Une Ă©tude menĂ©e par une Ă©quipe de l'UniversitĂ© McGill a rĂ©vĂ©lĂ© que les humains et certaines espĂšces animales partageaient des prĂ©fĂ©rences acoustiques, du moins en ce qui concerne les sons d'animaux. Les rĂ©sultats fournissent des preuves expĂ©rimentales indiquant que les jugements esthĂ©tiques liĂ©s aux sons pourraient ĂȘtre influencĂ©s par des mĂ©canismes sensoriels communs.
"Charles Darwin pensait que les oiseaux et les humains partageaient le mĂȘme "goĂ»t pour le beau" en ce qui concerne la couleur. Cependant, Ă ce jour, aucune Ă©tude n'a comparĂ© de maniĂšre exhaustive les prĂ©fĂ©rences esthĂ©tiques des humains Ă celles d'animaux", explique Logan James, auteur principal de l'Ă©tude et boursier postdoctoral en biologie Ă l'UniversitĂ© McGill. "Nous avons Ă©tendu cette notion aux sons."

Image d'illustration Pixabay
"Nos conclusions indiquent que l'humain et certains animaux auraient en commun des mĂ©canismes perceptifs et cognitifs nĂ©cessaires au traitement des sons. Cette recherche pourrait Ă©galement permettre de comprendre pourquoi les ĂȘtres humains aiment autant la musique. Si notre sens de la beautĂ© trouve ses racines dans une biologie commune ancienne, les caractĂ©ristiques qui rendent une chanson Ă©mouvante Ă nos yeux pourraient ĂȘtre liĂ©es Ă celles qui rendaient les cris des animaux attrayants bien avant notre apparition."
Cette étude a été menée en collaboration avec des chercheuses et chercheurs de l'Université du Texas à Austin, de l'Université Yale, de l'Université d'Auckland et du Smithsonian Tropical Research Institute.
Des jeux en ligne au profit de la science
L'Ă©quipe de recherche a utilisĂ© 110 paires de cris d'animaux dont l'attrait pour les membres de la mĂȘme espĂšce avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© mesurĂ© dans des Ă©tudes antĂ©rieures, puis elle a fait Ă©couter les enregistrements Ă des participants humains en leur demandant d'indiquer quelle paire ils prĂ©fĂ©raient. Les prĂ©fĂ©rences des animaux et des humains se recoupaient principalement pour les sons comportant des ornements acoustiques, soit des Ă©lĂ©ments supplĂ©mentaires que les animaux intĂšgrent parfois, comme des gloussements, des cliquetis et des trilles.
Plus un son Ă©tait apprĂ©ciĂ© par les animaux, plus il Ă©tait susceptible d'ĂȘtre sĂ©lectionnĂ© par les humains.
"Une grande partie des éléments de beauté que nous trouvons dans la nature - le parfum des fleurs, les couleurs des papillons et le chant des oiseaux - n'ont pas évolué en fonction de nous, et pourtant, nous trouvons ces signaux captivants", indique Sarah Woolley, coauteure de l'étude et professeure agrégée de biologie à l'Université McGill.
Plus de 4 000 participantes et participants ont pris part à cette étude, qui a été menée sous forme de jeu en ligne.
Samuel Mehr, auteur en chef de l'Ă©tude, prĂ©cise que ce format a permis Ă l'Ă©quipe de recueillir des donnĂ©es auprĂšs d'un large Ă©ventail de participants et de vĂ©rifier si les facteurs dĂ©mographiques permettaient de prĂ©dire les prĂ©fĂ©rences. Ils ont constatĂ© qu'une formation musicale ou une expĂ©rience dans l'identification des cris d'animaux n'avaient pas beaucoup d'influence, mais que les mĂ©lomanes Ă©taient plus susceptibles d'avoir les mĂȘmes prĂ©fĂ©rences que les animaux. Samuel Mehr est affiliĂ© Ă Yale et Ă l'UniversitĂ© d'Auckland.
Les chercheurs continuent leur collecte de donnĂ©es au moyen du jeu en ligne. Ils chercheront Ă savoir si les sons ont le mĂȘme attrait lorsqu'on les manipule, notamment par l'ajout de cliquetis ou de trilles. Ils prĂ©voient Ă©galement d'Ă©valuer si les rĂ©sultats se reproduisent chez d'autres espĂšces.