Des bactéries régularisent le taux d'un dangereux polluant chez les oiseaux marins
Publié par Adrien le 19/12/2016 à 00:00
Source: Université McGill
Bien que la pollution continue de progresser à l'échelle de la planète, des chercheurs ont découvert que le taux de mercure était demeuré relativement stable au cours des 50 dernières années chez les oiseaux de mer vivant au large de la Colombie?Britannique. En fait, il a même légèrement baissé. D'aucuns pourraient y voir une bonne nouvelle, mais ce n'est pas forcément le cas. En effet, cette baisse est attribuable à l'appauvrissement des stocks de poissons (Les Poissons sont une constellation du zodiaque traversée par le Soleil du 12 mars au 18 avril. Dans l'ordre du zodiaque, elle se situe entre le Verseau à l'ouest et le Bélier à l'est. Bien qu’assez grande, elle...) de surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est souvent abusivement confondu...), qui a contraint les oiseaux aquatiques à modifier leur alimentation. Ils n'ont eu d'autre choix que d'aller chercher de quoi se sustenter  dans des zones moins riches en bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries...) dites "?sulfato-réductrices?", ce qui a eu pour effet de régulariser la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur...) de mercure dans leur organisme.

Invisibles à l'oeil nu, les bactéries sont néanmoins très importantes : dans le yogourt et la soupe miso, elles sont même indispensables. Mais voilà que des chercheurs de l'Université McGill et d'Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le...) et Changement climatique Canada ont découvert qu'elles influaient notablement sur la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) des oiseaux situés au sommet du réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet),...) trophique. Au moyen de marqueurs isotopiques appelés "?isotopes stables?", les chercheurs ont montré que les oiseaux marins se nourrissant dans des zones riches en sulfates (substances chimiques importantes dans l'alimentation des bactéries sulfato-réductrices, qui participent à la dégradation de la matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux. La matière occupe de...) organique) contenaient beaucoup de mercure. Or, les bactéries sulfato-réductrices, qui produisent du méthylmercure, affectionnent ces zones où abondent les sulfates, ce qui explique en grande partie l'exposition accrue des organismes au mercure.

Les auteurs d'un article publié récemment dans la revue Environmental Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble...) and Technology ont analysé des oeufs d'oiseaux aquatiques ramassés sur une période de 47 ans le long de la côte du Pacifique, au Canada, et conservés par Environnement et Changement climatique Canada, à Ottawa. Ils ont constaté qu'au cours de ces 47 années, la teneur en mercure avait baissé dans les oeufs de plusieurs espèces. Ils ont toutefois attribué cette diminution non pas à une baisse généralisée du taux de mercure, mais plutôt à un changement d'alimentation, les poissons riches en sulfates et en mercure ayant cédé la place à des poissons faibles en ces deux éléments.

Sonder les profondeurs de l'océan pour se nourrir

Au cours des 47 dernières années, les oiseaux de la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) des Salish, en Colombie?Britannique, ont effectivement modifié leur alimentation, les poissons des profondeurs ayant peu à peu remplacé les espèces de surface. Pendant cette période, la population de poissons-proies vivant près de la surface, tels que le hareng du Pacifique, a diminué. 

Cette étude revêt un intérêt particulier, parce que deux des espèces de cormoran étudiées ont connu un déclin rapide au cours des 40 dernières années. Selon la plupart des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) recueillies jusqu'à maintenant, cette décroissance serait imputable à l'augmentation des populations d'aigles, qui dévorent les oiselets et les oeufs. Cependant, le changement d'alimentation y est peut-être aussi pour quelque chose, la diminution des stocks de poissons-proies forçant les oiseaux adultes à déployer plus d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) pour se nourrir.

Les bactéries ont un effet régulateur sur le taux de mercure

"?La faune est soumise à de nombreux facteurs de stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage courant, on parle...)?", explique Kyle Elliott, professeur au Département des sciences des ressources naturelles de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) McGill et auteur principal de l'article. "?Prédateurs plus nombreux, réduction des stocks de poissons et pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on peut entendre par malsain [1].) au mercure ne sont que quelques-unes des variables qui se répercutent sur les oiseaux aquatiques. Heureusement, nous avons constaté que la variation de la teneur en mercure tenait en bonne partie à la quantité de bactéries sulfato-réductrices, ce qui semble indiquer qu'elles servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) en quelque sorte de tampon en ce qui a trait à la variation du taux de mercure dans l'environnement.?"

"?Nous prenons conscience de l'importance des bactéries pour la santé des écosystèmes marins?", souligne le Pr Elliott. "?Des études récentes ont révélé qu'un microbiome sain était essentiel aux grandes migrations fauniques. Pour notre part, nous avons découvert que les bactéries sulfato-réductrices régularisaient le taux de mercure. Il est dès lors évident que ce qui se produit à la base du réseau trophique se répercute jusqu'au sommet.?"

L'article "?Origin of Sulfur in Diet Drives Spatial and Temporal Mercury Trends in Seabird Eggs From Pacific Canada 1968-2015?", par Kyle Elliott et John Elliott, a été publié dans la revue Environmental Science and Technology : http://pubs.acs.org/doi/full/10.1021/acs.est.6b05458.
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