Vaccin anticancer personnalisé: les virus oncolytiques à la rescousse

Publié par Adrien le 19/05/2021 à 09:00
Source: Université de Montréal
Des scientifiques montrent comment une combinaison de peptides et de virus oncolytiques utilisée comme adjuvant permet une immunisation efficace contre le cancer.


Crédit: Getty

Dans son laboratoire, Marie-Claude Bourgeois-Daigneault et ses collègues modifient habituellement des virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...) pour qu'ils soient spécifiques aux cellules d'une tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de...). Une fois dans l'organisme de la personne malade, de tels virus, dits oncolytiques, infectent et éliminent avec précision les cellules cancéreuses sans toucher (Le toucher, aussi appelé tact ou taction, est l'un des cinq sens de l'homme ou de l'animal,...) aux cellules saines.

Ces virus peuvent même stimuler le système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de...) de façon qu'il soit mieux armé pour reconnaître et tuer les cellules malignes. C'est l'immunothérapie (L'immunothérapie est un traitement qui consiste à administrer des substances qui vont...).

Dans une étude publiée dans Nature Communications, l'équipe scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...) du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (L’Université de Montréal est l'un des quatre établissements d'enseignement...) (CRCHUM) montre comment elle est parvenue à créer un vaccin personnalisé efficace en combinant des virus oncolytiques avec de petites molécules synthétiques (peptides) spécifiques au cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement...) visé.

Nous en discutons avec l'auteure principale de l'étude, Marie-Claude Bourgeois-Daigneault, qui est aussi professeure au Département de microbiologie (La microbiologie est une sous-discipline de la biologie basée sur l'étude des...), infectiologie et immunologie (L'immunologie est la branche de la biologie qui s'occupe de l'étude du système...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande...) et membre de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est...) du cancer de Montréal.

Dans votre étude, vous utilisez des virus oncolytiques comme adjuvants de vaccins anticancers pour immuniser des souris. Comment y parvenez-vous ?


Marie-Claude Bourgeois-Daigneault
Pour qu'un vaccin entraîne une réponse immunitaire, il doit contenir des éléments qui stimulent les cellules du système immunitaire, les fameux globules blancs.

Ces éléments, appelés adjuvants, font partie des ingrédients de tous les vaccins. Ils permettent au corps humain (Le corps humain est la structure physique d'une personne.) de percevoir tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) danger potentiel et de circonscrire la menace en envoyant son armée de cellules immunitaires.

Notre approche consiste à employer des virus oncolytiques pour stimuler cette réponse immunitaire et la diriger contre le cancer. Pour y parvenir, on crée un vaccin en mélangeant des virus à des peptides synthétiques [antigènes] qui ressemblent au cancer ciblé.

Car oui, pour être efficace, le vaccin doit être personnalisé en fonction des mutations propres à chaque cellule cancéreuse. Grâce au travail d'identification effectué par d'autres équipes de recherche, on peut dire quels peptides utiliser pour chaque patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant...) grâce aux informations obtenues par biopsie (Une biopsie correspond au prélèvement d'un échantillon de tissus de l'organisme dans...).

L'avantage de notre approche est que les virus oncolytiques ont eux-mêmes le pouvoir de tuer les cellules cancéreuses. Nous pouvons ainsi attaquer le cancer sur deux fronts: éliminer directement les cellules cancéreuses avec le virus et produire une réponse immunitaire grâce au virus, mais aussi au vaccin.

Sur nos souris, nous avons pu démontrer l'efficacité de l'immunisation ainsi obtenue.

Par rapport aux essais cliniques actuels lancés par d'autres équipes, expliquez-nous comment votre stratégie vaccinale se démarque.

Les autres approches de vaccins anticancers personnalisés, testées en clinique, ne font pas appel à des virus oncolytiques comme adjuvant (Un adjuvant est quelque chose ou quelqu'un qui aide à l'accomplissement d'un processus.) de vaccination (La vaccination est un procédé consistant à introduire un agent extérieur (le...). Leur adjuvant n'a donc pas d'effets anticancers directs alors que, dans notre cas, nos virus peuvent détruire les cellules cancéreuses.

Actuellement, un vaccin anticancer comportant des virus oncolytiques est testé au Canada et aux États-Unis. Par contre, il n'est pas personnalisé. Il cible plutôt certains cancers qui ont un antigène (Un antigène est une macromolécule naturelle ou synthétique, reconnue par des...) en commun. En ciblant cet antigène, le vaccin suscite une réponse immunitaire.

Dans ce cas-ci, les virus oncolytiques doivent être génétiquement modifiés pour permettre l'insertion de l'antigène dans le génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une...) des virus.

C'est une grande différence relativement à notre approche. Nous, nous pouvons cibler tous les cancers et sans modification génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est...). Un peu comme un assemblage de blocs Lego, il suffit de mélanger des peptides synthétiques qui ressemblent au cancer avec le virus choisi. Cela sera beaucoup plus facile à mettre en oeuvre en clinique.

Selon vous, quels sont les défis à relever avant que votre approche de la vaccination anticancer personnalisée soit transposée en clinique ?

Le principal défi est de désigner les mutations contre lesquelles on veut agir. Car un cancer est unique par sa dizaine ou sa centaine de mutations, mais seulement quelques-unes, une fois ciblées, auront un effet thérapeutique (La thérapeutique (du grec therapeuein, soigner) est la partie de la médecine qui...) et permettront d'éradiquer la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...).

La désignation de ces mutations est l'étape déterminante qu'il reste à optimiser. Heureusement, de nombreux groupes travaillent sur le sujet.
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