Les oviraptors, ces dinosaures à plumes, intriguent les scientifiques par leur manière de couver. Alors qu'ils partagent de nombreux traits avec les oiseaux modernes, leur méthode d'incubation pourrait finalement se rapprocher de celle des reptiles.
Pour en apprendre davantage, une équipe a reconstitué un nid grandeur nature d'oviraptor, basé sur l'espèce Heyuannia huangi, qui vivait il y a environ 70 millions d'années. Le nid semi-ouvert et les œufs disposés en cercles concentriques ont été reproduits avec précision, en utilisant des matériaux modernes pour imiter le dinosaure et ses œufs. Cette approche permet d'explorer des aspects comportementaux qui échappent habituellement à l'étude des seuls fossiles.
Image d'illustration Pixabay
Les expériences ont montré que la position de l'adulte couvant modifiait la température des œufs. Dans des conditions froides, les œufs de l'anneau extérieur pouvaient être jusqu'à 6°C plus froids que ceux du centre. Cette divergence thermique pourrait conduire à une éclosion décalée au sein d'une même couvée. En revanche, sous un climat chaud, les écarts étaient réduits, le soleil contribuant alors activement au réchauffement des œufs.
Par rapport aux oiseaux actuels, l'incubation des oviraptors semble moins performante. Ces dinosaures ne pouvaient probablement pas maintenir un contact thermorégulateur avec l'ensemble de leurs œufs à cause de leur disposition en anneau. Les chercheurs évoquent plutôt une co-incubation, mélangeant la chaleur corporelle de l'adulte et l'apport énergétique du soleil. Cette adaptation était vraisemblablement bien adaptée à leurs nids semi-ouverts, représentant une étape évolutive entre les nids enterrés et ceux des oiseaux actuels.
Vue latérale de la couvée reconstituée. Les œufs sont fabriqués en résine de coulée pour imiter les originaux. Crédit: Chun-Yu Su
Cette recherche repose sur une discipline appelée paléontologie expérimentale. Elle vise à tester des hypothèses sur les espèces disparues en recréant des conditions ou des comportements. Ici, les scientifiques se sont appuyés sur la morphologie des squelettes, la structure des nids fossilisés et la forme des œufs pour construire un modèle physique. Cette méthode, souvent combinée à des simulations informatiques, permet de réduire les incertitudes liées à l'interprétation directe des fossiles et ouvre la voie à des découvertes innovantes sur la vie ancienne.
Les chercheurs reconnaissent certaines limites, notamment les différences climatiques entre le Crétacé et aujourd'hui. Néanmoins, leur démarche, qui associe expériences concrètes et modélisation, trace de nouvelles pistes pour examiner la reproduction des espèces disparues. Elle prouve que la recherche paléontologique peut progresser même sans fossiles locaux.
Vue dorsale de l'incubateur utilisé dans les expériences, illustrant le dispositif de contrôle thermique. Crédit: Chun-Yu Su