🌊 Les courants de l’ocĂ©an cachĂ© de la lune GanymĂšde dĂ©tectables ?

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Une étude menée par des chercheurs de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) et du CNRS montre que les mouvements de convection qui animent l'océan caché sous la surface glacée de GanymÚde pourraient générer de faibles signaux magnétiques détectables depuis l'espace.

Ces signatures pourraient ĂȘtre mesurĂ©es par la mission europĂ©enne Juice, actuellement en route vers Jupiter, ouvrant une nouvelle voie pour explorer cet ocĂ©an inaccessible et mieux comprendre sa dyna-mique ainsi que son potentiel d'habitabilitĂ©.

La magnétosphÚre de GanymÚde (lignes jaunes) résulte d'un équilibre magnétique entre sa dynamo interne, générée par son noyau métallique, le champ magnétique de Jupiter et les interactions in-duites par son océan de subsurface

GanymÚde, la plus grande lune de Jupiter et du SystÚme solaire, cache sous une épaisse couche de glace un immense océan d'eau salée. Depuis plusieurs décennies, les scientifiques soupçonnent son existence, mais son étude reste difficile puisqu'il est totalement inaccessible aux observations directes.

Dans une étude publiée dans Geophysical Research Letters, des chercheurs de l'IPGP et du CNRS montrent qu'il serait possible de mieux connaßtre cet océan grùce aux faibles perturbations magnétiques qu'il produit. Leurs travaux suggÚrent que les mouvements qui agitent les eaux profondes de GanymÚde laissent une signature détectable depuis l'espace.

Quand l'océan laisse une empreinte magnétique

L'océan de GanymÚde serait animé par des mouvements de convection liés aux transferts de chaleur dans son intérieur. Ces courants déplacent une eau probablement riche en sels dissous, donc conductrice d'électricité.

En se déplaçant dans le champ magnétique de GanymÚde, ce fluide conducteur peut générer des courants électriques qui produisent à leur tour un faible champ magnétique. Pour évaluer ce phénomÚne, les chercheurs ont combiné des simulations de circulation océanique et des modÚles magnétiques adaptés aux conditions particuliÚres de cette lune jovienne.

Leurs résultats montrent que le signal produit reste trÚs faible, mais qu'il pourrait néanmoins atteindre un niveau détectable par les instruments actuels. L'intensité du signal dépend notamment de la profondeur de l'océan, de sa salinité et de la vitesse des courants qui le traversent.

Au-delà de la simple détection de l'océan, ces signatures magnétiques pourraient aussi fournir des informations sur sa structure interne et sur la façon dont il transporte la chaleur.

Un objectif pour la mission Juice

Ces résultats arrivent alors que la mission européenne Juice (Jupiter Icy Moons Explorer), lancée en 2023, poursuit son voyage vers Jupiter. Une fois sur place, la sonde réalisera plusieurs survols de GanymÚde avant de se placer en orbite autour de la lune.

Parmi les instruments embarquĂ©s figure un magnĂ©tomĂštre particuliĂšrement sensible. Selon les auteurs de l'Ă©tude, il pourrait ĂȘtre capable de dĂ©tecter les faibles signaux produits par les courants ocĂ©aniques simulĂ©s dans leurs modĂšles.

Si cette signature est effectivement observĂ©e, elle offrirait un moyen inĂ©dit d'Ă©tudier un ocĂ©an enfoui sous des centaines de kilomĂštres de glace. Plus largement, cette mĂ©thode pourrait ĂȘtre utilisĂ©e pour explorer d'autres mondes ocĂ©aniques du SystĂšme solaire, comme Europe ou certaines lunes de Saturne, qui figurent parmi les environnements les plus prometteurs pour la recherche de conditions favorables Ă  la vie.