Boson de Higgs à CMS: fiat lux !

Publié par Redbran le 19/10/2020 à 13:00
Source: CEA IRFU
La collaboration CMS a présenté sa mesure la plus aboutie actuellement des propriétés du boson de Higgs dans le canal de désintégration en deux photons à l'occasion de la conférence ICHEP en Août 2020. Les résultats sont basés sur les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) complètes du Run 2 du LHC, enregistrées entre 2016 et 2018 et montrent un niveau de précision jamais atteint auparavant.

Grâce à cet échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou d'une solution. Le mot est utilisé dans différents domaines :) accru, à des méthodes d'analyse sophistiquées utilisant l'intelligence articifielle et développées en partie par le groupe CMS de l'Irfu, des mesures jusqu'alors inimaginables voient le jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale)...): l'étude des modes rares de production devient possible. Ce travail de foumis a permis de réaliser des mesures de plus en plus précises des propriétés du boson de Higgs (Le boson de Higgs est une particule élémentaire dont l'existence a été proposée en 1964 par Gerry Guralnik, C.R. Hagen, et Tom...) permettant de tester toujours plus en avant le Modèle Standard de la physique des particules (La physique des particules est la branche de la physique qui étudie les constituants élémentaires de la matière et les rayonnements, ainsi que leurs interactions. On l'appelle aussi parfois physique des hautes énergies car...). Ce dernier sort de nouveau triomphant de cette confrontation.

Mais avec le redémarrage du collisionneur (Un collisionneur est un type d'accélérateur de particules mettant en jeu des faisceaux dirigés de particules élémentaires.) LHC en 2022, puis sa montée en luminosité (La luminosité désigne la caractéristique de ce qui émet ou réfléchit la lumière.) en 2027, la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de...) de données va augmenter de manière significative permettant d'examiner le Modèle Standard sous toutes ses coutures.

Le boson de Higgs en un mot (ou presque...)

Depuis la première observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude...) du boson de Higgs par les expériences ATLAS et CMS du Large Hadron Collider (Le Large Hadron Collider (LHC, ou Grand collisionneur de hadrons en français) est un accélérateur de particules mis en fonctionnement le 10 septembre 2008 et inauguré officiellement le 21 octobre 2008...) (LHC) en 2012, la mesure précise de ses propriétés est devenue une des priorités du programme de physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens...) du LHC. Le boson de Higgs se désintègre instantanément dans le détecteur (Un détecteur est un dispositif technique (instrument, substance, matière) qui change d'état en présence de l'élément ou de la situation pour lequel il a été...), il est donc étudié grâce à ses produits de désintégration. Un canal de désintégration en or pour l'étude des propriétés du boson de Higgs est le canal en deux photons (En physique des particules, le photon est la particule élémentaire médiatrice de l'interaction électromagnétique. Autrement dit, lorsque deux particules chargées électriquement interagissent, cette interaction se traduit d'un...). En effet, malgré sa rareté (moins de 0.3% des désintégrations du boson de Higgs), il permet de mesurer la masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et...) du boson de Higgs avec une excellente résolution grâce à la mesure précise (à environ 1% près) de l'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) des photons dans le calorimètre électromagnétique de CMS (ECAL). Ce canal de désintégration, qui a été un des deux canaux de découverte en 2012, permet aussi d'accéder à tous les modes de production du boson de Higgs car les bruits de fond y sont modérés. Enfin, les bruits de fond peuvent y être estimés à partir des données directement, ce qui réduit les sources d'incertitude de manière importante par rapport à d'autres canaux.

Le groupe CMS de l'IRFU a joué un rôle central dans la construction du ECAL et continue de jouer un rôle crucial dans sa calibration. Il a donc aussi naturellement joué un rôle important dans la découverte et les mesures des propriétés du boson de Higgs dans sa désintégration en deux photons et en particulier ces dernières années un rôle moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce travail à partir d'une énergie...) dans l'étude de la production du boson de Higgs en association avec une paire (On dit qu'un ensemble E est une paire lorsqu'il est formé de deux éléments distincts a et b, et il s'écrit alors :) de quarks top anti-top ttH.

