Thérapie cellulaire et maladies neurodégénératives: l'alerte des chercheurs

Publié par Isabelle le 09/12/2019 à 14:00
Source: CEA

CEA
Une étude impliquant le CEA-Jacob montre que la compatibilité immunologique de greffons neuronaux, utilisés en thérapie cellulaire pour traiter certaines maladies neurodégénératives, ne permet pas de s'affranchir des traitements immunosuppresseurs.

La thérapie cellulaire (Dans le cadre des biothérapies, la thérapie cellulaire vise à soigner des cellules ou à soigner un organisme par l'apport de cellules modifiées ou au statut...) est l'une des pistes thérapeutiques développées pour traiter les maladies neurodégénératives, dont celle de Huntington. Pour ce type de pathologie (La pathologie, terme provenant du Grec ancien, est littéralement le discours, la rationalité (λογία logos) sur la souffrance (πάθος pathos), et désigne dans une acception...), elle consiste à transplanter dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et constitue le...) des patients des greffons neuronaux. Les cellules souches pluripotentes humaines constituent une source de cellules renouvelables et spécifiquement différenciables en neurones pour le traitement de patients atteints de troubles neurodégénératifs.

La maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) de Huntington est une pathologie génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les...) rare et héréditaire, provoquée par une mutation du gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un acide ribonucléique (ARN)...) codant pour une protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par des liaisons peptidiques. En général, on parle de protéine lorsque la...) appelée huntingtine. Cette mutation donne lieu à une forme altérée et toxique de cette protéine, qui entraîne la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général,...) des neurones dans certaines zones du cerveau. La maladie se traduit par des symptômes moteurs (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique, électrique, thermique par exemple) en une énergie mécanique ou travail.[réf. nécessaire]), des troubles psychiatriques et du comportement, et de symptômes cognitifs. On ne dispose d'aucun traitement curatif.

L'objectif de la thérapie (Une thérapie est un ensemble de mesures appliquées par un thérapeute à une personne souffrant d'un problème de santé, dans le but de l'aider à...) cellulaire dans le cadre de cette maladie est de remplacer les neurones détériorés ou perdus par des greffons neuronaux. Cependant, l'immunogénicité du greffon, c'est-à-dire sa capacité à provoquer une réponse immunitaire et son rejet par le patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.), demeure un enjeu majeur pour le succès à long terme de cette approche thérapeutique (La thérapeutique (du grec therapeuein, soigner) est la partie de la médecine qui étudie et applique le traitement des maladies.).

Comme pour les greffes d'organes, il est envisagé d'utiliser des greffons neuronaux histocompatibles, c'est-à-dire issus de cellules souches spécifiquement sélectionnées pour leur compatibilité immunologique avec le receveur et ainsi réduire les risques de rejet et donc le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les besoins...) d'immunosuppression. Les traitements immunosuppresseurs ont en effet de lourds effets secondaires, tels que infections et cancers.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs du CEA-Jacob et leurs partenaires ont transplanté des greffons neuronaux possédant différents degrés d'histocompatibilité dans un modèle animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit...) primate (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade...) de la maladie de Huntington, ce modèle ayant été choisi pour sa proximité immunologique et physiologique avec l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un garçon, tandis que...). En l'absence d'immunosuppression, l'histocompatibilité du greffon à elle seule n'a pas pu assurer la survie à long terme des greffons neuronaux dans le cerveau. En effet, sans traitement immunosuppresseur, seules les autogreffes sont tolérées par l'hôte alors que les greffons histocompatibles sont rejetés au bout de six mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.).

Malgré ses effets secondaires, l'immunosuppression à long terme semble actuellement indispensable pour atténuer la neuroinflammation et prévenir le rejet de greffons dit "allogéniques", c'est-à-dire issue des cellules souches d'un donneur sain à destination d'un receveur de la même espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de...).

En conclusion, des stratégies alternatives (Alternatives (titre original : Destiny Three Times) est un roman de Fritz Leiber publié en 1945.) ou complémentaires d'immunomodulation devront être mises en place afin d'assurer la survie et donc l'efficacité de traitements de maladies neurodégénératives à base de greffons issus de cellules souches humaines.

Références:
MHC matching fails to prevent long-term rejection of iPSC-derived neurons in non-human primates | Nature communications
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