait des phrases pouvant être confondues, comme "Il n'y a rien à boire / Il n'y a rien à voir". Dans certaines des phrases prononcées par le personnage, les neuroscientifiques ont créé un conflit entre ce que les volontaires voyaient et ce qu'ils entendaient. Par exemple, le personnage prononçait un "b" mais ses lèvres formaient un "v". Les volontaires devaient répéter la phrase qu'ils avaient comprise pendant que leur activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) cérébrale était enregistrée par EEG.

Des illusions audiovisuelles

Les scientifiques de l'UNIGE ont observé que lorsque les informations auditives et visuelles concordaient, les volontaires répétaient la phrase correcte dans la majorité des cas. Par contre, en cas de conflit, les volontaires se fiaient soit à l'indice auditif, soit à l'indice visuel. Par exemple, lorsqu'ils entendaient un "v" mais voyaient un "b", la perception était dominée dans environ deux tiers des cas par l'indice auditif.

Le canal sensoriel est déterminé à l'avance

Les chercheurs ont relié ces résultats à l'activité électrique cérébrale dans le cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) temporal postérieur et occipital. Ils ont observé qu'environ 300 millisecondes avant le moment où il y avait concordance ou conflit entre les informations auditive et visuelle, la phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de l'oscillation (Une oscillation est un mouvement ou une fluctuation périodique. Les oscillations sont soit à amplitude constante soit amorties. Elles répondent aux mêmes équations quel que soit le domaine.) cérébrale différait entre les volontaires qui avaient suivi l'indice visuel et ceux qui avaient suivi l'indice auditif.

"Nous savons depuis les années 1970 que dans certaines situations, le cerveau semble choisir les indices visuels plutôt qu'auditifs, et encore davantage lorsque le signal ( Termes généraux Un signal est un message simplifié et généralement codé. Il existe sous forme d'objets ayant des formes particulières. Les signaux lumineux sont employés depuis...) auditif est entravé, par exemple en cas de bruit (Dans son sens courant, le mot de bruit se rapproche de la signification principale du mot son. C'est-à-dire vibration de l'air pouvant donner lieu à la création d'une...) ambiant. Nous pouvons maintenant montrer que les oscillations neuronales sont impliquées dans ce processus. En revanche, leur rôle exact reste encore un mystère", explique Pierre Mégevand.

Publication:
Cette recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques....) est publiée dans Science Advances - DOI: 10.1126/sciadv.abc6348

Contact:
Pierre Mégevand - Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son...) - Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Genève - pierre.megevand at unige.ch
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