Sur les traces de la buse, du faucon et du harfang

Publié par Adrien le 25/05/2020 à 09:00
Source: Université Laval
Les oiseaux de proie qui nichent en Arctique ont intérêt à arriver le plus tôt possible sur les aires de reproduction pour profiter de la très courte période dont ils disposent pour pondre leurs oeufs et élever leurs petits. Par contre, s'ils se pointent trop tôt, que la neige (La neige est une forme de précipitation, constituée de glace cristallisée et agglomérée en flocons pouvant être ramifiés d'une infinité de façons. Puisque les flocons sont...) recouvre encore les sites de nidification et que leurs proies ne sont pas arrivées, les conséquences pour leur reproduction et leur survie peuvent être désastreuses. Une étude internationale publiée dans Scientific Reports par Gilles Gauthier, du Département de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire naturelle des...) et du Centre d'études nordiques, et par ses collaborateurs explique comment la buse pattue, le faucon pèlerin (Le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) est un rapace robuste de taille moyenne, réputé pour être l’oiseau le plus rapide du monde. Ses proies sont presque exclusivement des oiseaux, mais...) et le harfang des neiges ont solutionné, chacun à leur façon, ce dilemme.

En raison de la faible abondance de ces trois espèces et de l'immensité des régions où elles nichent, il a fallu un effort concerté de chercheurs du Canada, de la Russie, des États-Unis, de la Norvège et de l'Allemagne pour étudier cette question. La mise en commun de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) récoltées entre 2001 et 2018 a permis de réunir quelque 245 000 relevés satellites (Satellite peut faire référence à :) - Argos ou GPS - décrivant la position géographique de 98 harfangs, 112 buses pattues et 15 faucons pèlerins pendant leurs migrations printanières vers l'Arctique (L’Arctique est la région entourant le pôle nord de la Terre, à l’intérieur et aux abords du cercle polaire. Elle se situe à l'opposé de l'Antarctique. L'Arctique inclut une partie...).

Les chercheurs ont croisé chacun des relevés avec des données satellites décrivant la couverture de neige qu'on trouvait au même moment en ce point (Graphie) précis. Premier constat: aucune des trois espèces ne recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) ni n'évite les secteurs enneigés pendant la migration. Second constat: elles utilisent différemment l'abondance de neige pour synchroniser leur arrivée sur les aires (Aires (en espagnol, les airs) est une compagnie aérienne intérieure de Colombie.) de nidification.

Le faucon pèlerin adopte une stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) prudente en se maintenant derrière le pic de fonte des neiges (La fonte des neiges, également appelée fonte nivale, est un phénomène climatique saisonnier des régions tempérées qui...). Cela lui permet d'ajuster sa migration à celle des oiseaux dont il se nourrit. Getty Images/Mille 19

"La stratégie migratoire de ces oiseaux repose sur de nombreux facteurs, notamment la température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et étudiée en thermométrie. Dans la vie courante, elle est reliée aux sensations de froid et de chaud, provenant du...), la photopériode, le degré (Le mot degré a plusieurs significations, il est notamment employé dans les domaines suivants :) de développement de la végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle...) et le couvert de neige, rappelle Gilles Gauthier. Ce dernier élément semble très important pour la buse pattue, un peu moins pour le harfang et encore moins pour le faucon pèlerin. Le harfang devance le pic de fonte des neiges, la buse pattue se déplace en suivant ce pic et le faucon pèlerin se maintient derrière ce pic."

Ces différences de stratégie migratoire peuvent s'expliquer par la biologie de chacune de ces espèces, souligne le professeur Gauthier. L'un de ces facteurs est la longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de...) de la migration printanière. "Le faucon pèlerin peut descendre jusqu'à l'équateur pendant l'hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.). Lorsqu'il amorce sa migration, il dispose de peu d'information sur la fonte des neiges au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.), contrairement au harfang et à la buse qui partent du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) du Canada et du nord des États-Unis. Par ailleurs, le printemps (Le printemps (du latin primus, premier, et tempus, temps, cette saison marquant autrefois le début de l'année) est l'une des quatre saisons des zones tempérées,...) peut être hâtif dans le Sud et ne pas l'être dans l'Arctique. Pour cette raison, le faucon adopte une stratégie prudente en se maintenant derrière le pic de fonte des neiges. Cela lui permet aussi d'ajuster sa migration à celle des oiseaux dont il se nourrit."

La buse pattue a un régime alimentaire varié, lui assurant un approvisionnement stable, et une fidélité assez élevée au site de nidification. Cela expliquerait pourquoi sa stratégie se situe à mi-chemin entre celle du faucon pèlerin et celle du harfang. David A. Mitchell

À l'opposé ( En mathématique, l'opposé d’un nombre est le nombre tel que, lorsqu’il est à ajouté à n donne zéro. En botanique, les organes d'une plante sont dits opposés...), le harfang devance le pic de fonte. "Pendant la saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois (voir le tableau Solstice et Équinoxe ci-dessous), la saison joue un rôle...) de reproduction, cette espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique....) se nourrit presque exclusivement de lemmings, des petits mammifères dont l'abondance fluctue énormément d'une année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) à l'autre", signale le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les...). Les harfangs ne retournent pas au même site de nidification d'une année à l'autre. Ils couvrent de grandes distances pour trouver un endroit où les lemmings abondent et, quand ils en trouvent un, ils y établissent leur nid (Le nid désigne généralement la structure construite par les oiseaux pour contenir leurs œufs et fournir un premier abri à leur progéniture. Les nids sont...). De plus, comme la taille des harfangs est nettement plus élevée que celle des deux autres espèces, leurs petits mettent plus de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) à atteindre la maturité. "Les harfangs ont intérêt à nicher très tôt pour parvenir à boucler leur saison de reproduction", souligne-t-il.

Pour sa part, la buse pattue a un régime alimentaire varié, lui assurant un approvisionnement stable, et une fidélité assez élevée au site de nidification. "Cela expliquerait pourquoi sa stratégie se situe à mi-chemin entre celle du faucon et celle du harfang", avance le professeur Gauthier.

Sur le terrain, ces différences de stratégie migratoire sont loin d'être théoriques. "À l'île (Une île est une étendue de terre entourée d'eau, que cette eau soit celle d'un cours d'eau, d'un lac ou d'une mer. Son étymologie latine, insula, a donné l'adjectif « insulaire » ; on dit aussi...) Bylot, où nous menons des travaux de terrain depuis 30 ans, les premiers harfangs arrivent entre la fin avril et le début mai, souligne le chercheur. Quant aux buses pattues, elles arrivent à la fin mai. Les faucons pèlerins, peu nombreux, arrivent encore plus tard."

Les chercheurs entendent maintenant étudier comment les changements climatiques altéreront le patron de fonte des neiges et quelles en seront les répercussions sur la migration, la reproduction (La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement est un ouvrage de sociologie co-écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron paru en 1970 aux éditions de Minuit.) et la survie de ces oiseaux de proie (Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur.).
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