L'aventure des interfaces graphiques (partie 8)
Publié par jyb le 15/03/2009 à 08:00
Illustration: IBM PC: Marcin Wichary sous licence Creative Commons 2.0
Depuis le début de cette série d'articles, nous nous sommes intéressés à des laboratoires de recherche et à une petite entreprise. Changement de milieu cette semaine puisque nous allons commencer à parler d'IBM, le numéro un de l'informatique (L´informatique - contraction d´information et automatique - est le domaine d'activité scientifique, technique et industriel en rapport avec le traitement automatique de l'information par des machines...) d'entreprise avant de nous intéresser à ce qui est à la fin des années 70 une petite PME: Microsoft (Microsoft Corporation (NASDAQ : MSFT) est une multinationale américaine de solutions informatiques, fondée par Bill Gates et Paul Allen, dont le revenu annuel a atteint 44,28 milliards de dollars en 2006 et...).

Il était une fois la plus grande entreprise informatique du monde

Au début des années 80, IBM (International Business Machines Corporation (IBM) est une société multinationale américaine présente dans les domaines du matériel informatique, du logiciel et...) a déjà une sérieuse réputation dans le monde de l'informatique d'entreprise. Il faut dire que "Big Blue" est le principal fabriquant d'ordinateurs depuis les années 60, essentiellement des gros systèmes qui hébergent des programmes écrits en COBOL (COBOL est un langage de programmation de troisième génération créé en 1959 (officiellement le 18 Septembre 1959). Son nom est l'acronyme de COmmon Business Oriented Language qui révèle sa vocation...). Cependant, à la fin des années 70, l'ordinateur de bureau (Un ordinateur de bureau (de l'anglais desktop computer ; aussi appelé ordinateur fixe) est un ordinateur personnel (Personal Computer ou PC) destiné à être utilisé sur un bureau.) fait son apparition. Plus petit et moins cher, il peut être dédié à une seule personne qui dispose ainsi d'un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des...) de travail à temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) complet, ce qui n'est pas le cas des grosses machines qui sont partagées entre plusieurs ingénieurs.

En 1981 et après quelques tentatives plus ou moins réussies dans les années 70, IBM débarque dans le monde des micro-ordinateurs et présente sa bombe: l'IBM PC (L'IBM Personal Computer, l'IBM PC, moins connu sous les dénominations de PC/G ou IBM modèle 5150, est le premier ordinateur personnel produit par millions par IBM (à la différence de...). Qu'apporte le nouvel ordinateur (Un ordinateur est une machine dotée d'une unité de traitement lui permettant d'exécuter des programmes enregistrés. C'est un ensemble de circuits électroniques permettant de manipuler des données...) d'IBM ? D'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) technologique, le PC n'apporte à peu près aucune innovation technologique décisive. En réalité, le premier micro-ordinateur présentant une architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) du type du PC date de 1972. Il s'agit du MICRAL, le premier ordinateur construit autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco,...) d'un micro-processeur, l'Intel 8008, au lieu de transistors assemblés. Il s'agit d'un ordinateur... français et commandé par l'INRA pour des besoins agricoles !

Si l'IBM PC n'apporte aucune nouveauté technologique, le design (Le design (la stylique en français) est un domaine visant à la création d'objets, d'environnements ou d'œuvres graphiques, à la fois fonctionnels,...) de l'ordinateur n'est pas non plus des plus séduisants. Cela a d'ailleurs été pour les équipes d'Apple (Apple, Inc. (Apple Computer, Inc. jusqu'en janvier 2007 ; apple signifie « pomme » en anglais) (NASDAQ : AAPL) est une société multinationale...), alors leader du marché des micro-ordinateurs avec l'Apple II, une bonne surprise. Sans réelle innovation et avec un tel design, Apple ne voyait pas dans le PC un concurrent sérieux. Il se trompait.

La vraie nouveauté de l'IBM PC, c'est la standardisation, la compatibilité. Chaque génération de micro-ordinateurs IBM sera par la suite compatible avec la précédente. Diffusé par la plus grande entreprise du secteur, d'une architecture classique et standardisée, le PC va être un gros succès. Ce succès sera accompagné d'une librairie de logiciels de plus en plus grande. Les éditeurs vont être en effet attirés par la continuité (En mathématiques, la continuité est une propriété topologique d'une fonction. En première approche, une fonction est continue si, à des variations infinitésimales de la variable x, correspondent...) architecturale des PC qui ne les oblige pas à réécrire entièrement un logiciel (En informatique, un logiciel est un ensemble d'informations relatives à des traitements effectués automatiquement par un appareil informatique. Y...) à chaque changement de modèle. Chez Apple, les Apple II, Lisa et Macintosh (Macintosh (prononcé /makintɔʃ/) ou Mac est une série de différentes familles d'ordinateurs personnels conçus, développés, et vendus par Apple. Le premier Macintosh,...) sont à l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un...) complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à...) incompatibles entre eux, cela va avoir des conséquences sur le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de logiciels compatibles avec les Macintosh.