Le boson de Higgs joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement à...) un rôle central dans la théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée...) qui décrit les particules et leurs interactions, le Modèle Standard de la physique des particules (MS). Ce modèle, développé au cours du 20ème siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4...), a acquis sa forme finale actuelle autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco,...) des années 1970. Il prédit l'existence d'une particule, le boson de Higgs, comme conséquence de la brisure de la symétrie électrofaible, mécanisme qui permet aux particules élémentaires d'acquérir une masse. Le MS a été intensivement testé et permet de rendre compte de presque tous les phénomènes observés en laboratoire à ce jour, son dernier succès étant l'observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande...) du boson de Higgs en 2012. Le MS n'est cependant qu'une description incomplète de notre Univers (L'Univers est l'ensemble de tout ce qui existe et les lois qui le régissent.). Il n'explique pas de nombreuses propriétés des particules élémentaires comme le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de leurs familles ou les différences entre leurs échelles de masse. D'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) plus général, il n'explique pas non plus l'origine de la matière noire (En astrophysique, la matière noire (ou matière sombre), traduction de l’anglais dark matter, désigne la matière apparemment...) ou de l'énergie noire nécessaires à la description des observations astrophysiques et comologiques.

La physique au-delà du Modèle Standard, ou "Nouvelle Physique" (NP) a été recherchée activement de manière directe au LHC, c'est-à-dire sous la forme de nouvelles particules non prédites par le MS. Malheureusement, ces recherches sont restées vaines et de larges zones de masse et de sections efficaces ont été exclues par ces recherches. L'absence d'observation directe de nouvelles particules au LHC a mené à un changement de paradigme: les mesures de précision sont maintenant de première importance, dans le but de mettre en évidence des incohérences dans le modèle. En effet, la physique au-delà du MS pourrait interagir et interférer avec les particules connues et laisser son empreinte sur les propriétés des particules du MS. Ainsi, la mesure précise des propriétés des particules et de la force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale...) de leurs interactions pourrait fournir des indices sur la NP dès lors que ces mesures dévient des prédictions du MS.

De nombreuses propriétés du boson de Higgs n'ont encore pas été étudiées en détails. Le boson de Higgs interagit-il avec les autres particules de la manière prédite par le MS ? Dans le cadre du MS, la force de l'interaction (Une interaction est un échange d'information, d'affects ou d'énergie entre deux agents au sein d'un système. C'est une action réciproque qui suppose l'entrée en contact de sujets.) entre le boson de Higgs et tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) autre particule est directement reliée à la masse de cette dernière. Des modifications de ces interactions sont prédites par de nombreux nouveaux modèles, extensions du MS. Ainsi, l'étude précise des propriétés du boson de Higgs est une porte vers la NP. Par exemple, la force de l'interaction pourrait être différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des nombres pour mesurer l'éventuel défaut de dualité d'une...) de celle prévue par le MS.

Dans le passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps...), les mesures ont été limitées aux sections efficaces des principaux modes de production. Les quatre principaux modes de production du boson de Higgs au LHC, dont les diagrammes sont représentés ci-dessous, sont:
- la fusion (En physique et en métallurgie, la fusion est le passage d'un corps de l'état solide vers l'état liquide. Pour un corps pur, c’est-à-dire pour une substance...) de gluons ggF (a),
- la fusion de bosons vecteurs VBF (b),
- la production associée avec un boson vecteur (En mathématiques, un vecteur est un élément d'un espace vectoriel, ce qui permet d'effectuer des opérations d'addition et de multiplication par un scalaire. Un n-uplet peut...) VH (c) et
- la production associée avec une paire de quarks top et anti-top ttH (d).

Avec l'échantillon de données important disponible au Run 2, 137 fb-1 de collisions proton-proton à une énergie dans le centre de masse de 13 TeV, et les expériences qui développent de nouvelles méthodes d'analyse, des mesures jusqu'alors impossibles voient le jour: des modes rares de production ou de désintégration deviennent accessibles, des mesures avec une granularité plus fine peuvent aussi être effectuées pour tester différents recoins de l'espace des phases (L'espace des phases est un espace abstrait dont les coordonnées sont les variables dynamiques du système étudié.), dont certains peuvent être plus sensibles à la Nouvelle Physique. La collaboration CMS a présenté sa mesure la plus aboutie actuellement des propriétés du boson de Higgs dans le canal diphoton à l'occasion de la conférence ICHEP en Août 2020.


Diagrammes représentant les modes de production du boson de Higgs dominants au LHC: la fusion de gluons (a), la fusion de bosons vecteurs (b), la production associée avec un boson vecteur (c) et la production associée avec une paire de quarks top et anti-top ttH (d).

