🛰️ La Chine dépose une demande pour lancer une constellation de... 200 000 satellites !

Publié par Cédric,
Auteur de l'article: Cédric DEPOND
Source: Interesting Engineering
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Le paysage orbital de notre planète est sur le point de connaître une transformation sans précédent. Par le biais d'une démarche administrative méconnue du grand public, la Chine vient d'initier une demande pouvant potentiellement remodeler l'accès à l'orbite terrestre basse pour les décennies à venir. Des documents soumis à l'organisme international de régulation révèlent l'ambition de déployer jusqu'à 200 000 satellites, un chiffre qui dépasse de loin les projets actuels les plus audacieux.

Cette initiative place la communauté internationale devant un fait accompli stratégique majeur. Elle intervient dans un domaine où les règles, établies par l'Union internationale des télécommunications (UIT), favorisent les premiers arrivés. Le dépôt de ces demandes, bien plus qu'un simple projet technique, peut constituer une manœuvre pour s'approprier des ressources orbitales et des fréquences radioélectriques pourtant limitées. Cette action s'inscrit directement dans la compétition stratégique qui oppose les grandes puissances spatiales pour le contrôle de l'orbite basse.



Une manœuvre administrative aux implications concrètes


La procédure suivie est aussi discrète que déterminante. L'Institut d'utilisation du spectre radioélectrique et d'innovation technologique, une entité chinoise, a officiellement notifié à l'UIT son intention de déployer deux mégaconstellations nommées CTC-1 et CTC-2. Chacune d'elles est prévue pour accueillir près de 97 000 satellites, répartis sur plusieurs milliers d'orbites distinctes. Cette formalité administrative est la première étape obligatoire pour sécuriser des droits d'utilisation.

Ces demandes chinoises ne sont pas isolées. Plus d'une douzaine d'opérateurs et d'entreprises du pays, dont le géant des télécommunications China Mobile, ont simultanément soumis leurs propres projets à l'UIT. Le nombre total de satellites évoqué dans l'ensemble de ces dossiers approche le seuil symbolique des 200 000 unités. Cette coordination semble supposer une stratégie nationale concertée.

L'enjeu immédiat n'est pas le lancement physique des satellites, mais la sécurisation prioritaire des "créneaux" orbitaux et des bandes de fréquences. Les règlements de l'UIT accordent en effet des droits aux premiers déposants, obligeant les nouveaux venus à prouver que leurs systèmes n'interféreront pas avec les prédécesseurs. En déposant massivement, la Chine verrouille ainsi des portions entières de l'espace orbital pour un usage futur, compliquant considérablement les projets des concurrents.

Un fossé entre l'ambition stratégique et les capacités industrielles


La réalisation effective d'un tel projet semble aujourd'hui relever de l'épreuve industrielle hors norme. Les observateurs du secteur, y compris en Chine, expriment un scepticisme palpable. Le directeur général du fabricant de satellites Spacety, Yang Feng, a ainsi déclaré qu'être en tête pour les dépôts de demandes ne préjugeait pas de la capacité à mener à bien les lancements. En effet, la transformation de ces plans en constellations opérationnelles rencontre des obstacles majeurs.

La capacité de production et de lancement du pays, bien qu'en croissance rapide, est encore très éloignée des volumes requis. L'industrie spatiale chinoise est capable de produire quelques centaines de satellites par an et a réalisé un record de 92 lancements en 2025. Pour atteindre l'objectif théorique de 200 000 satellites en 7 ans – délai règlementaire de l'UIT –, il faudrait multiplier considérablement cette cadence, un scénario peu réaliste à court et moyen terme. Cette disproportion entre l'ambition affichée et les moyens concrets nourrit l'analyse selon laquelle l'objectif principal est d'ordre stratégique et non opérationnel.
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