Les anti-inflammatoires inefficaces en prévention de la maladie d'Alzheimer
Publié par Isabelle le 15/04/2019 à 14:00
Source: Université McGill

©McGill
Les scientifiques savent depuis des décennies que l'inflammation va de pair avec les lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d'Alzheimer (MA). Plusieurs des premières études sur le sujet donnaient à penser que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), ou "super-aspirines", pourraient aider à prévenir l'apparition de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.). Bien que des essais cliniques aient par la suite prouvé que les AINS n'aident pas les patients présentant déjà des symptômes, les médecins se demandaient s'il était possible que ces médicaments soient utiles aux personnes à risque, mais qui ne manifestent pas encore de symptômes de la maladie.

Pour mettre cette hypothèse à l'épreuve, des chercheurs de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa...) McGill ont élaboré une nouvelle méthode d'essais de prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne...) de la MA et l'ont employée pour vérifier si le naproxène, un AINS courant, pouvait arrêter la progression de la maladie avant l'apparition des premiers symptômes. Malheureusement, les résultats se sont avérés peu encourageants. Ils sont publiés dans le numéro du 5 avril 2019 de l'édition en ligne de Neurology®, la revue médicale (Il existe de très nombreuses revues médicales, généralistes, spécialisées ou destinées au grand public.) de l'American Academy of Neurology.

"Pour donner une dernière chance au scénario de prévention par les AINS, nous avons recruté des participants qui étaient aux premiers stades de la maladie, avant que se manifeste l'atteinte cognitive,", explique le Dr John Breitner, professeur de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot psychiatrie provient du grec...) à McGill et auteur principal de l'étude. "L'essai, intitulé INTREPAD, visait à examiner les effets du naproxène chez des personnes ayant d'importants antécédents familiaux de MA, mais dont la mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) et les autres habiletés cognitives étaient parfaitement intactes."

Une nouvelle méthode d'évaluation de l'efficacité

De nombreux chercheurs ont noté la difficulté de mesurer la progression de la maladie lorsqu'on ne peut pas se fier aux symptômes pour évaluer les effets d'un traitement. Pour résoudre ce problème, l'équipe mcgilloise a collaboré à l'élaboration d'un nouvel indice de progression de la MA, l'Alzheimer Progression Score (APS), dont on a déjà démontré la validité pour prédire l'apparition de symptômes cliniques de la maladie dans les 10 années suivantes ou plus. Ce score composite mesure l'évolution de la maladie au stade (Un stade (du grec ancien στ?διον stadion, du verbe ?στημι istêmi, « se tenir droit et...) précoce en regroupant de nombreux petits changements.

En appliquant l'APS chez 200 participants à l'essai INTREPAD (dont 100 prenaient le naproxène et 100, un placebo), les chercheurs ont noté des changements réels du score des participants au cours de la période d'essai de deux ans. Cependant, cette modification du score APS n'était pas réduite dans le groupe qui prenait du naproxène. "Les effets secondaires habituels étaient présents, mais nous n'avons observé aucun signe d'un quelconque effet bénéfique", signale Pierre-François Meyer, candidat au doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le...) au laboratoire du Dr Breitner et premier auteur de l'étude.

"Nous croyons que ces résultats ferment la porte à l'utilisation des AINS pour traiter ou prévenir la maladie d'Alzheimer, et incitent à la prudence à l'égard d'un usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) similaire d'autres anti-inflammatoires", ajoute le Dr Breitner, qui est directeur fondateur du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également...) en prévention de la maladie d'Alzheimer de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) universitaire en santé mentale (La santé mentale est un terme relativement récent et polysémique. Habituellement elle est vue comme l'« aptitude du psychisme à...) Douglas. "Le monde (Le mot monde peut désigner :) a désespérément besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins...) d'un mode de prévention efficace de cette terrible (Le Terrible était un vaisseau de ligne de 2e rang et de 78 canons, dessiné par François Coulomb, et lancé à Toulon en 1739. Il était long de 152 pieds...) maladie, et beaucoup d'autres avenues sont présentement à l'étude." Dans cette optique (L'optique est la branche de la physique qui traite de la lumière, du rayonnement électromagnétique et de ses relations avec la vision.), les chercheurs insistent d'autant plus sur l'importance de publier non seulement les résultats positifs, mais également les résultats négatifs, ou "nuls", comme ceux-ci.

Référence publication:
“INTREPAD: A randomized trial of naproxen to slow progress of presymptomatic Alzheimer disease,” par Pierre-François Meyer, John Breitner, et al., a été publié dans le numéro du 5 avril 2019 de l'édition en ligne de Neurology® doi:10.1212/WNL.0000000000007232

Contact:
Jason Clement - Agent de communications, Faculté de médecine, Université McGill
Jason.clement [at] mcgill.ca
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