Il était une fois une petite PME spécialisée dans le BASIC et les compilateurs

Les débuts de la société Microsoft ne présagent en rien de ce qu'elle deviendra par la suite. Créée par Bill Gates (William Henry Gates III KBE dit Bill Gates (né le 28 octobre 1955 à Seattle) est un informaticien et chef d'entreprise américain, pionnier dans le domaine de la micro informatique, et célèbre pour avoir fondé...) et Paul Allen (Paul Allen de son nom complet Paul Gardner Allen (né le 21 janvier 1953), est un informaticien, chef d'entreprise, homme d'affaires et mécène américain. Pionnier et visionnaire dans le domaine de la micro informatique, il...) en 1975, il s'agit tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) d'abord d'une société spécialisée dans le langage BASIC. La toute jeune société Microsoft fabrique aussi une carte d'extension pour Apple II afin de rendre ce dernier compatible avec un système d'exploitation courant à l'époque: CP/M (CP/M, acronyme de Control Program/Monitor, est un système d'exploitation créé par Gary Kildall de Digital Research Inc.), créé par Gary Kildall (Gary Kildall (né le 19 mai 1942, mort le 11 juillet 1994) est l'inventeur du système CP/M. Ce système conçu au départ pour les ordinateurs 8 bits, fut porté ensuite sur des ordinateurs 16 bits.) et édité par Digital Research (Digital Research était une entreprise informatique fondée en 1974 par Gary Kildall.) Inc. Mais à la fin des années 70, Microsoft ne s'intéresse pas aux interfaces graphiques et n'est pas vraiment implanté dans le monde des systèmes d'exploitation. La société de Bill Gates est tout simplement spécialisée dans les compilateurs et divers produits principalement destinés aux programmeurs.


Paul Allen et Bill Gates dans les années 70. Ils sont ici entourés d'ordinateurs
pouvant faire fonctionner des compilateurs du langage BASIC

Lorsque IBM propose son PC, il n'est alors pas question pour l'entreprise de se lancer dans la réalisation d'un système d'exploitation pour cette petite plate-forme. La société se tourne tout d'abord vers Digital Resarch Inc qui domine le marché des systèmes pour micro-ordinateurs avec son CP/M. Cependant, les négociations commerciales engagées entre les deux entreprises échouent et IBM renonce à livrer ses PC avec le système CP/M.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, lorsque IBM se tourne vers Microsoft, Bill Gates n'est pas spécialement intéressé. Il faut dire que les conditions imposées par IBM sont des plus contraignantes: pas de royalties, droit exclusif. Mais voilà, Microsoft n'édite pas de système d'exploitation. La société de Bill Gates va se fournir auprès d'une autre société: SCP. Il va ainsi acheter le droit de modifier et distribuer une version modifiée de QDOS (QDOS est l'ancêtre du MS-DOS de Microsoft. QDOS signifie Quick-and-dirty Operating System, soit « système d'exploitation rapide et sale ».), un système d'exploitation créé par SCP et s'inspirant de CP/M. C'est le résultat de ce portage qui va donner naissance à PC-DOS, la première version de MS-DOS (DOS disk operating system est le nom générique employé pour désigner les anciens systèmes d'exploitation dont les fonctionnalités étaient orientées manipulation aisée des périphériques contenant des fichiers.). Du fait de ce contrat de Licence entre Microsoft et SCP, IBM n'a pas pu avoir l'exclusivité sur MS-DOS.

Microsoft se lance dans les logiciels de bureautique

Cependant, si ce contrat est le socle du futur succès de Microsoft, celui-ci n'est pas encore d'actualité au début des années 80. L'IBM PC est alors un micro-ordinateur parmi d'autres et MS-DOS n'est qu'un produit parmi d'autres pour Microsoft. Le vrai déclic va se produire en deux temps. Le premier fut le recrutement par Microsoft de Charles Simonyi, le créateur de l'éditeur de texte Bravo au Xerox (Xerox est une entreprise américaine, basée à Stamford (Connecticut).) PARC (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade ou à l’agrément. Il se distingue...) ainsi que Richard Brodie, l'un de ses collaborateurs. Au sein de Microsoft, ces deux chercheurs vont créer les premières versions du logiciel Microsoft Word (Microsoft Word est un logiciel de traitement de texte publié par Microsoft. Cette société publie d'autres logiciels de traitement de texte, dont Bloc-notes et...). Le logiciel est tout d'abord disponible pour Xenix, un système "maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.)" de type UNIX, avant d'être disponible en 1983 pour MS-DOS. Mais il n'est pas encore question de faire un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux...) de travail graphique complet.


Microsoft Word pour MS Dos (ici, la version 5.5).
La faible puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) des premiers PC ne permet pas à Microsoft de développer d'outils dotés d'interfaces graphiques dignes de ce nom.

Cette même année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) 1983 se produit le second et vrai déclic: de plus en plus réputé pour ses outils bureautiques, Microsoft reçoit un prototype du Macintosh d'Apple afin de pouvoir porter Word et Multiplan, l'ancêtre d'Excel, sur cet ordinateur. C'est là que Bill Gates a l'idée de développer un concurrent à l'interface (Une interface est une zone, réelle ou virtuelle qui sépare deux éléments. L’interface désigne ainsi ce que chaque élément a besoin de connaître de l’autre pour pouvoir fonctionner...) graphique d'Apple. Cependant, les PC de l'époque ne sont pas conçus pour faire fonctionner de tels systèmes et Microsoft va surtout se concentrer à développer ce qui va être un très gros succès: Word et Excel pour Macintosh.

Et Windows (Windows est une gamme de systèmes d'exploitation produite par Microsoft, principalement destinées aux machines compatibles PC. C'est le remplaçant de MS-DOS. Depuis...) ? Microsoft va tout de même entreprendre en 1983 les premiers travaux sur un environnement de travail complètement graphique. Mais, contrairement à Macintosh, Microsoft n'a pas la maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs...) des composants techniques des PC. Ces derniers sont avant tout conçus pour afficher du texte et leur puissance graphique s'en retrouve limitée. Mais nous verrons plus en détail la montée en puissance des environnements Microsoft la semaine prochaine.

Voir aussi les autres parties:

Le Mac a 25 ans, l'aventure des interfaces graphiques (partie 1) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 2) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 3) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 4) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 5) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 6) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 7) lien
L'aventure des interfaces graphiques (partie 9) lien
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