Caractériser les différents modes de production du boson de Higgs, un accord théoriciens-expérimentateurs !

Les théoriciens et les expérimentateurs ont défini ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) ces dernières années un cadre commun à ATLAS et CMS permettant d'effectuer des mesures de précision dans le secteur du boson de Higgs dans différentes régions de l'espace des phases prédéfinies et de plus en plus fines au fil du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.). Ce cadre commun se nomme "Simplified template cross section" (STXS).

Dans ce cadre, les principaux modes de production du boson de Higgs sont eux-mêmes sous divisés en différentes régions, définies par certaines propriétés des événements, comme l'impulsion transverse du boson de Higgs ou encore le nombre de jets additionnels. On se propose de mesurer les sections efficaces de production dans chacune de ces régions et de les confronter aux prédictions du MS. Ces régions sont choisies pour maximiser la sensibilité expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan...) tout en diminuant dans la mesure du possible la dépendance à la théorie des résultats. Ce cadre permet aussi une combinaison (Une combinaison peut être :) aisée des résultats dans les différents canaux de désintégration ainsi qu'entre expériences ainsi qu'une réinterprétation plus aisée des résultats par les théoriciens. Le cadre complet des mesures STXS est présenté ci-dessous, les différentes couleurs correspondant aux différents modes de production du boson de Higgs.


Schéma montrant les “bins” du cadre de travail “STXS”. Les modes de production, en différentes couleurs, sont divisés suivant les propriétés de l'événement. Le but est de mesurer les sections efficaces de production dans chacune de ces cases afin d'avoir une image fine des propriétés du boson de Higgs.

Le but est de mesurer les taux de production, ou sections efficaces, pour chacune de ces cases ou “bin” afin d'avoir une image détaillée des propriétés du boson de Higgs. Certaines de ces régions sont plus sensibles à la physique au-delà du MS, par exemple celles avec un boson de Higgs produit avec une très grande impulsion transverse.

Des outils chirurgicaux

Dans un premier temps, les événements avec deux photons bien identifiés sont sélectionnés. Ils sont ensuite classés suivant leur mécanisme de production (en demandant la présence d'objets additionnels dans l'événement qui signe le mode de production). Par exemple, pour le mécanisme de production de boson de Higgs par fusion de bosons vecteurs ("VBF"), on s'attend à trouver 2 jets dans les régions vers l'avant du détecteur. Ainsi, en étiquetant les événements avec des jets vers l'avant, on peut construire des catégories d'événements enrichies en production VBF. De la même manière, des catégories sont construites pour les différents modes de production: production associée à un boson vecteur (VH), production associée à des quarks top (ttH, tH) ou production par fusion de gluons (ggF).

Ces catégories sont subdivisées en sous-catégories, enrichies en événements de différents "bins STXS". Ce faisant, il devient possible de mesurer les sections efficaces dans chaque "bin" afin de construire la description fine souhaitée du boson de Higgs. Des algorithmes d'apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par...) automatique (L'automatique fait partie des sciences de l'ingénieur. Cette discipline traite de la modélisation, de l'analyse, de la commande et, de la régulation des systèmes dynamiques. Elle a...) sont utilisés intensivement afin d'augmenter la pureté des catégories et de rejeter les bruits de fond, dans le but final de diminuer le plus possible les incertitudes sur les mesures. Cette partie du travail nécessite une optimisation fine. Chaque algorithme a un but précis, par exemple l'identification des photons, ou la réjection d'un bruit de fond (Dans son sens courant, le mot de bruit se rapproche de la signification principale du mot son. C'est-à-dire vibration de l'air pouvant donner lieu à la création d'une sensation auditive.) dominant pour un processus particulier, ou enfin la réjection d'un autre mode de production du boson de Higgs qui viendrait polluer la catégorie.

Plus les catégories sont pures en événements correspondants au bin STXS visé, plus la précision est grande car l'incertitude sur les contaminations diminue. De même plus le bruit (Dans son sens courant, le mot de bruit se rapproche de la signification principale du mot son. C'est-à-dire vibration de l'air pouvant donner lieu à la création d'une sensation auditive.) de fond est faible, plus l'incertitude sur celui-ci, et donc celle sur la mesure finale, diminue. Ces algorithmes sont entrainés en utilisant des données simulées et parfois aussi des données réelles quand c'est possible ou souhaitable. Ces algorithmes utilisent en entrée de nombreuses variables qui permettent de discriminer les bruits de fond ou autres modes de production du signal ( Termes généraux Un signal est un message simplifié et généralement codé. Il existe sous forme d'objets ayant des formes particulières. Les signaux lumineux sont employés depuis la...). Chaque type de catégories utilise pour sa sélection un ou plusieurs de ces algorithmes dédiés et optimisés pour ce type de catégories en particulier.

