Les bienfaits des arbres n'ont pas d'origine

Publié par Adrien le 21/10/2020 à 09:00
Source: Université de Genève
Les arbres implantés dans les espaces urbains rendent des services à l'environnement -réduisent la pollution et le bruit, servent de ressources et d'abris pour d'autres espèces, réduisent la chaleur et l'érosion-, mais aussi à l'être humain -plus-value paysagère, ombrage, détente ou sentiment d'appartenance. En contrepartie, les arbres peuvent être la source d'allergènes, de frais d'entretien, d'accidents ou de menaces pour la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes,...) autochtone s'ils ont été introduits en provenance d'ailleurs. Ce dernier point (Graphie) fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette verbale. Il est défini par...) d'un véritable débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions divergentes pour le sujet considéré. ...) philosophique: les arbres introduits font-ils partie de la biodiversité ?


Les marronniers (Aesculus hippocastanum) de la promenade de la Treille à Genève apportent de l'ombrage aux passant-es et font partie de l'identité culturelle de ce lieu emblématique de la ville. © UNIGE/SCHLAEPFER

Sans prendre parti, mais en apportant des arguments scientifiques au débat, des spécialistes en sciences de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le...) de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d'Académie de...) (UNIGE), en collaboration avec les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève, ont répertorié toutes les espèces présentes sur le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept...) et ont systématiquement évalué les services et les inconvénients qu'elles généraient. Les résultats de cette étude, à lire dans Urban Forestry & Urban Greening, montrent que sur l'espace urbain (Un espace urbain, ou espace urbain multipolaire, est, en France et selon la définition de l'INSEE, un ensemble continu d'aires urbaines et de communes dites multipolarisées, c'est-à-dire dont au moins 40% de la...) genevois, composé majoritairement d'arbres importés, les services surpassent les inconvénients.

Les arbres contribuent à la qualité de l'environnement comme au bien-être (Le bien-être ou bienêtre est un état qui touche à la santé, au plaisir, à la réalisation de soi, à l'harmonie avec soi et les autres. René Dubos présente la santé comme la convergence des...) de l'humain. L'évaluation de ces contributions est appelée "approche des services écosystémiques" par les spécialistes de l'environnement. Bien évidemment, les arbres amènent leur lot d'inconvénients, tant pour la nature que pour l'être humain, au premier rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par cette famille. Le théorème du rang lie le rang et la...) desquels la menace que font peser les essences introduites sur la biodiversité autochtone. "Il existe actuellement un gros débat philosophique autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5...) de ce problème: doit-on promouvoir les arbres indigènes et bannir ou du moins limiter les espèces introduites ? Sur toutes les espèces introduites dans les espaces urbains, seules 5 % sont potentiellement problématiques, à l'image de l'Ailante glanduleux (L'Ailante glanduleux, Ailanthe ou Faux vernis du Japon ou Vernis de Chine (Ailanthus altissima) est un arbre à feuilles caduques de la famille des...) (Ailanthus altissima) présent en vieille ville de Genève. Mais que doit-on faire avec les 95 % restantes et quelle importance doit-on leur attribuer?", questionne Martin Schlaepfer, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur...) à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) des Sciences environnementales de l'UNIGE et premier auteur de l'étude.

Une majorité étrangère

Pour répondre à ces questions, les spécialistes de l'environnement de l'UNIGE et de la Ville de Genève ont analysé les bases de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) des espèces d'arbres présentes sur le territoire urbain et semi-urbain de l'entièreté du Canton de Genève, soit tous les arbres isolés ou en alignement, forêts exclues. Pour chaque espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il...), qu'elle soit d'origine locale ou importée, les services écosystémiques et les inconvénients ont été analysés. Après quatre ans d'une méticuleuse étude, 911 espèces différentes ont été répertoriées. Parmi elles, l'immense majorité, soit 90 %, a été introduite. Une proportion exceptionnelle pour une ville où le jardin botanique (Un jardin botanique est un territoire aménagé par une institution publique, privée, ou associative (parfois à gestion mixte) qui a pour but la...) actuel dans le quartier des Nations et l'ancien au parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade...) des Bastions, avec plus de 700 espèces étrangères, participent grandement à cette diversité.

Des espèces adaptées

L'analyse des services écosystémiques montre que peu importe leur origine, les arbres sont bénéfiques. Il y a bien sûr quelques exceptions: "Trois espèces envahissantes ont été répertoriées, mais elles le sont uniquement en dehors de la ville. Isolées dans l'espace urbain il n'y a très peu de risque de propagation et elles contribuent également à notre bien-être. Certaines espèces introduites sont présentes depuis plusieurs siècles dans les parcs, comme des cèdres et des platanes importé d'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une...) du nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et d'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou 29,4 % des terres émergées) et le plus peuplé...) au 16ème et 17ème siècles pour leur valeur esthétique, leur résistance aux maladies et leur feuillage pérenne. Elles font désormais partie de notre patrimoine culturel. De plus, elles ont des capacités de survie en milieu urbain et sont donc également en mesure de contribuer aux ilots de fraîcheur ou à la dépollution. De telles espèces doivent donc être limitées et contrôlées, mais elles peuvent avoir un rôle bénéfique clair, selon le contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots...)", ajoute le chercheur.

Valoriser et anticiper

L'étude genevoise est la première à inclure l'analyse des services écosystémiques en prenant en compte toutes les espèces. "Les arbres introduits sont généralement répertoriés dans les bases de données des Etats, mais lorsqu'il s'agit de mesurer les progrès d'une nation en matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide,...) de démarche environnementale, elles disparaissent des tabelles de la biodiversité". L'étude démontre qu'elles apportent beaucoup de valeurs et qu'à ce titre, il faudrait les valoriser dans les démarches environnementales visant à améliorer les espaces urbains. "Le climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il...) est en plein bouleversement, les projections pour nos latitudes indiquent que d'ici 50 à 100 ans, soit la vie (La vie est le nom donné :) d'un arbre (Un arbre est une plante terrestre capable de se développer par elle-même en hauteur, en général au delà de sept mètres. Les arbres acquièrent...), le climat genevois sera proche de celui du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) de l'Italie. Il faut donc être ouvert à l'idée d'introduire dès aujourd'hui des espèces résistantes à nos futures conditions de vie", conclut Martin Schlaepfer.
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