🌊 La fonte des icebergs n'engendre pas du tout ce qui Ă©tait prĂ©vu

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Comment se fait-il que le fer, normalement essentiel pour la vie marine, ne stimule pas la croissance des algues lorsqu'il provient des icebergs de l'Antarctique Ouest ? Cette interrogation intrigante émerge d'une nouvelle recherche, publiée dans Nature Geoscience, qui remet en question nos idées sur la capacité de l'océan à absorber le dioxyde de carbone.

En analysant des carottes de sédiments prélevées dans l'océan Austral, une équipe de chercheurs a mis au jour un lien inattendu entre la dynamique de la calotte glaciaire et l'activité biologique. Leur travail montre que pendant les périodes chaudes du passé, le fer apporté par les icebergs n'a pas augmenté la production d'algues comme anticipé. Ce constat vient contredire l'hypothÚse selon laquelle un apport accru de ce nutriment favorise systématiquement la croissance du phytoplancton.

L'Ă©quipe a dĂ©couvert que le fer transportĂ© par les icebergs Ă©tait frĂ©quemment sous une forme chimiquement altĂ©rĂ©e, rendue peu soluble par des processus d'altĂ©ration prolongĂ©s. Torben Struve, auteur principal de l'Ă©tude, indique que cette configuration du fer le rend difficilement utilisable par les algues. Par consĂ©quent, mĂȘme en quantitĂ© importante, la productivitĂ© biologique n'a pas augmentĂ© dans les eaux situĂ©es au sud du front polaire antarctique.

Cette observation a des retombées directes sur la capacité de l'océan Austral à capturer le dioxyde de carbone. Habituellement, une croissance accrue des algues entraßne une absorption plus forte de ce gaz à effet de serre. Pourtant, le lien semble ici rompu, un mécanisme qui pourrait influer sur le climat futur si la calotte glaciaire de l'Antarctique Ouest poursuit son retrait.

La sensibilité de cette calotte glaciaire aux températures élevées est illustrée par les données sédimentaires. Celles-ci indiquent que lors de la derniÚre période interglaciaire, il y a environ 130 000 ans, une importante perte de glace a généré de nombreux icebergs. Ces derniers ont transporté des sédiments riches en fer vers l'océan, sans pour autant dynamiser la vie marine.

Gisela Winckler, co-auteure de la publication, prĂ©cise que la configuration chimique du fer est dĂ©terminante, et non pas seulement sa quantitĂ©. Ces rĂ©sultats modifient notre perception de la pompe Ă  carbone dans cette zone, oĂč les apports naturels peuvent se rĂ©vĂ©ler moins efficaces que supposĂ©.

Avec le réchauffement climatique actuel, un amincissement accru de la glace antarctique pourrait reproduire ces conditions passées. Une telle situation pourrait amoindrir l'absorption de dioxyde de carbone dans le Pacifique sud, engendrant un mécanisme susceptible d'intensifier les évolutions climatiques. Les scientifiques observent de prÚs cette tendance pour mieux anticiper les interactions entre la cryosphÚre et l'océan.