Pour la première fois, on utilise par exemple un “Deep Neural Network pour séparer les événements où le boson de Higgs est produit avec un unique quark (Les quarks sont des fermions que la théorie du modèle standard décrit, en compagnie de la famille des leptons, comme les constituants élémentaires de la...) top (tH) de ceux où il est produit avec une paire de quarks top (ttH). Séparer ces événements qui ont des topologies très proches dans le détecteur est difficile et la production avec un quark top unique est un processus très rare et jamais encore observé au LHC. L'image ci-dessous montre un possible événement tH, enregistré par le détecteur CMS en Août 2018.


Possible événement avec un boson de Higgs produit en association avec un quark top unique, le boson de Higgs se désintégrant en deux photons qui déposent leur énergie dans le calorimètre électromagnétique. Ces deux dépôts d'énergie sont représentés en vert. Le quark top de désintègre en un boson W (Le boson W existe sous deux états opposés de charges électriques notés W+ et W-. Les W+ et W- sont deux des trois bosons de jauge de l'interaction faible. Le troisième boson étant le...) et un quark b. La ligne rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.) représente la trajectoire (La trajectoire est la ligne décrite par n'importe quel point d'un objet en mouvement, et notamment par son centre de gravité.) d'un muon (Le muon est, selon le modèle standard de physique des particules, le nom donné à deux particules élémentaires de charge positive et négative. Les muons ont...) possiblement issu du boson W, le cone rouge un jet probablement issu d'un quark b et le cone orange l'autre jet attendu dans ce type d'événements.

Les quantités mesurées sont utilisées pour assigner un "bin STXS" à chaque événement. Pour certains "bins", ce choix passe par un algorithme d'apprentissage automatique appelé "boosted decision tree". Dans le cas de la production ttH, l'impulsion transverse mesurée est utilisée pour classer les événements, afin de faire pour la toute première fois des mesures en fonction de l'impulsion transverse du boson de Higgs.

Grâce aux performances excellentes du calorimètre électromagnétique de CMS, il est possible de mesurer l'énergie des photons très précisément et ainsi de déterminer la masse du boson de Higgs avec un bonne résolution. Grâce à cette grande précision, les paires de photons ayant pour origine le boson de Higgs apparaîssent comme un pic étroit correspondant à la masse du boson de Higgs (125 GeV) dans la distribution de masse invariante diphoton, alors que les bruits de fond, dominés par des paires de photons non issues d'un boson de Higgs, ont un spectre en masse invariante continu et lentement décroissant, comme illustré sur la figure ci-dessous.

Afin d'extraire les sections efficaces, un modèle décrivant les formes des distributions en masse des événements avec un boson de Higgs ("signal") et du bruit de fond sont déterminées grâce à la simulation, après que diverses corrections aient été appliquées à la simulation pour la rendre fidèle aux données réelles. Ces corrections et calibrations sont déterminées sur les données réelles grâce à des processus connus, comme la désintégration du boson Z (Le boson Z0 est un des trois bosons de jauge de l'interaction faible, les deux autres étant le boson W sous deux états opposés de charges électriques notés W+ et W-.) en deux électrons utilisée pour étalonner les propriétés des photons issus de la désintégration du boson de Higgs en deux photons, les deux signatures étant très similaires dans le détecteur. Ces modèles sont ensuite ajustés aux données dans les différentes catégories afin de déterminer les sections efficaces pour chaque "bin" STXS. La figure ci-dessous représente le modèle (en rouge) et les données (en noir) pour toutes les catégories (88 catégories) de l'analyse combinées.


Distribution de masse invariante diphoton pour les événements sélectionnés dans les données (points noirs). La courbe rouge continue représente l'ajustement du modèle de signal plus celui de bruit de fond aux données, alors que la courbe pointillée représente le modèle de bruit de fond seul. Un pic clair apparaît à la masse du boson de Higgs, 125 GeV, sur un bruit de fond continu et décroissant. Dans la fenêtre (En architecture et construction, une fenêtre est une baie, une ouverture dans un mur ou un pan incliné de toiture, avec ou sans vitres.) du bas, le bruit de fond a été soustrait pour rendre le pic plus visible.


