Des vestiges médiévaux à l'origine de véritables îlots de biodiversité au sein des forêts actuelles
Publié par Isabelle le 19/03/2015 à 00:00
Source: CNRS-INEE
Dans le livre The world without us (Le monde sans nous), le journaliste américain Alan Weisman décrit l'évolution progressive de la flore et de la faune après la disparition de l'humanité. L'auteur explique notamment qu'en l'espace de quelques siècles les villes retourneraient à l'état de forêts. Deux chercheurs de l'unité Ecologie et dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) des systèmes anthropisés (Edysan - CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français...) / Univ. de Picardie Jules Verne) ont voulu tester rétrospectivement cette hypothèse. Ils ont pour cela recherché l'impact des mottes castrales sur la végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle aussi de...) de certaines zones forestières actuelles. Leurs travaux publiés le 10 février dans la revue Ecosystems révèlent que ces habitats édifiés à l'époque médiévale influencent encore la structure des communautés végétales et la fertilité (Pour le sens commun, la fertilité désigne à la fin du XXe siècle la capacité des personnes, des animaux ou des plantes...) des sols qui y sont associés des siècles après leur abandon.


FReconstitution d'une motte castrale du Xe siècle et de sa basse-cour: un site urbain de l'époque médiévale -
© Silvère Decocq

S'il ne fait plus de doute que les activités humaines qui se sont succédé tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de l'histoire ont grandement influencé la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des...) actuelle et le fonctionnement des écosystèmes, la durée de leur incidence reste toutefois mal connue. Pour tenter d'en savoir plus, des scientifiques de l'unité de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) Edysan (CNRS/Université de Picardie Jules Verne) ont étudié l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le...) naturel lié aux vestiges d'une vingtaine de mottes castrales situées en région Picardie. Ces buttes de terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la plus massive des...) édifiées entre le Xe et le XIe siècle, surmontées à l'origine de fortifications et de bâtiments en bois aujourd'hui disparus, ont été abandonnées durant la Guerre de Cent ans, il y a environ six cent ans de cela. "Les 19 sites que nous avons sélectionnés dans le cadre de notre étude ont tous la particularité d'avoir alors été recolonisés par la forêt permettant ainsi de mieux discriminer l'influence de ces habitats médiévaux sur la structure actuelle de ces écosystèmes forestiers ", précise Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) Decocq, enseignant-chercheur en sciences végétales et fongiques à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Picardie Jules Verne (Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français, dont une grande partie de l'œuvre...) et coauteur de l'étude.

En les comparant à des parcelles forestières voisines mais suffisamment éloignées de la motte castrale pour ne pas en subir l'influence, les scientifiques ont pu montrer que les sols situés à l'emplacement des anciennes constructions moyenâgeuses sont à la fois plus riches en matière organique (La matière organique (MO) est la matière carbonée produite en général par des êtres vivants , végétaux, animaux, ou micro-organismes. Il s'agit par exemple des glucides,...), en carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.) organique (La chimie organique est une branche de la chimie concernant la description et l'étude d'une grande classe de molécules à base de carbone : les composés organiques.), en azote (L'azote est un élément chimique de la famille des pnictogènes, de symbole N et de numéro atomique 7. Dans le langage courant, l'azote désigne le gaz diatomique diazote N2,...) et en phosphore (Le phosphore est un élément chimique de la famille des pnictogènes, de symbole P et de numéro atomique 15.). Ceux-ci sont par ailleurs plus caillouteux et plus basiques que les sols des sites témoins pourtant situés sur le même substrat de nature crayeuse. Si en terme de biodiversité floristique l'équipe n'a pas décelé de différence significative entre sites archéologiques et sites témoins, elle a cependant constaté que les anciennes mottes castrales hébergeaient davantage d'espèces compétitives tant au niveau des plantes présentes que des graines enfouies dans le sol. "Nos résultats montrent que la durée de l'empreinte humaine sur le milieu naturel a été sous-estimée, résume Guillaume Decocq. En protégeant les parcelles forestières qui abritent ces vestiges archéologiques on préserve donc à la fois notre patrimoines historique et écologique ". Parce qu'ils constituent un réservoir de biodiversité unique au sein de chaque fragment de forêt, les bois qui hébergent les mottes castrales pourraient notamment contribuer à renforcer, à l'échelle des paysages, l'adaptation des écosystèmes forestiers aux changements globaux.


Aspect actuel d'une motte castrale en forêt. L'anomalie topographique sur un terrain par ailleurs plat permet de relocaliser l'ancien habitat médiéval (motte de terre artificielle à gauche entourée des restes d'un fossé). Il héberge aujourd'hui une végétation originale par rapport au reste de la véfgététaion forestière – © Guillaume DECOCQ

L'ouvrage a été publié en France en 2007 sous le titre Homo disparitus
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