Résumé des mesures de la “force du signal” globale (en noire) et pour différents modes de production (en couleur). La valeur 1 correspond à la prédiction du Modèle Standard.

De la précision avant toute chose

De nombreuses mesures peuvent être faites grâce aux catégories définies, suivant les paramètres que l'on décide de laisser libres dans l'ajustement et qui sont donc déterminés par lui. Tout d'abord, le taux de production total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme. Exemple : "Le total des dettes". En physique le total n'est pas...) du boson de Higgs ainsi que les taux de production pour les différents principaux modes de production sont mesurés en déterminant la "force du signal", µ. La "force du signal" est définie par le rapport entre le taux de production mesuré et celui prédit par la théorie, la valeur 1 signifiant que le taux de production est exactement celui prédit par le MS. Les valeurs mesurées et leurs incertitudes sont représentées ci-contre, où les points en couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s) donnée(s).) sont les mesures par mode de production et le point noir représente la mesure de la production totale. Ici, la production tH est mesurée avec la production ttH, via le paramètre (Un paramètre est au sens large un élément d'information à prendre en compte pour prendre une décision ou pour effectuer un calcul.) µtop. Bien que des fluctuations soient observées par rapport à l'unité, les résultats sont compatibles avec le MS dans les incertitudes. Notons que l'incertitude sur le taux de production total est d'une dizaine de pourcents, cette mesure étant dominée par le mode de production principal par fusion de gluons, alors qu'elle est d'une trentaine de pourcents environ pour les modes VBF, VH et ttH.

Dissection du boson de Higgs

Ensuite, pour aller plus loin, les sections efficaces dans les différents “bins” STXS sont mesurées. La figure ci-dessous montre les valeurs mesurées ainsi que leurs incertitudes pour 24 "bins", simultanément déterminées lors de l'ajustement du modèle aux données. Ici, certains "bins" ont été regroupés pour éviter des incertitudes sur les mesures trop importantes. Le schéma de couleur correspond à celui utilisé dans les figures précédentes: la fusion de gluons est en bleu (Bleu (de l'ancien haut-allemand « blao » = brillant) est une des trois couleurs primaires. Sa longueur d'onde est comprise approximativement entre 446 et...), la fusion de bosons vecteurs ainsi que la production associée avec un boson vecteur se désintégrant en quarks sont en orange, la production associée avec un boson vecteur se désintégrant en leptons en vert, et enfin les productions ttH et tH en rose et jaune (Il existe (au minimum) cinq définitions du jaune qui désignent à peu près la même couleur :) respectivement. Les prédictions du MS pour chaque point, avec leurs incertitudes théoriques, sont représentées par les boîtes grises à pois (Le pois (Pisum sativum L.) est une espèce de plante annuelle de la famille des légumineuses (Fabacées), largement cultivée pour ses...).


Valeurs mesurées, et leurs incertitudes, de 24 sections efficaces de production du boson de Higgs. Les boîtes grises représentent les prédictions théoriques du Modèle Standard et leurs incertitudes. La figure du bas montre le rapport entre les sections efficaces mesurées et celles prédites par le Modèle Standard. Les mesures sont en bon accord avec le MS.

Ce résultat fournit la toute première étude dédiée de la production tH, mode rare de production jusqu'alors inaccessible. Il s'agit également des premières mesures de la production ttH dans différentes régions en impulsion transverse du boson de Higgs. Les sections efficaces mesurées sont en très bon accord avec les prédictions du Modèle Standard qui triomphe encore et laisse une marge de plus en plus étroite à la Nouvelle Physique. Cependant les incertitudes statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de...) sont encore les incertitudes dominantes dans ces mesures, signifiant que de nouvelles données viendraient augmenter leur précision. Au prochain run du LHC, qui devrait commencer en 2022, puis au High-Luminosity LHC, commençant autour de 2027, les données disponibles vont augmenter de manière très importante (jusqu'à 20 fois plus de données). De plus, les combinaisons de ces mesures dans différents canaux de désintégration du boson de Higgs et dans les différentes expériences accroîtront elles aussi la précision, afin de tester le Modèle Standard dans ces moindres recoins.

Contact:
Julie Malclès

Pour aller plus loin:
http://cms-results.web.cern.ch/cms-results/public-results/preliminary-results/HIG-19-015/index.html
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